Acte II du confinement en agriculture

Publié le 10 novembre 2020

Alors que l’activité des maraîchers reste soutenue, pour les horticulteurs, le blocage des débouchés est un nouveau coup dur, alors que la filière a déjà été fortement impactée par le premier confinement. © G. Lantes

Si les agriculteurs continuent de travailler, le reconfinement n’est pas neutre pour les entreprises du secteur. Pour l’horticulture en particulier, la situation s’avère très problématique et l’avenir bien incertain.

Pour la Chambre d’agriculture du Var, la priorité est d’assurer la continuité de service auprès des agriculteurs du département, parfois bien démunis face à ce nouveau confinement. “On continue en prenant toutes les précautions nécessaires“, assure la présidente, Fabienne Joly. Le télétravail est ainsi privilégié, mais les sites de Draguignan, Vidauban et Hyères restent ouverts sur rendez-vous, et l’ensemble des conseillers et agents est joignable par courriel et téléphone.

Les sessions de formation sont majoritairement maintenues, sauf indication contraire directement diffusée auprès des participants, et les réunions et évènements inscrits au calendrier sont soit reprogrammés en visioconférence, soit reportés à des dates ultérieures. Une équipe dédiée répond par ailleurs aux entreprises en difficultés.

Des filières forcément impactées

La Chambre s’est notamment mobilisée dès le lendemain de l’annonce présidentielle, aux côtés de l’interprofession oléicole, afin de permettre aux producteurs amateurs d’apporter leur récolte au moulin. Pour ces derniers, la situation était encore floue à l’heure du bouclage de ce numéro, des réunions étant en cours en Préfecture de région, afin d’autoriser les apports via décret préfectoral.

Du côté des maraîchers, très organisés pendant le premier confinement, l’activité est globalement soutenue, malgré la fermeture des restaurants. “On continue d’autant plus que les marchés restent ouverts. Sur le terrain, les producteurs enregistrent un peu plus de commandes. On a su développer des solutions au printemps, notamment avec Internet, donc on s’adapte“, observe Marine Renard, maraîchère à Hyères et élue de la Chambre d’agriculture du Var.

Pour les vignerons, la fermeture des bars et des restaurants et la limitation des déplacements ne sont pas sans effet, notamment pour les vignerons indépendants qui travaillent pour beaucoup avec la CHR et en vente directe. “On avait fait un très bel été, avec beaucoup de monde en clientèle locale et nationale. Ça nous avait un peu remonté le moral, et on se retrouve une nouvelle fois dans une situation difficile. Il y a peu de passage dans les caveaux de vente. On communique un maximum pour dire à nos clients qu’on reste ouvert, qu’on a des vins à leur présenter, et que l’on a besoin qu’ils viennent nous voir. Beaucoup de domaines remettent en place des systèmes de drive et de livraison“, indique Laurent Bunan, vigneron à Bandol et président des Vignerons indépendant du Var.

Désarroi et incompréhension pour l’horticulture

C’est finalement pour l’horticulture que la situation est la plus problématique. “On ne comprend pas la prise de décision du gouvernement de fermer certains rayons de la grande distribution en plus des commerces de proximité. Avec la fermeture des fleuristes et les restrictions en GMS, les horticulteurs se retrouvent dans le plus grand désarroi. Pour moi, la position du gouvernement ne garantit pas l’équité : elle tue un peu plus de monde au profit d’Amazon“, dénonce Fabienne Joly.

À Hyères, la Sica ‘Marché aux fleurs’ peut cette fois-ci continuer de fonctionner, avec toutefois une grande incertitude quant à l’évolution de la commercialisation de la fleur coupée. “On est resté ouvert, car on ne veut pas se retrouver dans la même situation que la première fois : c’est trop compliqué de tout relancer après fermeture. Tous les grossistes du Marché sont ouverts, il y a encore quelques fleuristes sur le site, mais la fréquentation du cadran a diminué. Sur la journée du lundi qui a suivi la Toussaint, on a fait 50 % en valeur. On arrive à faire partir 70  % du produit, mais les prix sont en baisse. C’est compliqué sur la rose, le gerbera ou l’alstroemeria, où la concurrence étrangère est très présente. Et, sur les fleurs méditerranéennes, on a la saison des anémones, renoncules et du muflier qui démarrent. On espère que les lignes vont bouger : il en va de l’avenir des producteurs qui, aujourd’hui encore, n’ont pas vu la couleur des 25 millions d’euros promis par le ministère de l’Agriculture, en soutien à la filière au printemps“, explique Michel Gueirard, président de la Sica Maf.

Avec la période des fêtes qui arrive, la vente de plantes en pot est aussi compromise. Chez les frères Ottenwalder, producteurs à Fréjus, un tiers du chiffre d’affaires annuel se joue entre novembre et décembre. “On était relativement optimiste, le 29 octobre, après les premières annonces. Mais là, c’est la douche froide“, commente Olivier Ottenwalder. L’entreprise a quelque 200 000 pots de poinsettia en culture, distribués via des grossistes dans la moitié sud de la France. “Ça avait bien marché l’an dernier, on a donc un peu augmenté la production. Les premiers sont partis dans le Sud-Ouest, mais le gros des ventes se fait entre le 1er et le 15 décembre. On s’échine à faire de la qualité, mais s’il n’y a personne pour l’acheter... », s’inquiète l’horticulteur, représentant départemental de la FNPHP. “Au niveau de la fédération, on est en alerte pour informer nos adhérents des évolutions. Mais les revirements permanents sont navrants. On ne sait pas où on va“, précise-t-il. “On est conscient de la nécessité de faire baisser le niveau de contamination, mais tout le monde doit pouvoir travailler“, plaide-t-il.

La filière met en avant le caractère périssable des productions. “Pour pouvoir continuer à travailler, il faut pouvoir vendre. Nous avons sollicité le préfet du Var, le Draaf Paca et le ministère pour que les produits de l’horticulture – fleurs coupées ou plantes en pot – puissent continuer d’être distribués“, défend Fabienne Joly.

Gabrielle Lantes

 

Contact : Chambre d’agriculture, au 04 94 99 75 21, covid19@var.chambagri.fr


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