Agriculture paysanne : la Confédération paysanne et l’ADEAR font cause commune

Publié le 21 mars 2022

Les responsables de la Confédération paysanne et de l’ADEAR du Var soulignent les synergies entre les deux structures (© G. Lantes).

Le 10 mars à La Roquebrussanne, adhérents de la Confédération Paysanne du Var et de l’ADEAR 83 tenaient leurs assemblées générales en simultané. L’occasion de souligner les synergies entre le syndicat agricole et l’association de développement qui en émane.

Créée en 2002 à l’initiative de la Confédération paysanne du Var, l’Association départementale pour le développement de l’emploi agricole et rural du Var (ADEAR 83) porte, avec le syndicat agricole, les valeurs d’une “agriculture paysanne à taille humaine“. Les assemblées générales des deux organismes – organisées conjointement le 10 mars, à la Fromagerie des Vallons – ont ainsi été l’occasion de mettre en évidence des objectifs partagés.

Parmi les nombreux combats communs aux deux structures, le foncier figure logiquement en tête. “Un foncier de qualité, c’est d’abord un foncier qui correspond à la production que l’on y fait. C’est l’accès à l’eau, à l’électricité. Et puis, c’est pouvoir se loger, ce qui est toujours très compliqué“, défend Isabelle Bouvier, co-porte-parole de la Confédération paysanne du Var.

Foncier, installation, transmission

À ce chapitre, le syndicat assure une mission de veille au travers d’un réseau de correspondants locaux, et siège au comité technique de la Safer. La question est aussi travaillée en lien étroit avec l’ADEAR, dont l’objet principal est l’installation (voir encadré). “Les porteurs de projet que nous accompagnons sont directement concernés. On accompagne aussi de plus en plus de collectivités, qui veulent acquérir et mettre à disposition des terres. Nous devons veiller à ce que les bons jalons soient mis en place dans ce genre de projet, pour que les installés aient les bons outils et puissent y travailler dans de bonnes conditions, sans être précarisés“, souligne son président, Vincent Arcusa. Afin de soutenir l’installation – et considérant qu’en “Paca, 38 % des installations se font après 40 ans“ –, la Confédération paysanne demande par ailleurs le relèvement de la limite d’âge de la Dotation jeune agriculteur (DJA), afin d’élargir le public éligible. Le syndicat agricole plaide également pour lever “des obligations trop contraignantes“, telles que le Plan de performance énergétique (PPE) ou les avenants au plan d’entreprise.

D’autre part, le syndicat départemental a alerté Pôle emploi quant aux difficultés rencontrées par les jeunes installés, dans le cadre du dispositif d’aide à la création d’entreprise par rapport à la demande, ou au maintien, des allocations de retour à l’emploi (ARE). “Voilà un exemple très concret de notre action syndicale. En tant que syndicat représentatif, nous avons la possibilité de répondre à des situations particulières de précarité, en parallèle de problématiques générales“, souligne Sylvain Apostolo, autre co-porte-parole de la Confédération paysanne du Var.

Pendant de l’installation, la transmission est également une question sur laquelle Confédération paysanne et ADEAR unissent leurs forces. Ainsi, l’association organise notamment des cafés installation-transmission, pour favoriser les rencontres et informer sur les outils disponibles. “Le but, c’est de transmettre un outil de production mais aussi un savoir-faire ; de maintenir des fermes à taille humaine et de préserver les terres agricoles“, explique Cécile Penot, administratrice de l’ADEAR. “Il est essentiel de travailler ces questions, afin d’éviter la spécialisation des productions et des territoires. L’agriculture paysanne est très importante dans la vie sociale et économique locale“, enchérit Francis Girard, pour la Confédération paysanne.

Solidaires et vivants

Pour le syndicat et l’association, il est important “d’échanger et de voir la complémentarité de l’action syndicale et de l’association de développement sur des sujets partagés“, pour défendre et incarner les valeurs de l’agriculture paysanne. D’autant plus dans le contexte mouvementé de ces deux dernières années. “Malgré les gels printaniers, malgré la crise sanitaire, malgré les sangliers (…), malgré la Pac qui nous laisse en plan, nous restons solidaires et vivants“, soutient Isabelle Bouvier.

On commence à peine à voir le bout du tunnel du coronavirus qu’on entend le bruit des armes“, déplore le représentant syndical. Au-delà du soutien affiché à l’Ukraine et à tous les réfugiés qui fuient la guerre dans le monde, le syndicat s’inquiète des conséquences concrètes sur l’agriculture française. “L’Ukraine est un gros pays exportateur de denrées agricoles et, déjà, on voit que les cours des céréales flambent. C’est de la pure spéculation, qui met en évidence la pertinence du projet de l’agriculture paysanne que l’on porte. Il faut sortir les fermes de ce système de marché destructeur, et se tourner sur l’autonomie alimentaire“, plaide le syndicaliste. Avant de prévenir : “Cette situation ne doit pas être prétexte à reculer sur les normes environnementales, au motif de vouloir produire plus“.

C’est dans le même esprit que Sylvain Apostolo évoque les tensions suscitées par la question des bassines dans la profession agricole. “Il faut absolument se poser la question du modèle agricole. Le rapport de force sur les bassines illustre la gestion abusive de la ressource, qui ne peut pas être détachée de celle des systèmes agronomiques et de la destination des productions. Il y a nombre de nécessités agricoles, et il faut rester dans une approche globale“, estime-t-il. Le choix est évidemment celui de l’agriculture paysanne pour le syndicat et l’ADEAR. Une agriculture que les deux structures entendent construire, en lien avec la société civile. “C’est un positionnement politique que l’on assume clairement. Nous ne sommes pas corporatistes, et nous pensons que les politiques agricoles doivent se construire avec tout le monde“, défend Sylvain Apostolo. 

Gabrielle Lantes


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