AOC Bandol : l’âme vigneronne de Château Pradeaux

Publié le 19 septembre 2022

Fier héritier de la tradition des vins de Bandol, Étienne Portalis cogère le domaine avec son père, et travaille aussi avec sa mère et son frère. Une administrative et un tractoriste complètent l’équipe (© G. Lantes).

Domaine historique de l’appellation Bandol, Château Pradeaux cultive à Saint-Cyr-sur-Mer un état d’esprit qui mêle tradition et modernité avec beaucoup d’authenticité. Une fierté pour la famille Portalis, propriétaire des lieux depuis le XVIIIe siècle.

Les racines du domaine des Portalis remontent à 1752, lorsque Jean-Étienne-Marie – célèbre Comte de Portalis, “père du Code civil” et ministre de Napoléon – hérite de la propriété, qui sera successivement mise à mal par la Révolution et le phylloxéra.

La passion de la vigne et de la terre en héritage

Ce n’est que bien plus tard qu’Arlette Portalis et sa mère, Suzanne – venues se réfugier en zone libre pendant le Seconde Guerre mondiale – donneront ses lettres de noblesse au Châteaux Pradeaux, en réhabilitant le domaine et en participant activement à la création de l’appellation des Vins de Bandol.

Depuis, la passion du terroir et du vin se transmet d’une génération à l’autre. D’abord à Cyrille Portalis, neveu et seul descendant d’Arlette, et à son épouse, Magali ; puis à leurs fils, Édouard et Étienne, qui ont respectivement rejoint l’EARL familiale en 2006 et 2010.

Le domaine compte 22 hectares de vignes, quasiment d’un seul tenant, essentiellement sous AOC Bandol. Et bien sûr, le mourvèdre, cépage roi de l’appellation, règne ici en maître. Il occupe 85 % du vignoble, qui compte aussi 10 % de cinsault, ainsi qu’un peu de grenache, de carignan, de counoise et de barbaroux.

Si le domaine est actuellement en cours de certification en agriculture biologique, les Portalis ont toujours eu à cœur de préserver la nature avec laquelle ils travaillent. “On n’a jamais utilisé ni herbicide, ni insecticide. On travaille avec du cuivre et du soufre à dose réduite. J’interviens très peu en foliaire et j’utilise aussi pas mal de tisanes – d’ortie et de prêle principalement – comme biostimulant”, souligne Étienne, qui cogère aujourd’hui Château Pradeaux avec son père. L’apport de compost végétal, le passage de brebis dans les vignes et un complément azoté raisonné à la parcelle viennent, d’autre part, nourrir les sols.

Tradition et règles de l’art pour des vins de terroir

Respect de la terre, de la vigne et du temps vigneron sont essentiels pour cet héritier de la tradition des Vins de Bandol. “Sur le domaine, la proximité de la mer permet de tempérer le climat et d’avoir des maturités progressives. On arrive à atteindre un équilibre phénolique très intéressant sur le mourvèdre, qui a besoin de temps pour mûrir et apporter la matière que l’on apprécie aux vins. On a aussi la chance d’être sur des sols argilo-calcaires plutôt homogènes et assez profonds, qui font que l’on souffre moins de la sécheresse qu’ailleurs. Et puis, la vigne est une plante fascinante. On l’a encore vu cette année avec des conditions sèches similaires à l’an dernier : elle a d’emblée fait moins de grappes. Il faut savoir rester humble face à la puissance de la nature”, développe le vigneron.

Cet été, malgré le chaud et le sec, le domaine s’est passé de l’autorisation d’irriguer, récemment inscrite au cahier des charges de l’AOC Bandol. La récolte – qui a débuté la semaine dernière – ne sera pas énorme en raison du manque d’eau. “Ce n’est pas dans ma philosophie, ni une nécessité sur le domaine, bien installé et dont les vins sont bien valorisés. Je comprends que d’autres soient en demande d’irrigation. Après, je crois qu’il faut aussi travailler sur nos modèles de production et nos profils produits”, justifie Étienne Portalis.

En cave, le même état d’esprit préside à la fabrication des vins. Pour Étienne Portalis, un bon Bandol doit “laisser le terroir pleinement s’exprimer, et les règles de l’appellation vont dans ce sens. L’idée, c’est de respecter le gros boulot qui est fait dans les vignes. Ça demande de la rigueur et du temps”, explique-t-il. “Le mariage mourvèdre-bois est aussi essentiel”, ajoute-t-il.

Les rouges, encuvés sans éraflage, passent deux mois en cuve béton, pour une macération lente, avant l’élevage en foudre qui dure jusqu’à quatre ans pour la cuvée principale de Bandol. Les rosés, quant à eux, font l’objet d’un important travail sur lies, après pressurage direct. Ils ne sont mis en bouteille qu’en sortie d’hiver, fin mars, à l’exception d’une cuvée élevée sur lies pendant un an en cuve béton. “Je trouve que cela apporte de la matière et en même temps une fraîcheur insoupçonnée”, apprécie Étienne Portalis.

Réputés, les vins de Château Pradeaux sont essentiellement commercialisés en direct au domaine (pour 40 % de la production) et à l’export (40 % également) à destination d’un seul client aux États-Unis. Vente sur Internet, grande distribution et CHR complètent ces deux débouchés principaux.

Une identité, un collectif

Et pour partager et promouvoir son savoir-faire, la famille Portalis cultive aussi le sens de l’accueil. Le domaine organise chaque année une soirée festive, accueille un collectif de Saint-Cyr, pour deux rendez-vous musicaux, et participe au week-end portes ouvertes qui remplace, pour l’heure, la fête du millésime de l’appellation, début décembre. Responsable de la commission ‘Promotion’ de l’Association des Vins de Bandol, Étienne met un point d’honneur à conjuguer tradition et nouvelle génération, et à défendre le sens du collectif. “Notre AOC s’est construite sur le collectif. On a la particularité de rester une appellation de vignerons. Et même s’il n’est pas facile de se mettre d’accord, c’est important de contribuer à faire vivre l’identité des vins de Bandol”, encourage-t-il. 

Gabrielle Lantes


Comme l’exige le cahier des charges de l’AOC Bandol, les vendanges sont faites à la main (© G. Lantes)..

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