AOC Bandol : l’appellation défend ses couleurs

Publié le 29 juin 2021

L’ODG souhaite renforcer la prospection collective du vignoble contre la flavescence dorée. Dès cette année, l’objectif est de prospecter 800 hectares par an. © G. Lantes

Réunis en assemblée générale mi-juin, au Beausset, les vignerons de l’Association des vins de Bandol ont pu faire le point sur les chantiers en cours. Entre projet de modification du cahier des charges et audit marketing, Bandol entend réaffirmer son identité.

“C’est une joie de pouvoir enfin se réunir pour cette assemblée générale. Nous partageons des valeurs de convivialité et d’échange qui ont manqué ces derniers mois. J’espère que le plus dur est derrière nous, et que tout va progressivement revenir à la normale”, entame Cédric Gravier, président de l’Association des vins de Bandol, en ouvrant la réunion du 17 juin, dans les jardins du Domaine Souviou, au Beausset. Pour autant, les retrouvailles sont teintées de déception, le quorum nécessaire à l’assemblée pour délibérer valablement n’ayant pas été atteint. La rencontre aura néanmoins permis de faire le point sur l’activité de l’Organisme de gestion (ODG) qui travaille sur plusieurs gros chantiers.

L’association vient notamment d’achever au printemps sa réorganisation interne, en nommant un directeur : c’est Olivier Colombano, anciennement technicien de l’appellation, qui assure cette fonction depuis le mois de mars. Afin de mieux structurer et de professionnaliser l’activité de l’ODG, un nouveau technicien et une assistante de direction ont aussi été recrutés, renforçant l’équipe salariée qui compte, également, trois commerciaux, en charge des œnothèques de Bandol et du Castellet.

Demande de modifications du cahier des charges

Le premier sujet à l’ordre du jour pour l’association est le dossier de demande de modification du cahier des charges de l’appellation, aujourd’hui entre les mains de l’Inao. Suite à l’enquête menée auprès des producteurs, et après validation du conseil d’administration, plusieurs propositions ont été formulées. L’Association des vins de Bandol souhaite notamment modifier quelques points des règles d’encépagement, en fixant la proportion du cépage clairette blanc entre 30 et 95 %, au lieu d’entre 50 et 95 % actuellement. Il est également demandé que la proportion du vermentino blanc puisse, à l’avenir, être plafonnée à 20 % au lieu de 10 %, la proportion de l’ensemble des cépages accessoires devant rester inférieure ou égale à 20 %.

Le projet à l’étude prévoit, par ailleurs, de diminuer la densité minimale à la plantation de 5 000 à 4 400 pieds à l’hectare ; et d’introduire des mesures agroenvironnementales, parmi lesquelles l’interdiction de l’usage d’herbicide sur la totalité de la surface du sol, ainsi que sur la surface des tournières et fossés. L’ODG souhaite être autorisée à faire des vins 100 % mourvèdre, en rouge et en rosé, avec une proportion minimum de 50 % pour les rouges et de 20 % pour les rosés. L’Association des vins de Bandol demande également la possibilité de commercialiser les rouges de l’AOC avec un élevage minimum de 12 mois en fûts ou en foudres, au lieu de 18 mois, sans modifier la date de libération des vins, fixée au 1er mai de la deuxième année qui suit la récolte.

Enfin, alors que le cahier des charges interdit aujourd’hui l’irrigation, l’ODG souhaite pouvoir avoir accès à une demande dérogatoire en cas de forte sécheresse, en dehors de la période de végétation, conformément aux dispositions du Code rural et avec une limite de charge maximale moyenne à la parcelle de 5 000 kg par hectare pour les parcelles irriguées. Toute installation fixe serait interdite, et l’utilisation d’un système d’aspersion ne serait autorisée que la nuit. “L’idée est d’ouvrir la possibilité d’irriguer, sans aller trop vite, et uniquement pour les parcelles en souffrance, où le stress hydrique perturbe la plante. L’eau est un levier parmi d’autres. Il n’est pas question d’ouvrir les robinets sans réfléchir”, précise Cédric Gravier.

Les différentes demandes de modifications du cahier des charges ont été regroupées au sein d’un même dossier, déposé auprès de l’Inao en décembre dernier. Il est désormais en cours d’instruction et devra obtenir la validation du comité national de l’Inao, avant de passer au niveau européen. Le processus pourrait durer deux ans au mieux.

En parallèle, pour faire face aux effets du changement climatique, l’association poursuit une étude du suivi hydrique du vignoble. Données météo, réserve en eau des sols, état de la vigne sont ainsi examinés sur 16 parcelles de mourvèdre qui couvrent l’ensemble de l’aire d’appellation. D’autres leviers techniques sont aussi étudiés, parmi lesquels l’enherbement, l’écimage et les porte-greffes, grâce à des essais mis en place chez des vignerons volontaires.

Vers une nouvelle stratégie de promotion

La promotion est un autre axe essentiel des réflexions à l’œuvre au sein de l’ODG. En dehors de l’accueil de journalistes, la crise sanitaire n’a pas permis d’organiser d’évènements l’an dernier. Mais l’association a voulu mettre la situation à profit pour faire réaliser un audit marketing. Le travail, effectué par un consultant, a permis d’aboutir à une charte de communication qui définit le positionnement des Vins de Bandol et leurs cibles commerciales. Entre sa production historique de rouge et sa production majoritaire de rosé, l’appellation entend valoriser son identité, en mettant en avant ses spécificités et ses atouts, à savoir son cépage roi, le mourvèdre, son terroir, le savoir-faire et l’exigence de ses vignerons. Le document servira de socle à la stratégie de communication qui reste à développer. “On manquait d’un fil conducteur. Le but est donc de nous retrouver autour de valeurs partagées, pour construire un véritable plan de communication. Cette charte est un outil collectif, mais aussi un outil que les vignerons doivent saisir individuellement pour promouvoir l’AOC Bandol”, souligne Cédric Gravier. D’autant que le budget promotion de l’appellation est, pour l’heure, limité. “En fonction des choix qui seront faits, de ce que voudront les vignerons, il faudra réfléchir collectivement à une hausse des cotisations”, indique le président de l’association. Et s’il n’y aura pas de ‘Fête du millésime’ cette année encore, ce sera pour revenir avec un évènement repensé et porteur de renouveau, dès 2022.

Bien que perturbée par les confinements et les couvre-feux, l’activité des œnothèques des Vins de Bandol témoigne d’ores et déjà d’un dynamisme certain. En 2020, les sites de Bandol et du Castellet enregistrent un chiffre d’affaires de 624 000 € HT pour 39 163 cols vendues. Quant à l’avenir de l’œnothèque de Bandol, objet de tensions depuis plusieurs mois entre la municipalité et l’association, des négociations sont en cours. “La mairie est désormais propriétaire du bâtiment et nous a fait une proposition de renouvellement de bail, en augmentant le loyer de 40 %. Nous avons fait une contre-proposition, en acceptant une hausse de 12 %. Nous espérons trouver un terrain d’entente. Nous avons à Bandol un bel outil de vente”, explique Cédric Gravier.

En attendant, les vignerons se préparent à une saison qui s’annonce particulièrement dynamique et pleine d’espoir : “Le plus dur de la crise sanitaire est passé, espérons que tout va progressivement revenir à la normale”. 

Gabrielle Lantes


L’assemblée générale de l’Association des vins de Bandol, présidée par Cédric Gravier (ci-dessus), a été l’occasion de présenter les travaux en cours. © G. Lantes

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