AOC Côtes de Provence : unité et solidarité pour traverser la crise

Publié le 31 juillet 2020

Le président des Côtes de Provence, Éric Pastorino, était entouré des présidents des VI et des caves coopératives du Var – Laurent Bunan et Laurent Rougon – Sereine Mauborgne, Christian Burle, Fabienne Joly, et Jean-Jacques Bréban. © GL

Le 16 juillet aux Arcs-sur-Argens, l’assemblée générale du syndicat des Côtes de Provence a permis de faire le point sur la situation de l’AOC, en ces temps troublés. Pour son président, si la capacité de résilience de la viticulture provençale est un atout, les acteurs de la filière doivent rester prudents et faire front commun.

2020 restera gravée dans les mémoires à plus d’un titre. “L’impossible est survenu !“, résume Éric Pastorino, qui salue “l’unité de la profession“ en période de crise, mais aussi l’engagement des vignerons et le dévouement des équipes du syndicat.

La taxe américaine de 25 % sur les vins français importés aux USA, première destination à l’export de l’AOC Côtes de Provence, est d’abord venue perturber la commercialisation des vins, mettant notamment en difficulté les petits opérateurs. “Nos viticultures française et provençale ont d’abord été les otages du conflit sur les aides financières qu’accorde l’Europe à Airbus. N’ayant rien à voir dans ce conflit, nous en sommes pourtant les victimes collatérales“, dénonce le président de la première appellation de Provence, en pointant les incertitudes qui persistent dans ce dossier. “Nous vivons avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ! Le 12 août prochain, comme tous les six mois, le président Trump aura la possibilité d’augmenter ces taxes, puisque l’Europe continue à financer Airbus“, explique-t-il. Dans ce contexte, la profession a bien du mal à comprendre que sa demande de compensation n’aboutisse pas. “L’État français et l’Europe refusent aujourd’hui de financer une compensation. Nous assistons, depuis des mois, à un renvoi de balle entre l’un et l’autre“, déplore Éric Pastorino.

Coup sur coup

Évidemment, le deuxième fait marquant de cette année est la crise sanitaire mondiale de Covid-19, et ses conséquences sur les différents circuits de distribution des vins. “Beaucoup ont innové pour conserver une partie de leur chiffre d’affaires avec des livraisons, des drives, des partages d’apéritif sur les réseaux sociaux… Cela illustre bien le dynamisme et la volonté des vignerons en Côtes de Provence“, souligne Éric Pastorino.

Après avoir plongé de 40 % au mois de mars par rapport à l’année précédente, les sorties de chai se sont stabilisées à -20 % sur avril et mai, avant de nettement reprendre en juin, avec une augmentation de 35 % par rapport à juin 2019. Au global, l’appellation enregistre ainsi un retard de 14 % sur le premier semestre. Si les rosés de Provence ont mieux résisté que d’autres appellations, la saison touristique sera cruciale. Et Éric Pastorino n’a pas manqué de saluer le travail réalisé avec le CIVP, la Région Sud Provence Alpes-Côtes d’Azur et le Comité départemental de tourisme pour soutenir la relance. “Notre appellation est résiliente face à la crise. Mais les chiffres de juillet et août seront déterminants pour en apprécier l’impact. Le niveau de nos stocks dépendra du niveau de commercialisation. Cette tendance macro-économique ne doit toutefois pas nous faire oublier que beaucoup de vignerons ont été fragilisés, et le seront encore plus l’année prochaine, avec des pertes importantes dues au gel“, commente le président de l’appellation.

Car, en plein confinement, le vignoble a aussi subi un épisode de gel historique, qui a touché une grande partie de l’aire de production des Côtes de Provence. Le syndicat de l’AOC a réalisé un important travail de prévisions de récolte, qui table sur une estimation de pertes  de 15 % à 25 % pour l’ensemble de l’appellation. Les enquêtes, menées auprès des vignerons et les mesures de terrain, montrent une hétérogénéité des dommages, qui atteignent toutefois 50 % sur certains secteurs.

Une filière solidaire face au manque de considération de l’État

Face à l’accumulation des difficultés, le président des Côtes de Provence déplore “le dédain“, voire “le mépris“ de l’État à l’égard de la viticulture. “Les filières aéronautique et automobile ont reçu des milliards, sans que cela ne les empêche d’engager des plans de licenciement. L’engagement des responsables nationaux de la filière et de nos députés n’y a rien fait : notre filière est abandonnée par l’État“, regrette Éric Pastorino, qui plaide notamment en faveur de l’exonération de charges sociales pour les entreprises les plus en difficultés. “Sommes-nous devenus des parias ? Nous payons nos impôts en France, les vignerons n’ont pas eu recours, ou très peu, au chômage partiel, car les travaux dans les vignes sont les mêmes. Covid ou pas, la nature n’attend pas ! Nous sommes une filière non délocalisable, nous ne prévoyons pas de licenciements massifs et, malgré cela, la filière n’a eu aucun écho favorable à ses demandes. Les responsables professionnels français sont déçus, mais la bataille continue“, assène-t-il, saluant tout particulièrement le soutien et le travail de la députée Sereine Mauborgne, au sein de la commission vin à l’assemblée nationale.

Le refus de l’Europe à la demande de dérogation temporaire aux règles d’assemblage des 85/15 – qui visait à autoriser jusqu’à 30 % du millésime antérieur au lieu de 15 % pour 2020 – est aussi une grande déception. “La mesure avait le mérite de n’avoir aucun coût. Cette simple modification réglementaire n’a pas abouti, pour de sombres raisons juridiques. Le soutien de l’ensemble des filières viticoles françaises, italiennes et espagnoles n’a pas suffi. La Commission européenne nous a soupçonnés de vouloir berner le consommateur, alors qu’il s’agissait d’une mesure exceptionnelle“, explique Éric Pastorino, en confiant avoir été “très vexé“ par cette réponse.

Pour le président des Côtes de Provence, si la situation “n’est globalement pas trop mal engagée“, prudence, unité et solidarité sont plus que jamais nécessaires. “Sachons garder la tête froide avec la petite récolte qui arrive. Il n’y a pas de place pour les opportunistes qui voudraient voir les cours s’effondrer“, alerte-t-il. “Notre appellation a un fort potentiel de développement. Nous n’en sommes qu’au début, gardons le cap ! La qualité de nos vins est la clé de voûte de notre construction. Sa montée en gamme est une histoire collective sur du moyen et long terme. C’est ensemble que nous ferons avancer notre appellation, et que nous défendrons au mieux les intérêts des vignerons“, conclut-il.

Gabrielle Lantes


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