AOP Figue de Solliès : un début de campagne mi-figue, mi-raisin

Publié le 03 octobre 2022

Si la cueillette devrait se poursuivre jusque début novembre dans les zones les plus tardives, la filière production, hors appellation comprise, s’attend néanmoins à une baisse globale des volumes de l’ordre de 20 %. © G. Lantes

C’est une récolte en demi-teinte qui a débuté précocement pour les producteurs de l’appellation Figue de Solliès. Sécheresse, gel et grêle ne sont pas sans effet sur la production. Heureusement, la demande reste soutenue et la saison n’est pas terminée.

Entamée vers le 10 août pour l’ensemble de la filière, et le 22 à l’issue des dégustations d’usage, la récolte de figues a été déclenchée relativement tôt cette année dans le Var pour la Figue de Solliès AOP, en raison des conditions chaudes et sèches. “La production est assez linéaire pour l’instant, et la qualité est globalement satisfaisante”, assure Cyril Kointz, responsable technique du Syndicat de défense de l’AOP, à mi-saison.

Aléas à répétition, volumes à la baisse

Si la cueillette devrait se poursuivre jusque début novembre dans les zones les plus tardives, la filière production, hors appellation comprise, s’attend néanmoins à une baisse globale des volumes de l’ordre de 20 %, notamment en raison de la sécheresse qui aura marqué cette campagne, mais aussi des épisodes de gel et de grêle qui se sont succédé. “Il y a du fruit, mais on est sur du petit calibre, donc un tonnage en baisse. Après, c’est une campagne très hétérogène d’un secteur à l’autre, et les disparités sont accentuées par l’accumulation des aléas climatiques”, souligne Cyril Kointz.

La sécheresse a touché l’ensemble du bassin de production. “À ce niveau-là, ça a été général. Heureusement, le canal de Provence et le canal gravitaire du Gapeau l’alimentent, et l’on voit que les périodes d’irrigation s’étalent dans le temps pour compenser le manque d’eau. Après, ça ne remplace pas les précipitations, et ça représente un coût supplémentaire”, explique le technicien du syndicat d’appellation.

D’autant que certains producteurs ont, en plus, subi le gel tardif du mois d’avril et les orages localisés de grêle des mois de juin et août. 50 % des surfaces de l’AOP Figues de Solliès ont ainsi été impactés par le gel et/ou la grêle. “Ça fait plusieurs années maintenant que les aléas se suivent et les vergers, qui étaient plutôt bien repartis après le gel de 2020, commencent à supporter difficilement cette répétition”, observe Cyril Kointz.

Pour le technicien, la principale difficulté cette année a été le développement précoce de la rouille sur les secteurs grêlés. “Sans la grêle, vue les conditions, ce ne devait pas être une année à rouille. Mais, en juin et en août, on a eu des orages de grêle avec des grêlons de petite taille qui ont blessé les feuilles, sans que ce soit forcément visible. La rouille s’est développée très tôt et, dès mi-septembre, on se retrouve avec des arbres qui n’ont quasiment plus de feuilles, qui ne font plus de photosynthèse, et des fruits qui continuent de mûrir, mais sont moins sucrés”, développe-t-il.

Mobilisation collective face aux problématiques climatiques et phytosanitaires

Les effets du changement climatique se font ainsi de plus en plus ressentir sur la production, et le Syndicat de défense de la Figue de Solliès met diverses actions en œuvre, pour accompagner les producteurs et préserver la productivité des vergers.

Pour lutter plus efficacement contre la rouille, la filière a notamment obtenu la mise en œuvre d’essais de résidus de cuivre, dans la perspective d’une autorisation d’usage de bouillie bordelaise sur figuier. “Malgré la LMR (Limite maximale de résidus, ndlr) existante au niveau européen, le produit n’est pas homologué sur figuier. La DGAL a donc mis en place un protocole cette année, sur quatre parcelles, chez des producteurs. Des prélèvements ont été réalisés 60 jours après le deuxième traitement et, en fonction des résultats, on espère avoir l’homologation de cette bouillie bordelaise, utilisable en agriculture biologique, pour la campagne 2023”, détaille Cyril Kointz. 

Toujours contre la rouille, un fongicide – également utilisable en bio – fait d’autre part l’objet de tests d’efficacité, depuis l’an dernier. Si les résultats sont concluants, une extension d’usage sur figuier pourrait là encore être envisagée.

Afin de limiter les dégâts causés par le gel, le syndicat participe par ailleurs à la mise en place d’un protocole préventif. “Il s’agit d’une solution autorisée en agriculture biologique et développée en viticulture, basée sur l’application d’un produit quelques jours avant le gel, qui permet à la plante de monter en température et d’être mieux protégée. On est en train de définir le protocole, testé en 2023 sur un secteur tardif de Solliès-Pont”, précise Cyril Kointz à ce chapitre. Un engrais foliaire est aussi à l’étude en solution curative post-gel.

Pour ce qui relève des ravageurs, le charançon noir du figuier reste la première inquiétude des producteurs, et la filière est plus que jamais mobilisée face au développement de ce coléoptère xylophage.

La profession est aussi très attentive à la problématique cochenille : le syndicat d’appellation Figue de Solliès est là encore engagé dans la réalisation d’essais d’efficacité, sur une solution qui semble freiner l’essaimage du ravageur, et espère pouvoir présenter des résultats encourageants prochainement.

Un produit toujours très demandé

Si cette campagne est marquée par de multiples difficultés, le marché reste heureusement dynamique. “La valorisation est bonne, ce qui est particulièrement important pour faire face à l’augmentation des prix. La demande est là, et l’offre ne suffit toujours pas à y répondre, malgré l’extension de l’appellation à la figue de transformation qui nous a permis d’augmenter significativement le volume produit sous AOP”, confirme Cyril Kointz.

Si la renommée du produit n’est plus à faire, le syndicat continue de déployer moyens et énergie pour promouvoir la Figue de Solliès. Comme il y a trois ans, le fruit est notamment mis en valeur à la télévision, dans le cadre de l’émission ‘Petits plats en équilibre’.

La page Facebook et le site internet de l’AOP (www.figue.org), mais aussi la traditionnelle Fête de la figue de Solliès-Pont entretiennent le lien avec les consommateurs.

Et, pour asseoir un peu plus encore la notoriété de la production, l’Organisme de gestion – en partenariat avec la Copsolfruit et d’autres opérateurs – travaille à l’inscription de la confiture AOP Figue de Solliès au Concours général agricole. “Le dossier est en cours, on espère les premières médailles en 2024”, indique Cyril Kointz.

Gabrielle Lantes


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