ASL Suberaie Varoise : au service de la forêt et de la filière liège

Publié le 06 juin 2022

Quatre nouvelles plantations de chênes-lièges ont été réalisées par l’ASL chez plusieurs propriétaires en 2021, notamment au Château de Galoupet, à La Londe. © G. Lantes

Entre incendies et changement climatique, l’ASL suberaie varoise poursuit une mission complexe de régénération des forêts de chêne-liège et de valorisation de la filière. En action sur le terrain local depuis 30 ans, l’association se mobilise désormais au niveau national et international.

Dans la continuité de l’exercice 2020 compliqué par la pandémie de Covid, l’année 2021 n’a pas été simple pour l’Association syndicale libre (ASL) suberaie varoise, qui a néanmoins poursuivi ses nombreuses missions. Au service de 292 propriétaires forestiers adhérents, totalisant 15 370 hectares en gestion, l’ASL intervient dans de nombreux domaines, comme en témoigne le rapport d’activité présenté en assemblée générale le 29 avril, à La Londe-les-Maures.

Sur le terrain de la gestion post-incendie

La gestion des conséquences du feu de Gonfaron, en août dernier, a notamment mobilisé l’équipe de l’association, dont 27 adhérents ont été touchés sur 1 200 hectares. Chacun d’entre eux a pu bénéficier d’un diagnostic post-incendie réalisé par les techniciens de l’ASL. Des travaux de fascinage ont d’ores et déjà pu être accompagnés à la suite de cet état des lieux.

En lien avec les études prises en charge par le Syndicat mixte du Massif des Maures, d’autres opérations de Restauration de terrains incendiés (RTI) doivent suivre, avec le financement du fonds Respir, initié par la Région Sud. 190 ha exploitables pour le bois brûlé et 170 ha de fascinage à réaliser ont été identifiés.

En attendant de pouvoir organiser la mise en œuvre des travaux, l’ASL suberaie varoise participe déjà activement au travail essentiel d’animation, en vue de sensibiliser les propriétaires aux actions à mener, aux financements ouverts et aux dossiers de déclaration ou de dérogation à monter, afin de lancer l’exploitation des bois brûlés pour l’automne 2022 sur le secteur spécifique de la Réserve nationale de la plaine des Maures. Tenant compte des problématiques de biodiversité, un dialogue étroit est parallèlement engagé avec le Conservatoire des espaces naturels de Paca (CEN-
Paca), afin de définir les modalités d’intervention sur un secteur de Vidauban : ce territoire est en effet hors réserve mais en zone de sensibilité majeure concernant la protection de la tortue d’Hermann. En attendant, l’ASL a poursuivi un programme de replantation sur des terrains touchés par l’incendie de La Londe-les-Maures en 2017.

Des travaux forestiers indispensables à la régénération

L’ASL conduit différents types de travaux pour le compte des propriétaires. 54 adhérents ont bénéficié de l’expertise des techniciens de l’association, l’an dernier.

Cinq plantations datant de 2020 ont fait l’objet d’un entretien pour remplacer les plants manquants, et quatre nouvelles plantations ont été réalisées, à La Londe en post-incendie mais aussi à Bormes-les-Mimosas et à Roquebrune-sur-Argens. 4 550 plants de chênes-lièges pour l’essentiel (80 %) et de cormiers ont ainsi été plantés, sur une surface totale de 8 ha, avec le soutien financier de la Région, de Diam Bouchage et de la Kedge Business school. Malheureusement, après deux années de plantations, la poursuite de ce programme va dépendre de la volonté des partenaires privés – le financement public étant plafonné à 40 % –, ainsi que du taux de réussite des premières plantations, sous surveillance étroite compte-tenu des épisodes de sécheresse à répétition dont souffre la forêt. Le suivi des plantations réalisé à l’hiver 2020-2021 montrait, en novembre 2021, un taux de mortalité variant de 17 à 43 %, lié au manque d’eau et aux vents asséchants.

L’équipe de l’ASL intervient aussi sur la réouverture de suberaies à l’abandon. 17 propriétaires étaient concernés en 2021. Ces travaux importants permettent d’effectuer des débroussaillements, en vue de stimuler la régénération des chênes-lièges et d’accéder aux arbres pour les levées de liège. Si ces opérations qui peuvent mobiliser de 80 à 100 % de financement public – à condition de porter sur un enjeu de protection incendie ou d’améliorer la biodiversité –, elles sont généralement soutenues à hauteur de 40 %. Mais l’ASL étudie cette année la possibilité d’aides plus conséquentes, via un financement européen.

En lien avec le Syndicat des producteurs de châtaignes du Var, l’Association syndicale de la suberaie varoise participe également à la réhabilitation de vergers de châtaigniers depuis plusieurs années maintenant. Financé à 40 % par la Région Sud, ce programme comprend la réouverture de verger, l’élagage ou l’abattage d’arbres, la création de piste, la plantation ou le greffage de châtaigniers, et se poursuit cette année. Des fascinages sont également prévus pour limiter l’érosion de sols dégradés par l’incendie d’août 2021.

Des produits valorisés, une filière à promouvoir

L’ASL s’attache par ailleurs à valoriser le liège des suberaies varoises. L’an dernier, 129 tonnes ont pu être récoltées chez 19 propriétaires, grâce à une équipe formées dans les Pyrénées-Orientales et en local. 111 t de liège femelle, 3,8 t de liège mâle et 14 t de liège brûlé ont été commercialisées. L’association a aussi réussi à mobiliser près de 350 t de bois (20 t de chêne-liège, 323 t de pin maritime).

Le bois énergie produit sur la plateforme Maures Bois Énergie a généré la vente de 786 t de plaquettes. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez  a toutefois décidé de dédier le site à sa seule activité de compostage, et l’ASL n’assurera donc plus la gestion de la structure à compter du mois de juillet. Le maintien de l’activité bois-énergie sera néanmoins assuré grâce à une entreprise de Brignoles.

Afin de développer un nouveau débouché et de valoriser le potentiel du liège en tant qu’isolant, des essais de caractérisation du liège broyé ont été lancés par l’interprofession régionale Fibois, en lien avec le Centre science et technique du bâtiment. Ces travaux sont toujours en cours.

Très active en local depuis 30 ans, l’ASL suberaie varoise s’inscrit désormais dans des projets au niveau national et international, afin de promouvoir la filière. Dans cet esprit, elle s’est rapprochée des groupes de producteurs des Pyrénées-Orientales et de Corse. Au sein de l’Institut méditerranéen du liège, les trois partenaires portent plusieurs projets de formation de nouveaux leveurs, de compilation de retour d’expérience par rapport aux nouvelles machines de levée, mais aussi de représentation de la filière à l’échelle nationale. De plus, cette année, l’ASL se tourne vers l’international et prépare une candidature au programme européen Interreg Med, qui vise au développement de la filière dans plusieurs pays du sud.

Il y a 30 ans, l’ASL naissait suite aux incendies, dans le souci de restaurer la forêt brûlée. Aujourd’hui, nous parlons de replantation, de recherche et développement, de mécanisation de la récolte et d’une vraie filière qui prend en compte les aspects humains, écologiques et économiques. C’est une vision réjouissante, après tant d’années de traversée du désert”, applaudit Claude Audibert, président de l’ASL suberaie varoise, tout en saluant le soutien des partenaires de l’association, des membres du conseil syndical, des adhérents et de l’équipe salariée dirigée par Chloé Monta, qui quitte son poste de directrice pour de nouvelles aventures professionnelles.

Gabrielle Lantes


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