Bandol : la consigne monte en pression

Publié le 07 novembre 2022

Maud Balencie (au centre) a présenté les atouts de la consigne aux côtés d’intervenants de Bio de Paca notamment (©Julien Dukmedjian).

L’association ‘Écoscience Provence’ a présenté, mardi dernier, son projet de consigne des bouteilles de vin aux adhérents de l’Organisme de gestion de Bandol. Pour les acteurs du monde agricole, le concept offre une alternative à la hausse des produits verriers, au-delà de l’aspect environnemental.

La guerre en Ukraine a beau se dérouler à des milliers de kilomètres de la France, ses conséquences sont très concrètes pour le monde agricole. Si la hausse du prix des engrais est la plus visible, celle des produits verriers n’en est pas moins sévère, conséquence de l’envolée des prix de l’énergie et d’une concentration de la production dans l’est de l’Europe. Pour les viticulteurs, elle s’accompagne aussi de pénurie sur certains produits et, dans le meilleur des cas, de retards de livraisons. Une situation qu’on pensait, il y a peu encore, impensable, mais avec laquelle les domaines et les coopératives doivent composer cette année. Dans ce contexte, le réemploi des bouteilles redevient une alternative économiquement crédible pour les professionnels.

Réservé naguère aux vins de tables, conditionnés dans les bouteilles trois étoiles, le dispositif avait peu à peu disparu, conséquence du changement des habitudes de consommation des Français(es). L’actualité internationale pourrait bien redonner un coup de jeune à un concept, pourtant vertueux, que l’association brignolaise ‘Écoscience Provence’ avait remis au goût du jour dès 2018, avec ‘La consigne de Provence’. À l’époque, il avait séduit le domaine viticole ‘La Marseillaise’, implanté à La Crau, en raison de son impact environnemental. “Le concept de consigne correspond à notre logique de production”, expliquait à l’époque Pierre Sautou, codirigeant du domaine, qui avait convaincu une partie de sa clientèle de restaurateurs et de particuliers de participer à cette démarche originale.

Quatre ans plus tard, l’aspect économique du projet de consigne devrait constituer un autre argument de poids pour entraîner ses confrères et consœurs réticents. Comme l’expliquait mardi dernier Maud Balencie, chargée de mission pour ‘Écoscience Provence’ sur le projet de consigne – devant des producteurs de l’Organisme de gestion (ODG) Bandol réunis au sein de la Maison des vins du Castellet –, “le prix de revient est de 0,50 euro la bouteille réemployée, contre 0,60 euro à l’achat pour une neuve, dans l’hypothèse d’un modèle simple”. D’autant que l’association, pour persuader les producteurs de vins ou de bières, propose d’enlever les bouteilles usagées (à partir de deux palox pleins) et de les leur livrer “palettisées” et recouvertes d’une housse thermorétractable étanche après lavage, au caveau ou à la microbrasserie. Entretemps, celles-ci sont amenées dans une station de lavage où elles sont nettoyées et séchées, avant de subir des tests microbiologiques pour s’assurer qu’elles sont parfaitement aptes à être reconditionnées.

Du sur-mesure pour les producteurs

En quatre ans, “42 000 bouteilles ont été ainsi récupérées, pour connaître une seconde vie, dont 8 500 en mars dernier”, date du dernier enlèvement, précise Maud Balencie. Outre le domaine ‘La Marseillaise’, le concept a séduit les responsables de la coopérative des Vignerons de Correns et ceux d’Estandon – qui confient à ‘La Consigne de Provence’ une de ses cuvées pour le premier, et trois pour le second –, le Domaine Roustan, à la Fare-les-Oliviers, et la brasserie artisanale aixoise Aquae Maltae. L’association ambitionne désormais d’allonger cette liste avec d’autres noms, bien consciente que les hausses de tarifs annoncées pour 2023 par les verriers pourraient amener des producteurs à rejoindre le dispositif.

L’enjeu est de massifier les volumes traités, afin de réduire les coûts et de permettre la création, à terme, d’une unité de lavage varoise, plutôt que d’amener les bouteilles dans la Drôme, comme c’est le cas actuellement”, explique Maud Balencie. ‘Consigne de Provence’ a pour cela mis en œuvre des process de prédiagnostic, “afin d’évaluer les besoins et les contraintes des producteurs”, souligne la chargée de mission dédiée au projet. Celle-ci se met notamment en relation avec l’imprimeur, pour le volet étiquettes (colles, papiers, procédé d’impression...) et le fournisseur de bouteilles en verre. “Un cahier des charges est également mis en place entre chaque producteur et l’association.

Autant de thèmes – dont celui de l’éventuel retour à une bouteille standardisée pour l’ensemble des producteurs d’AOP Bandol – qui ont été abordés avec la vingtaine de vignerons et de vigneronnes de l’appellation, présents la semaine dernière, lors de la réunion d’information. Si la question de la collecte chez les professionnels semble sur les rails, il reste à convaincre les consommateurs de rapporter les bouteilles... Pour les y encourager, l’association ‘Écoscience Provence’ dispose de 70 points de collecte dédiés, répartis dans la région Paca, dont une consigne automatique permettant de recevoir des bons d’achat, installée dans une grande surface de Saint-Maximin. L’association mise néanmoins surtout sur l’impact écologique lié au système de consigne, une thématique dans l’air du temps, plutôt que sur un système de rémunération (10 bouteilles achetées = 1 offerte, par exemple), “même si les deux peuvent parfaitement se conjuguer”, conclut Maud Balencie, avec pragmatisme. 

Julien Dukmedjian