Canjuers reconnu site expérimental pilote pour la protection des troupeaux contre le loup

Publié le 23 juin 2020

Depuis 2016 et l’expansion géographique du loup vers le nord-ouest Var, ainsi que vers les massifs des Maures et de la Sainte-Baume plus au sud, Canjuers représente deux tiers des attaques et des victimes recensées sur le département.

Au terme de trois ans de travail, l’Association des éleveurs de Canjuers a obtenu la validation d’un plan expérimental de co-adaptation du pastoralisme, du loup et des ongulés sauvages, sur le secteur le plus prédaté de France.

“Cela a été compliqué. On est allé de désillusion en désillusion, malgré les visites des préfets chargés de la mission ‘loup’ successifs. Mais on s’est battu, et finalement notre dossier est passé”, annonce Nicolas Perrichon, président des éleveurs de Canjuers, en saluant l’implication des professionnels, organismes agricoles et collectivités, réunis au sein de l’association.

Le soutien de la DDTM du Var, et la prise de position des préfets en charge de la gestion du loup sur le territoire national, sont également soulignés. “Malgré l’avis défavorable du conseil scientifique, le préfet coordonnateur du plan national loup a pris sur lui de débloquer des fonds, pour mener ce programme d’actions expérimental. C’est une reconnaissance nationale importante des hypothèses de terrain, soumises par les éleveurs. Le projet concerne directement Canjuers, mais son intérêt va bien au-delà, dans la mesure où il servira de référence et pourra être reproductible à d’autres territoires pastoraux”, explique Pascal Thavaud, ingénieur pastoraliste du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée, le Cerpam.

La co-adaptation pour réduire la vulnérabilité de l’élevage pastoral

L’expérimentation – qui vise à œuvrer en faveur d’une co-adaptation entre pastoralisme, loup et ongulés sauvages – va se décliner sur quatre ans. Un budget de 414 000 € y sera consacré. Celui-ci est financé à plus de 70 % par l’État, via le Plan national loup et activités d’élevage (PNLAE) et la Fondation François Sommer. Les coûts restants sont supportés par les différents partenaires, appelés à fournir du temps de travail en autofinancement.

La mise en œuvre du programme repose sur cinq axes principaux, à commencer par l’ouverture des milieux, notamment autour des couchades, afin de rétablir la visibilité nécessaire à la protection des troupeaux sur les spots de prédation, et ainsi lutter contre la déprise pastorale. Sur le plateau de Canjuers, les travaux du Cerpam ont mis en évidence un repli de l’activité pastorale sur les milieux ouverts, qui se traduit par une perte de 40 % des surfaces pastorales en dix ans, à cause de la pression du loup. Une cinquantaine d’hectares à ouvrir ont d’ores et déjà été identifiés sur des sites spécifiques. La mesure permettra, entre autres, de comparer l’efficacité des différentes mesures de protection déjà activées, en fonction des milieux.

Le deuxième axe expérimental s’attache, dans le même sens, à mieux connaître le loup et son comportement, grâce à la mise en place de pièges photos. Ici, l’objectif est d’établir un système d’alerte performant, et de cibler les tirs de défense et de prélèvement. Une application d’alerte par smartphone doit être développée. Le comportement des chiens de protection – de plus en plus nombreux pour répondre à la montée en puissance de la prédation – sera également évalué et analysé, dans un double objectif d’alerte et d’acquisition de connaissances.

Le programme entend, d’autre part, travailler au renforcement de la coopération entre éleveurs, chasseurs, lieutenants de louveterie, brigade loup et Office français de la biodiversité (OFB, anciennement ONCFS). L’idée est de dissuader les loups d’attaquer, par des tirs réactifs et ciblés, dans le cadre des politiques mises en place par les pouvoirs publics. Enfin, le programme d’expérimentation veillera à combiner suivis scientifiques et retours du terrain, pour évaluer de façon pertinente les résultats observés.

En parallèle, dans le cadre de la stratégie d’accompagnement des éleveurs les plus prédatés, impulsée par le préfet coordonnateur du plan national, des diagnostics de vulnérabilité personnalisés seront réalisés, ou actualisés, chez des éleveurs qui figurent dans le top 50 des élevages les plus impactés. Ils sont 11, représentants huit troupeaux, sur le seul camp de Canjuers. Ces diagnostics porteront sur la conduite du troupeau et des chiens de protection, les caractéristiques des milieux et les différents facteurs de risque, afin d’identifier les mesures pertinentes à mettre en œuvre. La démarche pourra donner lieu à la construction d’un plan d’actions, pour lequel les éleveurs pourront bénéficier d’un accompagnement technique individuel. Le coût des diagnostics et de l’accompagnement est intégralement pris en charge par le PNLAE. La démarche converge ainsi avec le plan expérimental, porté par l’Association des éleveurs de Canjuers sur différents points, comme l’équipement des chiens en colliers GPS, la mise en place de pièges photo, ou l’appui à la réalisation d’aménagements pastoraux structurants, tels que la sécurisation des couchages, la mise en place de clôtures ou de points d’eau, par exemple.

Un projet de coopération

Les premiers diagnostics doivent être finalisés d’ici l’automne, et l’association espère pouvoir mener les premiers travaux d’ouverture des milieux avant la fin de l’année. “Ce programme est une opportunité exceptionnelle pour l’avenir de l’élevage pastoral, et nous allons nous y investir pleinement”, assure Pascal Thavaud. “Ce plan est renouvelable chaque année. La rapidité de réalisation des différentes opérations sera donc un facteur essentiel de réussite”, souligne, pour compléter, Nicolas Perrichon.

La coopération des différents acteurs est la clé de voûte du projet, qui s’appuie sur l’implication des éleveurs bien sûr, mais aussi sur la participation des partenaires que sont la Chambre d’agriculture du Var, les collectivités, le camp militaire de Canjuers, la DDTM, la Fédération départementale des chasseurs du Var, l’Office national de la forêt (ONF), l’OFB, la Fondation François Sommer, l’Institut de l’élevage, le réseau de scientifiques Coadapth et le Cerpam, cheville ouvrière qui assure une coordination technique et administrative.

Collaboration et communication s’avè-rent indispensables pour décliner les différentes actions programmées, en tenant compte des contraintes liées au caractère militaire du camp de Canjuers. D’ores et déjà, plusieurs rencontres entre les partenaires impliqués sont prévues. Une convention entre l’association des éleveurs et l’OFB doit notamment faciliter les échanges d’informations, dans le cadre du dispositif d’alerte à construire. 

Gabrielle Lantes


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