Canton de Fayence : Les agriculteurs excédés face à l’occupation illégale de leurs terres

Publié le 26 juillet 2019

Les agriculteurs du canton de Fayence ont exprimé leur exaspération face à un problème qui revient chaque année.

Le 15 juillet, alors qu’une centaine de caravanes des gens du voyage s’était installée dans un champ sur la commune de Mautouroux, les agriculteurs du canton de Pays de Fayence ont mené une opération de blocage pour dire leur ras-le-bol.

Le problème est récurrent ici comme ailleurs dans le département, et les agriculteurs n’en peuvent plus, se sentant pris au piège entre l’occupation illégale de leurs terres par les gens du voyage et “l’immobilisme des pouvoirs publics”. Alors ce lundi matin, malgré la pluie, une vingtaine d’agriculteurs a décidé de bloquer le rond-point de la Colle Noire, sur Montauroux.

“C’est pareil chaque année, les gens du voyage investissent des terres agricoles, des champs de foin d’exploitations d’élevage, après récolte le plus souvent”, se désespère Nicolas Perrichon, éleveur ovin du canton. C’est chez lui que se sont installées près d’une centaine de caravanes, la veille, sur une parcelle où il cultive une partie du foin pour nourrir ses 1 200 brebis. Les tentatives de discussions n’ayant rien donné, et les propositions d’autres terrains avancées de la mairie de Montauroux ayant été refusées, l’agriculteur a dû porter plainte à la gendarmerie, afin d’obtenir la libération de son champ. Mais la procédure réclame du temps.

Un problème récurrent

“Depuis plusieurs années, les gens du voyage occupent des terres agricoles du canton de Fayence, parce que la communauté de communes n’est pas en règle avec le schéma départemental d’accueil des gens du voyage, et ne possède pas d’aire d’accueil. Du coup, ils s’installent sur les terrains qu’ils jugent les plus appropriés, c’est-à-dire les terrains agricoles bien entretenus, les champs de foin et d’herbe bien propres et bien plats”, poursuit Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA 83. Avant d’expliquer : “Le problème, c’est que comme l’intercommunalité n’est pas en règle avec la loi, l’expulsion passe par une décision en référé qui prend au moins quinze jours, alors que si le territoire est en conformité, le préfet peut ordonner l’expulsion, et cela ne doit pas prendre plus de cinq jours. En attendant, avec les caravanes, les allées et venues, et la pluie qui est tombée, le champ va être complètement saccagé”, déplore Nicolas Perrichon.

Ce jour-là, dans l’attente d’une réaction de la préfecture, les manifestants bloquent le rond-point de la Colle Noire pendant plusieurs heures, entraînant d’importantes difficultés de circulation. “C’est triste d’en arriver là, mais on en a marre de subir. Il n’y a que comme ça qu’on se fait entendre”, lâche l’un d’entre eux. Vers 14 h, le cortège de tracteurs et de remorques se met soudainement en route et s’arrête un peu plus loin, sur un autre rond-point. Un nouveau groupe d’encore plusieurs dizaines de caravanes est annoncé. Sur le champ de Nicolas Perrichon, les agriculteurs entreprennent de creuser des tranchées au niveau des accès, afin d’empêcher toutes nouvelles arrivées.

Un terrain à disposition l’an prochain

En soirée, le sous-préfet de Draguignan se rend sur place, où il retrouve les agriculteurs et plusieurs élus du canton. Les manifestants lèveront finalement le camp vers 22 heures. “Les gens du voyage se sont engagés à libérer les lieux avant la fin de la semaine, mais cela n’a pas empêché une cinquantaine de caravanes d’arriver la nuit suivante”, indique Nicolas Perrichon, au lendemain de la manifestation. “Ce qui est satisfaisant, c’est que les élus de la communauté de communes se sont engagés à mettre un terrain à disposition pour l’année prochaine. Une fois le territoire en règle avec le schéma départemental d’accueil des gens du voyage, le préfet pourra prendre, si besoin, un arrêté d’expulsion rapidement. Mais il aura fallu une action syndicale pour en arriver là”, commente Sylvain Audemard, conscient que le problème reste néanmoins prégnant sur d’autres secteurs.

Gabrielle Lantes


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