Chambre d’agriculture : le préfet rencontre la filière horticole

Publié le 01 juin 2021

Le préfet du Var, Evence Richard, a pu échanger avec les acteurs de la filière horticole lors d’une viste au Marché aux fleurs de Hyères (© G. Lantes).

A l’invitation de la Chambre d’agriculture et des représentants de la filière horticole, le préfet du Var s’est rendu sur Hyères pour mieux connaître l’horticulture varoise et ses besoins.

C’est à la Sica Marché aux fleurs de Hyères que le préfet du Var avait rendez-vous, ce 19 mai, afin d’échanger avec les acteurs de l’horticulture varoise, filière agricole majeure pour le département. Accompagné par la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Joly, et entouré de représentants syndicaux, responsables de la filière, et élus locaux, le représentant de l’État a pu, au gré de la visite du site, mieux appréhender les spécificités et attentes des horticulteurs.

L’horticulture est une filière à part entière de notre agriculture“, introduit Fabienne Joly. “La filière se structure autour de la Sica, pour la commercialisation, du groupement de producteurs Phila Flor, pour la production, de l’association Hyères Hortipôle sur le développement de projet, du Scradh, pour la recherche appliquée, sans oublier la Chambre d’agriculture qui est toujours là pour soutenir les différents projets“, présente Jean-Claude Véga, président de Phila Flor et membre associé de la Chambre. Sur un marché international hautement concurrentiel, l’horticulture varoise joue collectif et a développé, au fil du temps, outils et techniques qui lui permettent de se démarquer avec une production spécialisée. Aujourd’hui, la pivoine est la première fleur coupée du département qui, fort de conditions climatiques favorables, propose une gamme de produits méditerranéens.  

Qualité et traçabilité

Le Var est une terre d’exception, que ce soit pour ses fleurs ou son rosé“, souligne Éric Paul, vice-président de la Chambre d’agriculture. Pour valoriser au mieux le savoir-faire développé en lien avec le Scradh, station d’expérimentation du réseau Astredhor, la filière horticole s’appuie sur la charte qualité fleur et la marque Hortisud depuis plus de 20 ans. Une démarche avant-gardiste certifiée depuis 2015 par le label Fleurs de France, né à la suite des inondations de 2010 et des assises de l’horticulture varoise. “On travaille depuis très longtemps sur l’origine et le Marché consacre un budget de 100 000 euros pour communiquer sur les produits locaux. Tout ce travail réalisé en amont par la filière nous a permis de lancer le label Fleurs de France très rapidement à sa création et ainsi de répondre aux attentes des consommateurs en matière de qualité et de traçabilité“, souligne le président de la Sica Maf, Michel Gueirard. Et si la crise sanitaire a perturbé l’activité du Marché et mis à mal les exploitations, l’intérêt et la demande pour la production locale de fleurs coupées, apparaissent aujourd’hui renforcées, confortant la filière dans la démarche en cours d’obtention d’une IGP Fleurs du Var. “Depuis deux ans, on retrouve des Français qui veulent acheter français et cette évolution positive se confirme depuis le Covid. Hortisud et Fleurs de France sont des gages de confiance“, témoigne Patrick Carrasco, grossiste implanté sur le Maf. Pour les responsables de la filière, les efforts consentis de longue date commencent ainsi à porter leurs fruits. 

Foncier et fiscalité : des freins au développement de la production

La filière observe également un regain d’intérêt chez les jeunes qui veulent s’installer. “Actuellement, on a une douzaine de porteurs de projet qui cherche des terres. On travaille à les satisfaire avec la Safer, mais la majorité reste en attente“, indique Michel Gueirard. L’accès au foncier est une problématique prégnante pour la filière, concentrée sur le bassin hyérois, avec une implantation très péri-ubaine. A ce chapitre, en marge du Plan départemental de reconquête agricole qui entre dans sa phase opérationnelle, une IGP, en plus de valoriser les fleurs locales, permettrait de protéger l’aire géographique de production dans les projets d’aménagements à venir.

Les horticulteurs pointent par ailleurs les effets indésirables du micro bénéfice agricole comme un autre frein au développement de la filière. “On ne peut pas, aujourd’hui, être entrepreneur en étant plafonné à 87 000 euros par an. Ce qui se passe, c’est qu’une fois le plafond atteint, les producteurs ne cueillent plus, et on manque de fleurs“, dénonce Michel Gueirard. La filière demande en conséquence que le micro BA soit, comme lors de sa création, aligné sur le montant accordé aux micro-entreprises, qui a été doublé en 2018 et atteint 176 200 euros en 2021. “Il serait souhaitable que notre département puisse initier une démarche pilote de doublement du micro BA“, plaide Michel Gueirard. “Alors qu’on parle de souveraineté alimentaire et de rentabilité des entreprises, la situation s’avère antiéconomique. La FNSEA essaye de faire évoluer les choses, car trois secteurs sont particulièrement concernés : l’horticulture, l’élevage et la viticulture“, ajoute Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, qui accompagnait la visite préfectorale.

Besoin de reconnaissance et de moyens

Combative malgré les difficultés, l’horticulture varoise a, par ailleurs, besoin de soutien pour se moderniser.  Dans cette perspective, la Sica Maf a déposé, cette année, une demande de reconnaissance en tant qu’organisation de producteurs, de sorte à pouvoir prétendre aux fonds opérationnels européens. “Aujourd’hui, on est sur un marché très libéralisé, avec des distorsions de concurrence importantes et hormis les MAE (mesures agro-
environnementales), les producteurs n’ont droit à rien. Dans le cadre de la réforme de la Pac, le projet est d’intégrer l’horticulture au fonds opérationnel, via la reconnaissance du Marché comme organisation de producteurs. Cela nous permettrait d’avoir accès à des financements pour nous engager dans des programmes dynamiques à la fois sur la production, la commercialisation et l’aspect environnemental“
, explique Michel Gueirard, dans l’attente de l’arbitrage du ministère. Le Marché, dans le cadre du Plan de relance cette fois, projette, d’autre part, d’acquérir une seconde chaîne d’emballage, après avoir investi dans une première machine voilà cinq ans. “L’outil proposé en prestation nous permet d’être plus réactif et plus performant“, indique Michel Gueirard, en présentant la chaîne en fonctionnement au préfet.

Nous avons dans le Var des difficultés, mais nous avons une agriculture porteuse et des acteurs plein de dynamisme qu’il faut valoriser“, conclut Fabienne Joly. Attentif, le préfet Evence Richard s’est montré à l’écoute “d’une filière spécifique, dynamique et organisée autour d’un outil commercial tout à fait exceptionnel“.  Le Var est un département atypique du point de vue agricole avec son horticulture, sa viticulture et son maraîchage. Cette visite est l’occasion pour moi de mieux connaître les spécificités et les attentes de l’horticulture, qui a notamment besoin de modernisation et d’installations pour faire fonctionner son marché aux fleurs“, commente le représentant de l’état, désormais pleinement sensibilisés aux problématiques de la filière. 

Gabrielle Lantes


Après la salle du cadran, le représentant de l’Etat a visité l’atelier d’emballage de la Sica Maf. (© G. Lantes)

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