Chambre d'agriculture : point de situation sur la bactérie Xylella fastidiosa

Publié le 06 novembre 2019

Considérant les dégâts causés par la bactérie sur olivier dans les Pouilles, la filière oléicole est particulièrement vigilante. En zone infestée, 2 149 arbres ont été recensés et sont suivis visuellement et par analyses.

Répondant à l’inquiétude des producteurs concernés, la Chambre d’agriculture du Var organisait une réunion d’information, le 16 octobre dernier, sur l’agricampus de Hyères. La rencontre a été l’occasion d’apprécier la situation sanitaire en Paca, de faire le tour des mesures mises en œuvre et d’aborder les perspectives d’évolution réglementaire.

Organisme nuisible réglementé, Xylella fastidiosa fait, depuis 2015, l’objet d’une surveillance annuelle à l’échelle nationale. Celle-ci est conjointement assurée par le Sral, la Draaf et la Fredon. Deux régions françaises sont actuellement concernées : la Corse, en totalité, et Provence-Alpes-Côte d’azur. Trois aires de contamination ont été identifiées dans le Var et les Alpes-Maritimes, sur le bassin toulonnais, le long de littoral entre Saint-Raphaël et Nice, ainsi que sur la zone de Menton. Aucune contamination n’a toutefois été détectée en pépinières, jardineries ou verger de production.

Très polyphage, Xylella fastidiosa peut s’attaquer et potentiellement entraîner le dépérissement de quelques 200 espèces végétales. Elle a été identifiée en France sur une cinquantaine d’espèces, dont une majorité endémique du maquis Corse. Les services de l’État dénombrent ainsi 35 espèces hôtes en Corse, et 28 en Paca, dont une dizaine commune aux deux régions.

Lutte et surveillance encadrée

Après analyses et confirmation de la contamination, la bactérie faisant l’objet d’une lutte obligatoire aux niveaux national et européen, un périmètre – d’un rayon de 100 m autour de la plante contaminée - délimite la zone infectée. Une zone tampon est par ailleurs définie dans un rayon de 5 km autour de la zone infectée. Sur le périmètre infecté, la réglementation prévoit l’arrachage et la destruction des végétaux contaminés, hôtes et symptomatiques, une désinfection, ainsi que l’interdiction de planter des végétaux hôtes et de faire sortir des végétaux spécifiés. Une surveillance renforcée est mise en place. Ces deux dernières mesures sont également appliquées en zone tampon.

En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 13 000 quadras sont surveillés en zone tampon. La surveillance s’organise sur la base des différents dispositifs établis en et hors zones délimitées, ainsi que sur le signalement spontané de suspicions de cas. Des contrôles en pépinière et jardinerie - mais aussi sur des végétaux sensibles dont les oliviers et certaines plantes aromatiques - sont notamment réalisés en zones indemnes. Dix parcelles d’agrumes, 100 d’oliviers, 20 d’amandiers, 30 de pêchers, 30 d’abricotiers, 10 de pruniers et 40 de cerisiers sont, entre autres, suivies chaque année. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 17 300 échantillons ont été prélevés, 305 se révélant contaminés.

Vigilance et inquiétude des professionnels

Considérant les dégâts causés par la bactérie sur olivier dans les Pouilles, la filière oléicole est particulièrement vigilante. En zone infestée, 2 149 arbres ont été recensés et sont suivis visuellement et par analyses. Depuis 2015, plus de 5 100 échantillons ont été prélevés dans le cadre de la surveillance des zones délimitées. Récemment, deux cas ont été détectés dans les Alpes-Maritimes sur des oliviers d’ornement. L’un se situe à Menton (souche multiplex), l’autre à Menton (sous-espèce pauca).

La bactérie inquiète ainsi tout particulièrement les oléiculteurs, mais aussi les pépiniéristes et les jardineries. Les attentes sont fortes “tant en matière réglementaire qu’au niveau de la recherche”, souligne Max Bauer, président de la Coordination rurale et représentant de l’Uniphor, en plaidant pour la solidarité entre filières. Xylella mobilise déjà pleinement France Olive, qui porte ou soutient plusieurs programmes de recherche, et accompagne les oléiculteurs au quotidien. Le directeur de l’interprofession de l’olive, Yves Guillaumin, invite d’ailleurs à la plus grande vigilance, mais aussi à la prudence et à la tempérance. L’interprofession a notamment engagé une vaste étude sur les multiples causes de dépérissement des oliviers, aucun cas de Xylella n’ayant été mis en évidence.

Pour les professionnels horticoles, les mesures de lutte - en particulier les contraintes sur le transport de végétaux hôtes et spécifiés - suscitent, par ailleurs, craintes et complexités au quotidien. Les évolutions, très attendues, de la décision communautaire encadrant la lutte pourraient venir simplifier les dispositifs à l’œuvre, notamment par la réduction du rayon de la zone infectée de 100 à 10 mètres, mais aussi au travers de l’assouplissement des mesures relatives au mouvement des végétaux en dehors des zones délimitées. L’obligation d’arrachage pourrait, d’autre part, être limitée aux espèces découvertes contaminées dans la région. Et une possibilité de déroger à l’arrachage – pour les végétaux présentant une valeur patrimoniale particulière en zone infectée – pourrait être introduite, en contrepartie de la mise en place d’une surveillance renforcée. Les arbitrages devraient intervenir avant la fin de l’année.

Gabrielle Lantes

 


Oléiculteurs et pépiniéristes sont venus s’informer sur la maladie Xylella fastidiosa, lors de la réunion organisée par la Chambre d’agriculture, à Hyères.

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