Chambre d'agriculture : Un budget revu à la baisse pour faire face à la crise

Publié le 08 décembre 2020

La session budgétaire de la Chambre d’agriculture s’est tenue à huis clos en présence du préfet, Evence Richard. © G. Lantes

La Chambre d’agriculture du Var voit sa stratégie de développement ralentie par la crise sanitaire et les aléas climatiques à répétition. La situation se traduit au budget initial 2021 par une temporisation des dépenses.

“Depuis deux ans, entre les gilets jaunes, les inondations, la grêle, le gel, le Covid... c’est très difficile pour l’agriculture varoise“, souligne la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Joly, en ouvrant la session budgétaire qui s’est tenue à huis clos le 24 novembre, à Vidauban.

Car la situation n’est pas sans conséquences pour la Chambre d’agriculture : “Tout le travail de mission de service public, réalisé en lien avec l’actualité, se traduit par un retard sur les actions conventionnées et les prestations. Conséquences : une révision à la baisse de nos résultats d’exploitation. Cette crise sanitaire a aussi retardé bon nombre de décisions des collectivités locales. De nombreux programmes prévus cette année sont reportés à 2021. Nos équipes ont su se mobiliser pour accompagner les exploitants, mais tout cela freine la dynamique de croissance que nous avions engagée. Il nous faudra donc faire des choix, car les carnets de commandes sont très chargés et nous serons limités en moyens humains“, explique clairement Fabienne Joly.

Prudence budgétaire

Dans ce contexte, il est difficile de prévoir une hausse de chiffre d’affaires comme nous l’envisagions, et qui devait nous permettre de recruter“, poursuit Sébastien Perrin en présentant le budget, qui s’oriente vers une “temporisation de la masse salariale. Certains programmes devront également être suspendus, après analyse fine à la fois en matière de rentabilité et de pertinence pour notre agriculture“, annonce le secrétaire général de la Chambre, avant de remarquer au chapitre des produits : “La TATFNB n’a pas augmenté depuis cinq ans. On en demande toujours plus aux Chambres qui répondent présentes. On nous demande d’épauler les DDT, de remplir plus de missions de service public, alors que notre principale ressource stagne et qu’à ETP constant, la masse salariale continue d’augmenter. Sans compter que c’est le flou le plus total au niveau du Casdar“, pointe-t-il. Alors que le résultat prévisionnel 2020 est négatif de 447 138 €, le budget initial 2021 table sur un déficit de 272 491 €. “L’objectif est d’arriver à l’équilibre en 2022. Sachant qu’il va falloir continuer à investir, nous allons réaliser un prélèvement sur le fonds de roulement de 365 000 euros“, indique encore Sébastien Perrin. “Face à l’incertitude de la crise que nous traversons, nous préférons rester prudents sur les budgets, quitte à avoir une bonne surprise en fin d’année“.

Le projet de construction – partagé par la Chambre d’agriculture et le Centre du rosé – a lui aussi été redimensionné. “Notre volonté est de rationaliser le projet au plus près des besoins des deux entités. Il a donc été réévalué à 6,2 millions d’euros au lieu de 7,6 millions, dont 5,8 millions de constructions et 400 000 euros pour l’achat d’un nouveau terrain à Vidauban, après estimation des domaines et approbation du PLU en cours de révision“, précise Sébastien Perrin. Quant au terrain précédemment acquis au Cannet-des-Maures pour 450 000 €, il devrait être revendu pour 550 000 €.

Du positif malgré tout

Si la situation actuelle est difficile, Fabienne Joly tient aussi à mettre l’accent sur les points positifs. “Nous allons devoir mesurer nos dépenses. Pour autant, la situation, comptable de la Chambre est saine et notre action reste dynamique“, rassure-t-elle, en saluant le travail et la capacité d’adaptation des salariés de la Chambre, ainsi que l’engagement des élus.

Au chapitre des bonnes nouvelles, la présidente se réjouit de l’obtention de financements nationaux et européens sur “deux programmes ambitieux que sont la valorisation de la biomasse pour l’agriculture, et le projet de constitution d’un observatoire des cépages résistants. La sélection de ces projets représente une véritable reconnaissance de notre expertise, et nous pouvons en être fiers“. En tant que présidente de la commission viticole régionale et de l’Association pour la recherche et l’expérimentation en viticulture en région Sud, Fabienne Joly compte, en parallèle, replacer la Chambre régionale au cœur des politiques d’expérimentation. “L’Aredvi va retrouver son rôle de coordination des programmes, et je souhaite que les Chambres de Paca s’affirment dans ce domaine“, lance-t-elle.

Fabienne Joly salue, par ailleurs, les engagements du Canal de Provence en matière d’irrigation, avec des projets qui avancent sur les secteurs de Pierrefeu, d’Ollières et plus largement de la Provence Verte, où une convention avec la Chambre doit être conclue pour avancer efficacement sur le terrain. Pour autant, la présidente plaide pour une amélioration de la communication entre le Canal et le monde agricole, et voudrait voir accélérer les projets de partenariat, “notamment en matière de programme d’expérimentation et de formation“.

Enfin, Fabienne Joly souligne l’avancée de la charte ‘riverains’, qui permet aux exploitants varois de bénéficier des aménagements de distance des Zones non traitées. “L’agriculture varoise s’est mise en ordre de marche pour construire et proposer cette charte ‘riverains’. C’est le socle d’un programme de concertations et d’échanges que nous souhaitons mettre en œuvre dès que possible. Des réunions seront programmées pour qu’il existe un vrai débat sur la place de l’agriculture dans les territoires“, explique-t-elle, en rappelant qu’un agriculteur varois a été la cible de tirs au printemps dernier, alors qu’il travaillait de nuit dans ses vignes. S’engageant à travailler avec les communes et les populations, la Chambre d’agriculture réclame la plus grande fermeté “lorsqu’il s’agit d’agression sur des personnes qui ne font que leur métier. Nous serons là pour faire le lien. Mais nous serons là aussi pour rappeler que l’on ne peut pas demander aux agriculteurs tout et son contraire : produire sans eau, produire sans bruit, produire sans odeur, produire sans traitement, en laissant saccager nos cultures par les sangliers et nos troupeaux par le loup. C’est impossible ! Et c’est notre devoir de le faire savoir“, plaide Fabienne Joly avec force.

Foncier, environnement, inondations, élevage : des attentes fortes

Les services de la Chambre d’agriculture continuent également de travailler sur le Plan de reconquête agricole, qui vise à répondre aux besoins fonciers exprimés par l’agriculture varoise de 10 000 hectares supplémentaires, à l’horizon 2030. Une série d’ateliers est d’ailleurs programmée le 18 décembre. Et sur le dossier, pourtant bien engagé, le vice-président de la Chambre d’agriculture et président de la FDSEA 83 fait état de plusieurs craintes, en particulier concernant les relations avec le service ‘Biodiversité’ de la Dreal Paca. “Les premiers écolos, c’est nous : nous sommes tous les jours sur les terres. Pourtant, on nous oppose toujours des questions d’environnement, et c’est le service biodiversité de la Dreal qui a le dernier mot. Sur les terres incultes, sur la tortue d’Hermann, sur les Pidaf... c’est toujours pareil ! Et maintenant, on voudrait nous demander des études d’impact pour chaque remise en culture de friches. Nous sommes très inquiets sur la mise en œuvre de ce Plan de reconquête, qui nous demande énormément de travail et nous attendons des réponses claires de l’État“, alerte-t-il, en s’adressant au préfet du département, Evence Richard.

Dans la même veine, Max Bauer, président de la Coordination rurale du Var, dénonce la notion d’“écocide“ qui fait actuellement débat. “On n’ira sûrement pas chercher monsieur Total qui a les moyens de se payer une armée d’avocats. En revanche, on va encore taper sur les agriculteurs. Le gouvernement ferait mieux de financer davantage l’agriculture biologique“, dénonce le syndicaliste.

Autre préoccupation : les inondations et les travaux qui se font interminablement attendre dans la plaine de l’Argens pour sécuriser les exploitations. “Il y a des millions d’euros sur la table et toujours rien de fait. Et le dernier comité du Syndicat mixte de l’Argens n’a pas pu se tenir, parce que le quorum n’était pas atteint. C’est scandaleux“, fustige Sylvain Audemard. De son côté, Sylvain Apostolo , pour la Confédération paysanne du Var, attire l’attention “sur l’atlas des zones inondables qui a été établi et qui, s’il n’est pas opposable, peut faire l’objet d’une lecture rigoriste de la part de certaines intercommunalités, et mettre encore des bâtons dans les roues des agriculteurs“.

Enfin, pour l’élevage, Nicolas Perrichon – président de l’Association des éleveurs de Canjuers et élu Chambre – soulève la question de la prédation. “On a sur le plateau de Canjuers, en zone expérimentale de co-adaptation, des photos avec plus de neuf loups d’une même meute. C’est invivable. Il faut pouvoir réfléchir ensemble au nombre de loups acceptable par meute“, défend-il. Une remarque entendue par le préfet, qui pointe le déséquilibre entre le taux de prédation dans le Var et le nombre de prélèvements qui y sont réalisés.

Les éleveurs s’inquiètent par ailleurs de l’issue du projet d’abattoir dans le Département. “On a un projet. On a travaillé très sérieusement pour répondre aux attentes des éleveurs et aux besoins en circuits courts. Mais ce n’est pas parce que d’autres structures fonctionnent mal ailleurs qu’on doit être pénalisé“, défend Fabienne Joly. Le Plan de relance pourrait notamment ouvrir des perspectives sur ce dossier.

Nous avons, dans notre département, des ambitions légitimes et la volonté d’aller au bout. Nous avons sollicité une visite du ministre de l’agriculture pour approfondir les sujets, exprimer nos difficultés, mais aussi monter nos atouts, car nous n’en manquons pas“, conclut la présidente de la Chambre d’agriculture.

Gabrielle Lantes


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