CIVP : “Rester unis, raisonnables et ambitieux”

Publié le 14 juillet 2020

“Entre les taxes Trump et bien sûr, le Covid et le confinement, nous sommes confrontés à une conjoncture particulièrement dif­ficile“, résume Jean-Jacques Bréban, président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence.

Réunis en assemblée générale le 2 juillet au château Sainte Roseline, élus, salariés et partenaires du CIVP ont fait le point sur les bouleversements de l’année 2020, les actions engagées pour faire face à la crise, et les objectifs à tenir à l’avenir.

“L'activité du vignoble et du CIVP a véritablement fait le yoyo entre une année 2019, intense en actions et en évolutions, et une année 2020, marquée par les taxes américaines et le Covid. L’année 2019 avait commencé en trombe, avec le succès des Rencontres internationales du rosé, et s’est terminée sur un plan d’actions et de développement ambitieux. (…) 2020 devait être l’année du vin, et bien c’est tout le contraire ! Entre les grèves, le gel, la grêle, le Brexit, les taxes Trump et bien sûr, le Covid et le confinement, nous sommes confrontés à une conjoncture particulièrement difficile“, résume Jean-Jacques Bréban en introduction à son rapport moral.

Malgré ces difficultés, il faut rester optimiste et garder foi en nos atouts“, soutient toutefois le président de l’interprofession des trois appellations de Provence, dont le budget et le plan de communication ont été révisés en quelques semaines, pour répondre à la situation.

En ordre de bataille

Considérant l’impact du confinement sur l’activité des entreprises, la relance progressive des différents circuits, les perturbations des mouvements à l’international, les inquiétudes quant à la situation socio-économique des prochains mois, ainsi qu’une récolte 2020 à la baisse en raison des aléas climatiques du printemps, le budget 2020 du CIVP a été revu à la baisse de 1,34 million d’euros, en partie compensée par l’annulation de plusieurs salons et évènements, notamment localement ‘Air Provence’, nouveau rendez-vous des Côtes de Provence, mais aussi la présentation du millésime des Coteaux Varois en Provence et les ‘Jolis soirs’, manifestation estivale des Coteaux d’Aix-en-Provence. Le budget prévisionnel anticipe finalement un résultat négatif de 200 000 € sur l’exercice.

Le programme d’actions a également été revu en conséquence, l’objectif étant, pour commencer, de renforcer la visibilité des Vins de Provence rapidement auprès des consommateurs, en France comme à l’étranger. À l’export, sur le secteur Asie-Pacifique à fort potentiel de développement, le CIVP va se concentrer sur le référencement des vins de Provence, avec la prochaine mise en route d’une plateforme de mise en relation en B to B, diffusée auprès de 10 000 professionnels.

Aux USA et au Royaume-Uni, le CIVP oriente ses actions en soutien à la restauration et aux cavistes, par le biais de partenariats avec des prescripteurs (influenceurs, médias, sites de recommandations), l’organisation de master class en ligne, la création de matériels promotionnels pour les restaurateurs, anglais et londoniens en particulier, et le développement d’une ‘Iconic Provence Rosé Map’ : cette cartographie en ligne doit permettre aux consommateurs de situer les vins de Provence dans des établissements de vente et de consommation dans plusieurs grandes villes des États-Unis. Un plan digital transversal – articulé autour d’une identité visuelle commune – sera aussi décliné à l’attention des professionnels et des consommateurs sur cinq marchés cibles (USA, Canada, Allemagne, Japon, Chine), avec des rendez-vous pédagogiques et ludiques adaptés à chaque destination.

Sur le marché français, deuxième marché des Vins de Provence derrière les USA, l’effort se porte, dans un premier temps, sur la campagne estivale sous la bannière ‘On a tous besoin de Provence’, qui vient faire écho à la campagne régionale de soutien aux acteurs du tourisme ‘On a tous besoin du Sud’. Application mobile, plan d’affichages et parutions médias s’adresseront aux consommateurs. Une websérie, réalisée avec la participation de chefs restaurateurs régionaux, sera par ailleurs diffusée sur les réseaux, à compter du 20 juillet.

Nous ne devons rien lâcher et rester combatifs“, martèle Jean-Jacques Bréban, en saluant “l’investissement du personnel et des élus du CIVP, qui se sont mis en ordre de bataille très rapidement“.

Garder le cap de la premiumisation

Pour le président de l’interprofession, s’il est essentiel de s’adapter, les appellations de Provence ne doivent pas perdre de vue “leur stratégie à long terme. La diversification de nos circuits de commercialisation, la qualité et la montée en gamme, et la réduction de l’empreinte environnementale restent les objectifs prioritaires des Vins de Provence“, rappelle-t-il. Ainsi, qualité, développement des labels bio et Haute valeur environnementale (HVE), mais aussi stabilisation du potentiel de production et des disponibilités, apparaissent comme autant de piliers de la politique des Vins de Provence.

Raisonnablement optimiste“, Jean-Jacques Bréban insiste, dans cette perspective, sur le sens du collectif et la solidarité. Avant d’alerter : “Attention à ne pas créer un deuxième marché, en laissant partir nos vins à n’importe quel prix. Soyons professionnels. Faire des coups n’est jamais bon. Nous devons réapprendre à gérer un stock, et sortir du cycle infernal des cuves vides en août“, défend-il encore, en plaidant pour le développement d’“un marché stable de Vins de Provence rosés de qualité non millésimé“.

Pour répondre aux défis techniques, les Vins de Provence peuvent s’appuyer sur l’outil essentiel qu’est le Centre du rosé. “Le vignoble provençal a eu l’idée visionnaire de créer ce centre il y a 20 ans. Nous devons aujourd’hui le réinventer, pour nous mener vers l’excellence qualitative et environnementale. Plus que jamais, le lien entre les vignerons, les techniciens, les œnologues, les chercheurs doit être renforcé ! C’est le rôle du Centre du rosé !“, insiste Jean-Jacques Bréban, qui souhaite qu’une commission ‘Vins de Provence’ soit créée au sein du centre de recherche et d’expérimentation.

Jouer collectif et solidaire

Notre vignoble provençal est reconnu et plébiscité par les consommateurs du monde entier. Notre savoir-faire sur les rosés est unique. La beauté de notre territoire, de nos domaines, de nos bouteilles est inégalée. Je vous engage tous à rester unis, raisonnables et ambitieux ensemble, pour garantir l’avenir des Vins de Provence. C’est dans la tempête que le collectif est particulièrement important“, insiste Jean-Jacques Bréban.

Heureux des initiatives déjà menées avec les collectivités pour dynamiser la saison touristique, le président du CIVP “espère pouvoir compter sur un soutien important de la Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, pour aider les entreprises vitivinicoles dans les mois à venir“. Un appel entendu par le conseiller régional, Christian Burle, qui s’est dit “prêt à étudier les propositions, notamment sur la stabilisation des volumes“, après avoir rappelé l’investissement du Conseil régional sur la construction du nouveau Centre du rosé, le programme d’extension du réseau d’irrigation et la surveillance sanitaire.

Pour la présidente de la Chambre d’agriculture, la coopération de tous est essentielle. “Il a fallu se réinventer et, au-delà des liens qui existaient déjà, on a vu une belle solidarité et une formidable réactivité des entreprises et des organisations professionnelles agricoles. On a aussi vu, avec le Département et la Région, les liens entre les filières et les territoires“, apprécie Fabienne Joly.

Les présidents des appellations de Provence Didier Pauriol (AOC coteaux d’Aix-en-Provence), Éric Lambert (AOC Coteaux Varois en Provence) et Éric Pastorino (AOC Côtes de Provence) insistent, eux aussi, sur la nécessité, plus que jamais, de jouer collectif, en ne cédant rien sur la qualité qui fait la typicité des vins de Provence. Le président des Côtes de Provence s’émeut toutefois du traitement fait à la viticulture par le gouvernement. “On donne des milliards à l’industrie aéronautique, et il n’y a finalement rien pour les entreprises viticoles touchées de plein fouet par l’effondrement des cafés-restaurants et la chute de la vente directe. Et maintenant, notre président en campagne est prêt à vendre l’agriculture aux apôtres de l’écologie punitive ! Faut-il mettre des gilets jaunes et tout casser pour être pris en considération dans ce pays !“, dénonce-t-il. 

Gabrielle Lantes


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