Cluster Rosé de Provence : l’entreprise face au changement climatique

Publié le 08 juin 2021

Reportée un temps pour raison sanitaire, la conférence du Cluster s’est finalement tenue en présentiel et en distanciel pour être accessible au plus grand nombre. (© G. Lantes)

Comment préparer l’avenir face au changement climatique ? C’est la question posée par la conférence organisée par les entreprises du Cluster Provence Rosé, engagées dans une dynamique collective.

Depuis sa création, le Cluster Provence Rosé fédère et représente des entreprises de l’amont et de l’aval de la filière viti-vinicole, avec l’ambition de participer activement à l’excellence et au succès des rosés de Provence. “C’est notre raison d’être”, rappelle son président, Philippe Brel, directeur d’Estandon coopérative en Provence. “Notre Cluster est aussi au service du développement responsable de nos entreprises”, poursuit-il. Dans cette perspective, le Cluster est engagé sur le terrain de la transition écologique, au travers notamment d’un groupe de travail consacré au sol vivant, qui vise à tester et faire évoluer différentes pratiques culturales.

Un second groupe de travail est dédié à la thématique de la ‘Responsabilité climatique’, préoccupation au centre de la conférence organisée par l’association, le 27 mai à Brignoles. “Il est impossible aujourd’hui d’envisager l’avenir sans se poser la question de la pérennité de nos entreprises face au dérèglement climatique, et sans se demander comment agir”, souligne Philippe Brel.

Comprendre pour agir

Il est important de partager les savoirs pour comprendre ce qui se passe, et nous voulions d’abord déconstruire l’image de la forêt qui brûle. La situation est plus complexe, et nos entreprises ont énormément à faire en tant qu’acteurs économiques, mais aussi en tant que force financière et créatrice”, introduit Alexandre Latz, pilote du groupe de travail sur le changement climatique du Cluster, et directeur de Concept Emballage.

Plus il y a de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, plus le climat est bouleversé et s’emballe”, rappelle Philippe Rosello, coordinateur et animateur du Grec-Sud Paca, qui œuvre à la diffusion des connaissances scientifiques sur le climat. “Aujourd’hui, un équilibre est rompu entre les émissions de carbone et la capacité de séquestration du carbone. Nous avons émis tellement de gaz à effet de serre que le changement climatique s’accélère depuis une trentaine d’années”, souligne-t-il. Déjà, depuis l’ère industrielle, la communauté scientifique observe une augmentation moyenne de 1,1°C sur les terres émergées de la planète. Le réchauffement est toutefois inégalement réparti et, en Méditerranée, la hausse moyenne des températures dépasse 1,5°C. Progressif, le phénomène s’accompagne d’évènements extrêmes, tels que les gels printaniers, les canicules, les incendies dévastateurs ou la multiplication des épisodes de pluie dits méditerranéens, dont l’intensité est en augmentation de 22 % depuis le milieu du XXe siècle. “On voit aussi que les vagues de chaleur vont gagner en durée et en intensité, avec un impact sur la ressource hydrique et les problématiques sanitaires liées”, poursuit Philippe Rosello.

Dans ce contexte, le Grec-Sud plaide pour un “nécessaire décloisonnement du dialogue”, et “une inévitable mise en place de stratégie d’adaptation au changement climatique et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre”. Dans ce cadre, les “territoires ont un rôle déterminant à jouer en tant que moteurs et coordinateurs de la transition écologique”, notamment au travers des Plans climat, intervient Olivier Blancheton, chargé de mission de l’Ademe Provence-Alpes-Côte d’Azur. “Le Plan climat est un plan de bataille transversal qui touche toutes les compétences des intercommunalités, avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En Paca, 36 EPCI1 sont réglementairement obligés d’en élaborer un, trois sont en démarche volontaire. 97 % de la population sont concernés. Collectivités, entreprises, associations, citoyens, tous les acteurs sont donc touchés, car il s’agit de diviser par six les émissions de gaz à effet de serre”, explique Olivier Blancheton. Et l’entreprise peut s’ancrer sur ces dynamiques territoriales.

Agir pour préparer l’avenir

Le législateur avance au niveau national et international. Il y a donc une véritable nécessité pour nos entreprises de s’adapter et d’anticiper la réglementation future”, insiste Alexandre Latz, pour le Cluster Provence Rosé.

En entreprise, la prise en compte du changement climatique commence avec le bilan carbone. “Il s’agit de déterminer quels sont les postes prioritaires d’émission de carbone, et de mettre en place des actions au regard des enjeux identifiés”, présente Renaud Bettin, expert chez Sweep, start-up spécialisée dans le domaine. “Il y a des choses simples à calculer, comme l’essence utilisée par la flotte de l’entreprise ou les consommations de combustibles, qui relèvent directement du fonctionnement de l’entreprise. Mais il y a aussi des émissions indirectes, en fonction des activités en amont des fournisseurs et de l’utilisation, en aval, des produits et services vendus. L’enjeu numéro un avec la réalisation d’un bilan carbone est donc l’accès à la donnée”, présente l’intervenant.

Les émissions indirectes représentant 80 à 95 % de l’empreinte carbone, le dialogue entre partenaires est indispensable. En interne comme en externe, les leviers d’actions sont évidemment multiples, et différentes méthodologies de réduction existent, dont ACT, ‘Acessing low carbon transition’, diffusée par l’Ademe. “Le but est de réduire l’empreinte carbone. Il faut donc faire moins ou mieux”, résume Renaud Bettin. La contribution à un projet bas carbone, ou l’achat de crédit carbone, permettent aussi de participer à la neutralité carbone. “Planter un arbre c’est bien, il faut le faire. Mais attention, les mécanismes de compensation n’annulent pas les émissions de l’entreprise !”, alerte toutefois l’expert.

La formation des forces vives de l’entreprise aux enjeux liés au changement climatique, tout comme la communication, sont des axes essentiels à prendre en compte pour Renaud Bettin. “Formez-vous et formez vos salariés”, insiste-t-il auprès des adhérents du Cluster Provence Rosé. Avant d’inviter à la prudence : “Attention aux abus de communication autour du zéro obsessionnel. Il est dommage que les sirènes du marketing prennent le pas sur ce qui est réalisé par les entreprises. Si les choses sont bien faites, la façon dont une entreprise protège le climat peut aussi lui permettre de prendre des parts de marché à d’autres, qui font moins bien”, poursuit-il.

L’enjeu de la décarbonation devenant majeur à l’échelle européenne, des financements peuvent soutenir les actions mises en place dans les entreprises. Dans le cadre du Plan de relance, le programme ‘Tremplin’ ouvre notamment des crédits en faveur de la transition écologique des petites et moyennes entreprises. La CCI du Var accompagne les entreprises dans leur recherche de financement.

Pour Alexandre Latz, les éclairages apportés par les différents intervenants viennent, dans un premier temps, sensibiliser les adhérents du Cluster à la notion de “responsabilité durable” des entreprises. La conférence du 27 mai est ainsi un premier pas. Dans un second temps, le Cluster tend collectivement vers une démarche d’engagement. “Il ne s’agit pas de faire un bilan carbone commun, mais d’engager une démarche collective qui nous engage à travailler ensemble sur ces questions, et qui nous permette de partager expériences et bonnes pratiques.”

Gabrielle Lantes

(1) Établissement public de coopération intercommunale.


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