Confinement : soutenir les productions de proximité

Publié le 01 avril 2020

Les producteurs s’organisent, avec le soutien de la Chambre d’agriculture, pour faciliter la commercialisation des produits locaux.

Au gré des mesures de lutte contre le coronavirus, la Chambre d’agriculture du Var s’adapte pour soutenir les producteurs du département, dont les circuits de commercialisation sont en partie bouleversés.

La fermeture des restaurants, des cantines collectives et maintenant des marchés ouverts – auxquels se rajoutent parfois des problèmes de transport de marchandises et une baisse de fréquentation – vient compliquer la tâche des producteurs. Ces derniers rencontrent des difficultés à écouler normalement leurs fruits et légumes, mais aussi ponctuellement leurs fromages, viande et autres denrées fraîches. Ceux en vente directe, à la ferme ou dans des points de vente collectifs, se débrouillent tant bien que mal. La plupart d’entre eux restent ouverts et s’organisent pour proposer des paniers, enregistrer les commandes par téléphone, et ainsi limiter les contacts. La situation est plus compliquée pour les entreprises qui fournissent les grossistes et les restaurants, comme pour les producteurs habitués à courir les marchés hebdomadaires des communes varoises, qui perdent tout ou partie de leurs débouchés commerciaux.

À Puget-sur-Argens, chez les Maraîchers de Provence, spécialistes de la jeune pousse, la demande est à la baisse. “Comme la salade destinée aux restaurants et aux collectivités ne se vend plus, on a arrêté le conditionnement, sinon la sauce nous coûte plus cher que le plat. On reprendra peut-être, pour faire de la barquette pour les grandes surfaces”, expose Stéphane Morféa. Le producteur a aussi réduit les semis. “On a continué à semer en divisant les quantités par trois, et on s’adaptera. Mais la saison est largement entamée, et on avance dans l’ombre”, indique-t-il.

L’exploitation familiale a aussi débuté, cette année, une production de fraises. “Nos clients habituels devraient les prendre, mais je ne m’interdis pas de vendre autrement, si les circuits ne suivent pas”, ajoute Stéphane Morféa. Une partie du personnel a dû être mise à l’arrêt, certains en congés. Seulement 40 % de l’effectif est actuellement en service. Alors que l’exploitation recommençait tout juste à produire – après avoir été terriblement impactée par les inondations de fin 2019 –, “c’est la double peine”.

S’adapter pour trouver des solutions

Afin de répondre au double défi de “la santé publique” et de “l’approvisionnement en produits alimentaires sains et locaux”, la Chambre d’agriculture du Var travaille pour proposer des solutions aux producteurs. Si, au départ, sa présidente, Fabienne Joly, a notamment plaidé auprès des maires du département en faveur du maintien des marchés, dans les règles strictes de sécurité sanitaire, il faut désormais composer avec la décision du gouvernement de les fermer, sauf dérogation préfectorale. “En campagne, on paie cher le prix de l’irresponsabilité de certains en ville. Mais on s’adapte, aux décisions gouvernementales au jour le jour. La priorité, c’est la sécurité de tous, et on ne poussera pas à demander des dérogations”, intervient Fabienne Joly à ce chapitre.

On s’organise depuis le début de cette crise pour trouver des solutions, et ne laisser aucun agriculteur sur le carreau”, soutient-elle. Dans ce but, les équipes de la Chambre assurent notamment un recensement des maraîchers, mais aussi des éleveurs, en difficulté et des potentiels points de vente pouvant absorber leurs marchandises. 

En lien avec la Fédération des caves coopératives du Var et la Route des Vins de Provence, on a repéré les caveaux viticoles restés ouverts et susceptibles d’accueillir d’autres produits. Certains maraîchers, qui sont déjà en vente directe, proposent aussi d’écouler les produits de leurs collègues. L’idée, c’est de recenser les besoins et les solutions, et de faire de la mise en relation au niveau des territoires”, explique Julie Hars, responsable maraîchage et arboriculture de la Chambre d’agriculture.

La Chambre a aussi sollicité les gran-des et moyennes surfaces, afin qu’elles privilégient les produits locaux, et déjà, plusieurs semblent vouloir jouer le jeu de l’approvisionnement de proximité. “On a des retours positifs de la grande distribution, avec des établissements qui sont prêts à passer en dehors de leur centrale d’achat. Là encore, notre but est de faire de la mise en contact. Nous n’intervenons en aucune façon dans les négociations commerciales”, précise Julie Hars.

On prône depuis longtemps les circuits courts, les politiques de territoire et l’économie circulaire. La situation sanitaire actuelle montre l’importance de l’agriculture locale. La Chambre est là pour accompagner tous les producteurs et les aider à trouver des débouchés. Les salariés de la Chambre font un boulot formidable, ils sont solidaires et motivés et, avec les élus, ils déploient toute leur énergie pour que personne ne reste sans solution”, souligne pour finir Fabienne Joly.

Gabrielle Lantes


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