Contre les normes imposées et les accords de libre-échange

Publié le 26 juillet 2019

Une centaine d’agriculteurs du département, représentant les différentes filières et territoires de l’agriculture varoise, a participé au mouvement.

À l’appel de la FDSEA et du Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var, une centaine d’agriculteurs du département a manifesté, le 13 juillet au Cannet-des-Maures, pour dénoncer les contraintes croissantes et les contradictions politiques qui accablent la profession.

Ce matin du 13 juillet, les drapeaux des deux syndicats flottent aux abords du rond-point de la sortie d’autoroute du Cannet-des-Maures, alors que les tracteurs garés sur la chaussée ralentissent la circulation dense de ce week-end de vacances. En bord de route, les agriculteurs, venus des quatre coins du département, offrent des fleurs – produites dans le bassin hyérois fournies par la Sica Marché aux Fleurs –, du rosé – apporté par des caves coopératives et particulières – ainsi que des courgettes, des bouquets de basilic et de persil d’une exploitation maraîchère de Flassans-sur-Issole. Des produits 100% varois distribués aux automobilistes, parfois grincheux, bloqués dans les bouchons, mais qui, pour la plupart, témoignent leur soutien aux agriculteurs qui leur exposent les raisons de la colère.

Des contraintes déconnectées du terrain

“La loi Egalim demande la mise en place de chartes de bon voisinage, partagées et co-construites avec les Chambres d’agriculture, la préfecture, les maires du département, les associations de riverains. Dans le Var, on souhaite aussi travailler avec les notaires. Nous avons pris les choses en main, et les techniciens de la Chambre d’agriculture ont commencé à travailler sur cette charte. Malheureusement, comme d’habitude, le ministère de l’Environnement a sorti, début juillet, un projet de décret sans aucune concertation qui veut nous imposer des con-traintes intenables. Il faudrait prévenir les riverains 12 heures avant chaque traitement, se plier à des dates et horaires aménagés, et respecter une ZNT (zone de non traitement) d’au moins 10 mètres”, explique Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA du Var.

Des mesures totalement déconnectées de la réalité selon l’agriculteur : “On ne sait pas 12 h avant si on va traiter ou pas. Comment peut-on nous imposer des dates et des horaires aménagés, alors que nos interventions dépendent des conditions météo, du vent, de la chaleur, de la pluie ? On ne travaille pas n’importe comment ! On s’appuie sur le guide des bonnes pratiques agricoles qui préconise, par exemple, de traiter de nuit, lorsqu’il y a moins de vent, pour éviter le phénomène de dérive et parce-qu’il fait moins chaud, ce qui permet à la plante d’être plus réceptive et de réduire les doses”, justifie-t-il. “Le problème c’est que des haut-fonctionnaires parisiens qui n’ont jamais vu un agriculteur, à part dans les livres d’école, décident comment on doit travailler, sans aucune connaissance du métier et du terrain”, déplore-t-il.

Faire valoir les bonnes pratiques et avancer dans la concertation

“En une quinzaine d’années, on a déjà beaucoup bousculé les choses. On a réduit les apports d’intrants, on a fait évoluer nos pratiques, on a amélioré nos façons de travailler grâce aux organismes qui accompagnent l’agriculture. Certes, on peut toujours faire mieux, mais il faut nous laisser le temps de la transition, et surtout arrêter de nous empêcher de travailler”, défend aussi Anthony Sénéquier, président du Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var.

Les ZNT suscitent aussi beaucoup d’inquiétudes. “On est sur un territoire tellement mité par l’urbanisation que les zones agricoles se retrouvent coincées au milieu des habitations. Déjà qu’il n’y a plus que 10% de surface agricole dans le département, on va encore perdre des terres”, s’alarme Sylvain Audemard. “Les personnes qui viennent s’installer en secteur rural pour la qualité de vie doivent avoir conscience qu’il y a des hommes et des femmes qui façonnent ces territoires. Si de plus en plus de citadins sont attirés par la campagne, c’est pour le bien-être qu’ils y trouvent ; ils doivent respecter le travail des agriculteurs qui entretiennent les paysages français”, poursuit Anthony Sénéquier.

Pour Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var, présente dans les rangs des manifestants en tant que vigneronne, ces mesures “ne sont pas applicables en l’état. L’ensemble de la profession travaille sur le sujet : la Chambre, les fédérations de métiers, les ODG... Ce qu’on veut c’est avancer dans la concertation. On fait partie des meilleurs élèves de France en matière environnementale, avec la bio, le développement de la certification HVE, et les groupes de progrès du réseau Dephy. On aimerait mettre cette expérience à profit. Ce qui concerne la ruralité doit se décider au plus près du terrain, pas à Paris.”

Gabrielle Lantes


Opération séduction aux abords de l’échangeur du Cannet-des-Maures, où les manifestants ont distribué des produits du terroir aux automobilistes ralentis par la mobilisation.

OPA - Serv. publicsSyndicalismeMobilisation accords de libre-échange FDSEA 83 JA 83 normes