Coordination rurale 83 : “Se renouveler ou disparaître”

Publié le 24 octobre 2022

Max Bauer, président de la Coordination rurale du Var, entouré de Michel D’Espagnet, membre fondateur, et de Céline Bourgeois, animatrice. © G. Lantes

Réunis en assemblée générale le 11 octobre à Hyères, les adhérents de la Coordination rurale du Var pointent les enjeux multiples auxquels est confrontée l’agriculture varoise, parmi lesquels le foncier, le revenu des agriculteurs et le renouvellement des générations.

Créée en 1992 pour dénoncer la Politique agricole commune, la Coordination rurale célèbre ses 30 ans. Aujourd’hui, pour le syndicat, “dans un contexte de crise géopolitique sans précédent” et alors que la question de l’autonomie alimentaire se pose avec insistance, “l’agriculture est plus que jamais à intégrer dans une stratégie nationale et régionale, avec la prise en compte des enjeux locaux”.

Et pour Max Bauer, président de la Coordination rurale du Var, l’assemblée générale du syndicat, organisée sur ses terres à Hyères, le 11 octobre, est venue mettre sur le devant de la scène les enjeux de l’agriculture du département. Foncier en tête. “Pour moi, les enjeux sont multiples. On a 3 491 exploitants agricoles dans le Var en 2021, alors qu’on était plus de 5 000 en 2010. On a de gros problèmes d’installation. Il y a sur le département une grosse pression foncière en secteur périurbain, mais aussi dans le Haut Var, de plus en plus attractif en périphérie de villes, comme Marseille ou Aix-en-Provence”, souligne Max Bauer.

Foncier et revenu agricole, des enjeux cruciaux

La préservation des surfaces agricoles apparaît ainsi comme un enjeu majeur. À ce chapitre, le syndicaliste interroge pourtant la pertinence de certains projets de Zone agricole protégée (ZAP). “Faut-il continuer sur des zones où la chasse au grand gibier est interdite et qui sont inondées par les eaux arrivant des zones urbaines ? Il faut être cohérent pour que des surfaces soient susceptibles d’être rendues à l’agriculture. Ma crainte, c’est que d’ici 20 ans, on nous dise que comme on a installé personne, les terres vont être reprises pour construire une maison de retraite ou autre”, intervient Max Bauer.

Lui plaide, entre autres, pour faire évoluer le bail rural. Il porte notamment depuis plusieurs années déjà, la proposition de loi relative aux Aires urbaines de productions agricoles (AUPA), qui vise à remettre des terres en culture, en permettant au bailleur “de récupérer plus facilement de petites surfaces, en évitant d’y mettre des cultures pérennes. Personnellement, au sein de la CR et de l’Union nationale des intérêts professionnels horticoles (Uniphor), j’y travaille depuis 2016. L’idée a d’abord été reprise par Christophe Castaner, pour finalement rester dans un tiroir. J’ai repris mon bâton de pèlerin : j’ai rencontré le député Jean-Louis Masson et, là encore, cela n’a pas abouti. Il faut que les politiques arrêtent de nous mener en barque”, déplore-t-il.

Le constat est le même quant au revenu des agriculteurs. “On a eu Égalim 1, puis Égalim  2, et on reste toujours sur des prix non rémunérateurs pour les paysans. En agriculture, il n’y a pas de corrélation entre le temps de travail et le revenu. Je crois qu’un des gros enjeux, c’est d’arrêter les beaux discours, les réunionites et les études coûteuses sur tout et n’importe quoi !”, fustige le président de la Coordination rurale du Var. Sans oublier le niveau jugé indécent des retraites agricoles.

Pour porter les combats actuels et à venir, Max Bauer appelle à une large mobilisation. Le syndicat départemental compte aujourd’hui une cinquantaine d’adhérents et entend renforcer ses rangs.

Des agriculteurs pour défendre l’agriculture

On nous use et on nous abuse. Cela fait 60 ans que le syndicalisme majoritaire est en cogestion des gouvernements successifs, et on est maintenant à un tournant. Il y a l’échéance électorale des Chambres d’agriculture dans trois ans, il faut se mobiliser”, défend Max Bauer. “Il y a un vrai problème d’implication au niveau syndical en France. Il est important de se régénérer. Il faut rallier les gens qui partagent les idées et les positions de la Coordination rurale, il faut que les jeunes s’investissent. Un syndicat, ce sont des hommes et des femmes, et c’est aux agriculteurs de défendre l’agriculture. Si on laisse la défense de nos métiers à d’autres, alors on ne peut pas se plaindre que ça n’aille pas dans le bon sens. Aujourd’hui, c’est se renouveler ou disparaître. Alors investissez-vous !”, poursuit-il.
Max Bauer profite de l’occasion pour saluer l’engagement de Michel D’Espagnet, viticulteur et membre fondateur de la Coordination rurale, qui a cédé sa place au conseil d’administration de la CR du Var après 30 ans de bons et loyaux services. L’équipe en place accueille toutefois trois nouveaux administrateurs : Sylvie Recouvrot, productrice de plantes aromatiques, Mathieu Lion, arboriculteur, et Jacky Bussone, horticulteur.

Pour Max Bauer, c’est sur le terrain, en local, que doivent s’ancrer les luttes syndicales. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’est orienté le travail de l’animatrice de la CR Paca. C’est également dans cette optique que les adhérents de la Coordination rurale recevront prochainement un questionnaire qui doit permettre à chacun de faire remonter ses attentes et ses revendications. “Investissez-vous !”, lance le président de la Coordination rurale du Var. Car, pour son syndicat, c’est sur une mobilisation locale et concrète que doit s’appuyer l’action syndicale, de sorte à “porter haut les revendications collectives, défendre l’agriculture, négocier, représenter”, en proximité comme au plan national.

Gabrielle Lantes


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