Coronavirus : une situation dramatique pour l’horticulture du Var

Publié le 01 avril 2020

En plantes en pot aussi l’activité commerciale est à l’arrêt. Ci-dessus, chez Dynavert, au moins 30 % de la production sera perdue.

Les mesures de restrictions sur le commerce de produits non alimentaires, et les consignes de confinement, mettent la filière horticole varoise en extrême difficulté. Organisations professionnelles et entreprises sonnent l’alarme.

Premier site de mise en marché de fleurs coupées de France, la Sica Marché aux fleurs de Hyères a dû clore ses portes le 16 mars, suite à la décision du gouvernement de fermer les commerces “non indispensables“ la veille. “On avait déjà rentré les apports du vendredi et du samedi. On a bloqué le dimanche, mais on a été pris de court, et il a fallu jeter tout ce qui était dans les frigos“, témoigne Michel Gueirard, président de la Sica Maf. Les 34 salariés de la structure sont, depuis, au chômage technique, et les producteurs du marché se retrouvent dans la plus grande détresse.

On entrait tout juste dans la période d’activité la plus forte, avec les premières pivoines qui arrivaient. Le gros de la production locale se fait au printemps. En considérant que le confinement dure deux mois, ce serait les deux mois les plus importants de l’année, soit 13 millions d’euros de ventes perdus pour la production. Avec des effets induits, puisqu’au-delà du marché et des producteurs, il y a aussi les grossistes qui sont à l’arrêt, toute l’exportation qui est à l’arrêt, et les fleuristes qui sont à l’arrêt », martèle Michel Gueirard. La situation est critique pour la fleur coupée du Var, qui se bat depuis des années pour continuer à exister, face à une rude concurrence internationale.

« Les gens ont pris un véritable coup d’assommoir sur la tête ; et ce sera encore plus compliqué avec les conséquences économiques que cela va entraîner. Dans les entreprises, tout doit malheureusement être jeté. On invite les producteurs à faire des constats par photos et par huissier“, indique Jean-Claude Véga, président de Phila-Flor, groupement départemental de producteurs de fleurs coupées. Au niveau technique, la consigne est d’abord de ne pas abandonner les cultures. “Dans la mesure du possible, il faut ralentir les productions, arrêter le forçage et, surtout, continuer à prendre soin du matériel végétal“, souligne Jean-Claude Véga. Une note technique est diffusée sur le site internet de la Chambre d’agriculture du Var, et les techniciens horticoles restent mobilisés.

Angoisse et désarroi

Sur les exploitations, c’est la désolation. “On regarde, impuissants, nos fleurs magnifiques fleurir et on sait que, dans un mois, on aura tout perdu...“, ne peut que constater Jean-Marc Borgetto, producteur de fleurs coupées et représentant du Syndicat horticole du Var. Lui fait normalement au printemps 200 000 euros de pivoines, espèce pilier de la production locale. Cette année, ce sera 0. “Sur la pivoine, je perds un an de revenu en un mois. À soixante ans, je suis censé faire quoi ? J’emprunte ? Parce les banques vont suivre, et je travaille pour rien si ce n’est rembourser mon prêt pendant cinq ans ? Certains ont la chance de continuer à avoir leurs salaires, nous agriculteurs, on perd tout, tout de suite“, explique-t-il, désabusé. Le besoin de trésorerie est immédiat pour la plupart des entreprises.

Chez Philippe Vaché, de la société Dynavert à Hyères, la vente de plantes en pot est aussi à l’arrêt. L’entreprise produit de multiples espèces sur six hectares. “On a mis le staff commercial et les chauffeurs au chômage technique, cela fait une dizaine de salariés. On a aussi dû licencier tous nos saisonniers, soit une vingtaine de personnes. On garde un socle d’une dizaine de personnes pour entretenir et rempoter les cultures, en se projetant sur une période d’inactivité de quatre semaines“, explique le producteur, également président du Syndicat agricole et horticole de Hyères. Les prélèvements MSA ont été reportés. L’entreprise a suspendu les règlements de ses fournisseurs et craint maintenant les prochaines échéances de salaires. “On ne vend pas, donc on va vite consommer le petit bas de laine. Comment va-t-on faire dans les prochaines semaines pour payer les gens ? On protège les citoyens et les salariés, c’est une bonne chose ; mais on oublie les TPE“, s’inquiète Philippe Vaché. Déjà, il estime qu’au moins 30 % de sa production sera perdue. Des serres entières de bisannuelles vont partir à la benne. Le chef d’entreprise est aussi préoccupé par le moral de ses troupes. “On a réduit les horaires de ceux qui restent, mais les gens sont fatigués. On essaie de faire encore plus attention que d’habitude à l’humain“, souligne-t-il.

Des besoins criants

Pour les différents responsables horticoles du département, le point positif c’est le lien fort qui existe entre les différentes structures professionnelles. “Tous les matins, les présidents de nos organisations horticoles tiennent une réunion de crise par téléphone ; et l’on travaille évidemment en lien avec la Chambre d’agriculture. On s’emploie à rassembler les infos dont on dispose et à les transmettre aux producteurs, via le site internet de la Sica. Mais, à ce jour, nous n’avons aucune certitude, simplement la promesse du président de la République de ne laisser aucune entreprise sur le bord de la route“, résume Jean-Claude Véga.

"Avec la FNPHP et la FNSEA, on essaie, au niveau syndical, d’obtenir des réponses du ministère de l’Agriculture. On attend des actes déterminés, assortis de moyens. Si c’est comme pour les inondations, et qu’au final il n’y a rien, on est mort“, alerte Jean-Marc Borgetto. “Il faudra des moyens suffisants pour pouvoir repartir de là où l’on s’est arrêté“, insiste dans la même veine Michel Gueirard. “Le Marché aux fleurs a besoin des producteurs, comme les producteurs ont besoin du Marché. Si on redémarre avec seulement 50 % des produits, on n’intéressera plus les mêmes clients. On deviendrait un petit marché régional, au lieu d’être un marché national, et ce serait encore plus dur que ça ne l’est aujourd’hui. Si on tient à maintenir notre filière, il faudra de gros efforts de nos décideurs, sans quoi on est sûr de disparaître ; et les emplois que nous générons avec“, prévient le président de la Sica Maf. Mais, pour l’heure, poursuit-il, “l’important est d’abord de réussir à stopper ce virus en suivant les consignes des autorités, pour que le confinement s’arrête le plus vite possible“

Gabrielle Lantes


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