Côtes de Provence : Le volume complémentaire individuel (VCI) comme outil à mobiliser

Publié le 13 août 2019

A Gonfaron, le VCI est entré dans les mœurs, selon Gérald Fons, directeur de la cave coopérative.

En expérimentation depuis 2014 sur le rosé, le VCI est pour l’ODG Côtes de Provence un levier d’action intéressant face aux aléas de production.

Créé en 2013, le dispositif a, dans un premier temps, été testé dans le vignoble de Chablis pour les blancs, avant d’être élargi aux rouges et autorisé à de nombreuses appellations. En 2014, le VCI a été ouvert à l’expérimentation sur rosé en AOC Cabernet d’Anjou et AOC Côtes de Provence, hors dénomination géographique complémentaire.

Un dispositif expérimental en Côtes de Provence

“J’ai toujours cru au VCI”, lance Éric Pastorino, président du Syndicat des Côtes de Provence. “C’est l’assurance récolte la plus simple à mettre en œuvre et l’appellation Côtes de Provence, en tant que référence des vins rosés AOC, a la chance de pouvoir y recourir dans un cadre expérimental. Eu égard aux dernières récoltes qui n’étaient pas importantes, nous n’avons malheureusement pas pu en faire beaucoup, mais c’est un outil à mobiliser. D’autant qu’aujourd’hui, on peut sans souci conserver un rosé pendant une année, dans la mesure où cela est fait dans de bonnes conditions”, plaide-t-il.

Le dispositif permet de produire en année N un volume dépassant le rendement autorisé de l’appellation, afin d’alimenter une réserve qui ne peut être revendiquée que l’année N+1. La démarche, volontaire, est individuelle. Mais le volume complémentaire individuel est accordé sur demande de l’Organisme de gestion de l’appellation concernée par décision du comité national des appellations d’origine relatives aux vins et aux boissons alcoolisées et des eaux-de-vie de l’INAO, après approbation par arrêté conjoint des ministres chargés de l’agriculture, du budget et de la consommation. Le VCI est fixé annuellement par l’ODG, dans la limite de 3hl/ha pour l’AOC Côtes de Provence.

Lisser la production

“Il s’agit, les années où la nature nous permet de produire au-delà du rendement de base, de pouvoir utiliser des volumes de l’année N sur l’année N+1, afin de combler un déficit quantitatif ou qualitatif. Cela permet de lisser la production et de passer en VCI des volumes autrement destinés à la destruction”, explique Nicolas Garcia, directeur de l’ODG Côtes de Provence. Le VCI ainsi constitué peut ensuite être utilisé selon trois usages : la réintroduction en complément de la récolte de l’année N+1 dans la limite du rendement annuel ; la substitution, par le VCI, d’un volume équivalent nouvellement récolté ; la destruction, si le VCI n’est pas utilisé. Il doit figurer dans la déclaration de récolte et la déclaration de stock. L’ensemble des opérations relatives au Volume Complémentaire Individuel doit, d’autre part, être enregistré dans un registre spécifique. “On a pu constituer du VCI sur l’Appellation essentiellement en 2014 et 2015, avec beaucoup de réintroduction sur 2015 et 2016. Les dernières récoltes n’ont, en re­van­che, pas été favorables à la prati­que”, indique Nicolas Garcia pour les Côtes de Provence.

Retour d’expérience

A Gonfaron, la cave coopérative en fait chaque année depuis l’ouverture du dispositif en 2014. “C’est une mécanique à mettre en place. Il a fallu s’adapter, intégrer un module de gestion du VCI au logiciel de déclaration de récolte. Mais nous avons bien travaillé avec le Syndicat de l’appellation”, témoigne Gérald Fons, directeur des maîtres Vignerons de Gonfaron. “La deuxième année est une année charnière car, en plus du VCI constitué, il faut gérer ce que l’on réintroduit, en fonction du rendement de chacun. Après, le roulement se fait plus facilement, il y a une gymnastique qui se met en place, même s’il faut rester rigoureux. Il faut être vigilant, car si un coopérateur arrête son activité ou quitte la coopérative, son VCI est détruit. Si la surface de production est  réduite, le VCI est aussi réduit en conséquence”, précise le professionnel. En cave, le VCI est mis de côté et traité à postériori de la déclaration de récolte, sans influer sur les apports pendant la vendange. Il est, ensuite, stocké dans des cuves dédiées, afin d’assurer la traçabilité des volumes et conservé dans les mêmes conditions que les autres vins. “On apporte le même soin au VCI qu’au reste de la production. Ce n’est en aucun cas du rebut, c’est un vin qui reste commercialisable et qui est stockés dans des cuves réfrigérées, qui font l’objet du même suivi et des mêmes analyses que l’ensemble de nos vins”, insiste Gérald Fons.

Un outil de gestion utile

Actuellement, la cave, dont la production annuelle est de l’ordre de 26 000 hl a en stock 102 hl de VCI 2018. Les volumes qui sont constitués et réintroduits varient en fonction de la récolte. “La réintroduction a été vraiment intéressante sur 2017 et 2018, où l’on a eu la sècheresse puis le mildiou. Le VCI constitué a, en revanche, été plus faible”, explique Gérald Fons. Pour lui, le VCI est “un outil de gestion utile qui permet de lisser les récoltes, sans impacter ni l’organisation des vendanges, ni la vinification. Il ne faut pas voir ça comme une contrainte. Même si les volumes sont limités, c’est intéressant dans le contexte actuel du vin avec les aléas à répétition que l’on connaît. Chez nous, c’est entré dans les mœurs et les coopérateurs sont bien contents quand la récolte est faible. Cela fait un volume à commercialiser pour la cave et un complément pour les coopérateurs”, souligne-t-il. “Ce serait dommage de s’en priver et d’envoyer ces volumes potentiellement commercialisables à la distillerie”, estime-t-il pour finir.

L’expérimentation du VCI se poursuit jusqu’en 2021 en Côtes de Provence.

Gabrielle Lantes


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