Cotignac : le pari du polyélevage caprins et bovins

Publié le 21 mars 2022

Julien et Stéphanie Bernardi au milieu du bâtiment d’élevage qu’ils ont conçu sur-mesure (© J. Dukmedjian).

Depuis quatre ans, ‘La ferme de Bessillon’ s’est spécialisée dans le polyélevage de porcs, chèvres et vaches laitières, en vue de la transformation fromagère. Un projet a priori un peu fou, mais qui a démontré sa viabilité.

Stéphanie et Julien Bernardi aiment les challenges. À respectivement 25 et 26 ans, ils ont opté pour le polyélevage au sein de ‘La ferme de Bessillon’, leur exploitation. Quand d’autres se seraient contentés d’un cheptel de chèvres et/ou de brebis, le couple a choisi de diversifier sa production avec des vaches laitières. Auxquels s’ajoutent des cochons... Le tout à Cotignac, en plein centre Var, un territoire où les élevages bovins sont plutôt rares. L’un comme l’autre sont pourtant loin d’être rêveurs ou des néoruraux attirés par un “retour à la nature” : “Notre projet d’installation a été mûrement réfléchi” explique le jeune couple, parent depuis peu.

Il a germé, pour Stéphanie, au lycée agricole Provence Verte, où elle a validé un bac professionnel ‘Conduite et gestion de l’exploitation agricole’ option ‘Systèmes à dominante élevage’. “Mon premier emploi était dans un élevage de 400 brebis viande, au Luc-en-Provence. Cela m’a conforté dans mon idée de départ. Je ne me voyais de toute façon pas faire autre chose” explique la jeune femme, qui a convaincu son époux, rencontré au lycée, de la suivre dans son projet d’installation. Lequel était loin d’être évident, ni l’un ni l’autre n’étant issus d’une famille d’éleveurs. “C’est sûr que cela aurait facilité les choses. Mais cela restait réalisable, quand bien même cela demandait un investissement de départ plus important : il fallait simplement trouver d’autres solutions pour le mettre en œuvre” explique le jeune couple.

Deux ans de travaux

Les tentatives pour trouver des terres, via la Safer, n’ont pas été concluantes : “Nous avions repéré une parcelle qui était idéale. Mais notre projet n’a pas été retenu par la commission d’attribution, qui a certainement estimé que notre projet n’était pas viable” analyse avec le recul Julien Bernardi. “Ma grand-mère possédait un terrain en zone naturelle qui pouvait convenir ; nous lui avons racheté. En parallèle, nous avons obtenu le soutien de la mairie, qui a accepté de le classer en zone agricole” raconte ce dernier. Commencent alors plusieurs mois de travaux d’abattage des arbres et de dessouchages, avant d’y installer – en juin 2018 – des tunnels destinés à abriter un premier cheptel d’une quarantaine de chèvres, bientôt rejoints par des bœufs de race Angus. “Nous avions l’objectif d’une production de race à viande hyperqualitative, en complément de la production fromagère, avant de nous rendre compte que ce n’était pas tenable financièrement” reconnaît le couple qui, loin de se décourager, se réoriente au bout d’un an vers des vaches laitières.

Nous nous étions laissés deux ans, afin d’évaluer si c’était économiquement viable.” Les premiers mois sont jugés concluants, et Stéphanie et Julien Bernardi décident de concevoir un bâtiment destiné à accueillir l’ensemble du cheptel. “Notre souhait était de disposer d’une salle de traite polyvalente pour les vaches et les brebis, et des enclos positionnés de chaque côté” raconte Julien Bernardi. “Je suis parti de zéro, parce qu’il n’existait rien de comparable. J’ai pas mal tâtonné, avant de trouver la disposition optimale et de démarrer la construction.

Après un an de travaux, dont une majeure partie effectuée par ses soins (la plomberie et l’électricité notamment), l’éleveur dispose – depuis septembre dernier – d’un bâtiment sur-mesure, qui inclut un laboratoire pour la fabrication des fromages, à l’arrière de la salle de traite. Celle-ci comprend deux accès distincts, de chaque côté : l’un pour les 11 vaches, de race Normande et Jersey ; et un second, pour les 115 chèvres, de race Alpine et Provençales. “L’enjeu principal, était d’optimiser le temps de travail. Et de ce point de vue, l’objectif est pleinement atteint” se réjouit le jeune homme. Le calendrier des mises bas des chèvres et des bovins est quant à lui aussi optimisé pour atteindre un pic de lactation pendant la saison estivale... et l’arrivée des touristes dans la région.

Problème d’approvisionnement en litière et fourrages

Nous commercialisons notre production sur les marchés varois trois fois par semaine. Proposer une gamme très large de produits laitiers – lait, beurre, faisselles, yaourts, camemberts, tommes, fromages lactiques... – est un élément différenciant par rapport à d’autres éleveurs, auxquels les consommateurs sont sensibles” note Stéphanie Bernardi. Une offre complétée, de surcroît, par des colis de viande et des charcuteries issus de leur élevage de porcs en plein air de race Duroc et Gascon. Le couple, qui possède pour l’heure huit truies et un verrat, envisage de développer cette activité : “Nous abattons actuellement 50 à 60 porcs par an. Nous prévoyons de doubler ce nombre l’année prochaine”.

S’ils ont réussi à créer un écosystème cohérent et rentable, entre les différentes productions animales, Stéphanie et Julien Bernardi butent néanmoins sur un problème majeur : celui de l’approvisionnement en litière et en fourrages, qui représente un des postes budgétaires les plus importants, “après le remboursement des crédits”. Et ce, même si bovins et caprins sont conduits en élevage extensif – les premiers sont au pré la majeure partie de l’année (sauf les mois d’été), sur dix hectares de prairies – et que le couple bénéficie, pour le pâturage des seconds, d’une convention signée avec la mairie de Cotignac, soit 280 ha à disposition. “Cela nous contraint à une gestion hyper-rigoureuse de l’exploitation” reconnaît le couple, qui a également opéré un partage des tâches très précis, même si chacun deux est polyvalent.

Julien prend ainsi en charge la transformation fromagère et l’entretien du matériel (il a une formation de mécanicien) ; le volet commercialisation en vente directe est dévolu à Julie. Cette dernière est, pour l’heure, présente trois jours par semaine sur les marchés de plein vent du département, mais prévoit – à court terme – de l’être quotidiennement. Les journées harassantes, au vu de la charge de travail, n’entament toutefois pas leur enthousiasme : “Nous exerçons un métier qui nous passionne et que nous avons choisi, c’est une chance” répond le couple, avec un grand sourire, lorsqu’on les interroge à ce sujet. 

Julien Dukmedjian


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