Covid-19 : Ralentissement global sur la vente de vin

Publié le 14 avril 2020

Jusqu’à fin mars, “les commandes export étaient honorées et partaient. La principale difficulté – qui pose encore souci – est la capacité à expédier les vins, en fonction de la disponibilité du transport ou des ports qui ferment”, explique Brice Eyma

Si le travail continue dans les vignes, les mesures de lutte contre le coronavirus viennent impacter l’activité commerciale des AOC et IGP de Provence. La situation actuelle offre, pour l’heure, peu de visibilité et les prochaines semaines seront décisives.

“Pour l’instant, nous n’avons pas d’indicateurs chiffrés précis : les sorties de chai ne seront disponibles que mi-avril, nous ne pouvons donc qu’apprécier certaines tendances à partir des remontées du terrain”, insiste Brice Eymard pour commencer. Sur cette base, le directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP) – qui rassemble les AOC Côtes de Provence, Coteaux Varois en Provence et Coteaux d’Aix-en-Provence – note “un ralentissement global” de l’activité, avec des disparités en fonction des circuits.

Pour les trois appellations de Provence*, la grande distribution semble avoir subi un moindre impact sur le début de la période de confinement. “Ceux qui travaillent avec la grande distribution ont continué à commercialiser, avec parfois une légère hausse des ventes. Mais on s’attend, sur avril, à un ralentissement plus important, car on suppose que même les circuits qui ont continué à tourner vont déstocker, avant de se réapprovisionner. Cela risque d’étirer les flux logistiques et d’entraîner des fluctuations”, estime Brice Eymard.

Des conséquences encore difficiles à évaluer

En revanche, l’arrêt brutal de la restauration se fait déjà rudement sentir. “Même si cela ne représente pas le gros des volumes des Vins de Provence, c’est un coup dur pour une partie des entreprises. Cela pèse notamment beaucoup pour les vignerons indépendants. On a là un impact commercial direct.”

Du côté des caveaux et des cavistes, beaucoup ont fermé en début de confinement. Certains ont rouvert dans un second temps, mais en procédant à des aménagements et sur des plages horaires réduites, en proposant souvent des services de commandes, de drive et de livraisons pour protéger clients et personnels. “On a des retours très variables des caves. Les plus optimistes estiment maintenir près de 70 % de leur activité, quand d’autres sont tombés à 30 %, voire moins. C’est donc très compliqué de faire des estimations pour le moment, mais les ODG mènent des enquêtes auprès de leurs adhérents. Quand l’activité est fortement atteinte, se pose la question de l’intérêt de rester ouvert”, commente Brice Eymard.

Pour ce qui est de l’export, jusqu’à fin mars, “les commandes étaient honorées et partaient. La principale difficulté – qui pose encore souci – est la capacité à expédier les vins, en fonction de la disponibilité du transport ou des ports qui ferment”, explique Brice Eymard. Un ralentissement se fait néanmoins ressentir, de façon plus ou moins sensible en fonctions des destinations. “La situation à l’export va beaucoup dépendre des pays, des opérateurs et des circuits. On peut penser que ceux qui fonctionnent vont réduire leur référencement, car l’activité est amoindrie. À partir de là, les opérateurs les plus connus et les mieux installés sur des flux réguliers vont pouvoir se maintenir, à l’inverse de ceux en phase d’installation ou en spécialité, qui vont beaucoup plus marquer le coup”, analyse le directeur du CIVP.

S’adapter pour résister

Un tiers des caveaux est fermé”, indique Éric Paul, pour les IGP Var. “Les clients apprécient la mise en place de drive et c’est important. Mais cela ne remplace pas le chiffre d’affaires qui est fait d’habitude. Les exportations partent, mais cela devient compliqué entre la taxe américaine et le Covid. D’autant que l’on perd un gros débouché en local avec la restauration. Même si la grande distribution a pu tirer un peu, il y aura un gros impact.”, commente le président du Syndicat des vignerons du Var.

Du côté des IGP Méditerranée, les mêmes tendances se dessinent. “De ce que l’on a pu avoir comme données, la vente au caveau est très variable. Certains restent ouverts, mais l’activité dépend de la configuration. On voit des drives et des livraisons se mettre en place, mais l’activité est clairement ralentie. En grande distribution, sur le segment IGP, il semble qu’il y ait un peu plus de demande sur les BIB. La CHR est au point mort, et l’export aléatoire. Ce qui était déjà commandé à l’étranger part, mais on prévoit de prendre de plein fouet ce qui se passe à travers le monde, et aux États-Unis en particulier”, résume Axelle Fichtner, directrice de la fédération Inter-Med. “Sur l’IGP Méditerranée, les volumes contractualisés et les prix vrac sont stables jusqu’ici, mais on s’attend à des difficultés. Il commence également à y avoir des difficultés d’approvisionnement, avec des embouteilleurs ou des fournisseurs de matière sèche qui ne tournent plus sur le régime habituel. Ce n’est pas simple d’avoir des dates pour les opérateurs. En résumé, il est bien difficile de se projeter, et les prochaines semaines seront décisives”, complète Marine Gayrard, d’InterVins Sud-Est. En attendant, l’IGP Méditerranée poursuit son travail pour construire une image forte et collective en vue de la reprise.

Préparer la relance

On navigue tous à vue, mais on va s’adapter, les vignerons ont l’habitude. Il faudra sans doute réfléchir différemment à l’avenir”, souligne Éric Paul. “Il serait, par exemple, pertinent qu’on laisse ceux qui le peuvent faire réaliser une épargne de précaution, sans obligation de réintroduction, pour faire face à ce genre de coup dur”, suggère le président des IGP Var. “Il faut souhaiter qu’une fois le confinement levé, on éprouve tous le besoin de se retrouver autour d’un verre de rosé et que la consommation nationale reparte. Il faudra accompagner la reprise”, poursuit-il.

Pour les trois AOC de Provence, le CIVP tente d’anticiper la relance, en lien avec les opérateurs du tourisme. “On travaille sur l’attractivité, en supposant que les gens vont peut-être bouger moins loin, et notamment que la clientèle intérieure bougera en France. Sur un produit qui reste saisonnier, comme le rosé de Provence, il ne faudrait pas sortir du confinement trop tard. Les vacances de Pâques sonnent souvent le coup d’envoi de la saison, qui va forcément prendre du retard”, note Brice Eymard. L’interprofession réfléchit aux moyens de “mettre de l’huile dans les rouages”, pour encourager le mouvement au niveau local, et national en particulier. “En imaginant une sortie de confinement courant mai, on peut penser que les gens vont avoir besoin de se détendre, et que ce sera propice au retour d’une consommation plaisir, avec modération bien sûr. Nos rosés peuvent être un de produits qui réenchante le quotidien et le cœur des consommateurs. On avait vu, après la crise de 2008, que le produit avait pas mal marché”, commente le directeur du CIVP. Sur l’export, il s’agira de décliner la même logique, à mesure que les différents pays sortent du confinement.

Préoccupée, la filière reste plus que jamais mobilisée, l’épidémie de Covid-19 venant compliquer une situation déjà mouvementée. “On avait eu la taxe Trump, maintenant le Covid-19. Et on vient de traverser un épisode de gel, qui est pour l’heure inestimable, mais qui nous affole. Il va falloir garder la tête froide. On comptera les points à la fin du match”, résume Éric Paul en guise de conclusion.

Gabrielle Lantes

* AOC Côtes de Provence, AOC Coteaux Varois en Provence, AOC Aix-en-Provence.


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