Cuivre : réglementation et alternatives

Publié le 26 juin 2019

Comme chaque année, la matinée technique de l’ICV Provence a rassemblé de nombreux participants, au Golf de Barbaroux, à Brignoles.

Comme chaque année, la matinée technique du Centre œnologique de Provence de l’ICV a été l’occasion de rassembler techniciens et vignerons, autour de problématiques communes. Cette année, en écho au millésime 2018 particulièrement marqué par la pression du mildiou, le cuivre était au centre de la rencontre.

La commission européenne a ré-homologué, en décembre dernier, l’utilisation du cuivre pour sept ans, à la nouvelle modalité de 28?kg/ha lissés sur 7 ans, soit en moyenne 4 kg/ha/an.?Face à cette modification, Marc Chovelon - expérimentateur du Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab) et animateur de la commission viticulture de l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) -, fait le point sur les points d’interrogation qui restent en suspens à ce jour, notamment sur la modulation de dose.

Nouvelle réglementation

“Aujourd’hui, l’homologation des produits cupriques comprend une quantité maximum, mais aussi un nombre d’applications. Mais, dans la mesure où l’on a besoin de pouvoir lisser la quantité autorisée sur plusieurs années, il reste encore à voir comment intégrer la modulation des doses, qui fait toute l’efficacité du cuivre, tout en en utilisant le moins possible”, souligne Marc Chovelon.

Avant d’expliquer : “Si l’homologation donne droit à 10?applications à 400?g, vous ne pouvez pas faire 20?traitements à 200?g. On a donc droit au lissage sur 7?ans. Mais si l’on n’intègre pas cette modulation de doses, l’effet en sera très limité. Il y a donc des interférences entre ces dispositions, et des discussions sont actuellement menées pour faire valoir la modulation de dose”.

Une autre inconnue porte sur la gestion du lissage sur la période de transition entre l’ancienne et la nouvelle réglementation. “Sur proposition de l’INAO, 2019 serait la dernière année des 30?kg par hectare sur 5?ans, et la première des 28?kg par hectare sur sept ans. Mais ce schéma n’est pas encore validé par le ministère de l’Agriculture. Ce n’est pas définitif, car si on sait que la nouvelle règlementation s’applique au 1er janvier 2019, il n’y a pas, actuellement, de décret européen indiquant la fin de la précédente”, indique Marc Chovelon. Pire, le spécialiste prévient : “Attention, toutes les formes de cuivre sont prises en compte ; les engrais avec du cuivre seront donc comptabilisés”.

Biocontrôle : quelles alternatives ?

Face aux enjeux règlementaires et socio-environnementaux liés à l’utilisation du cuivre, le biocontrôle, basé sur l’utilisation de mécanismes naturels, peut apporter des alternatives, ou des solutions complémentaires, permettant de réduire les quantités de cuivre. “Les produits de biocontrôle peuvent être des micro-organismes, des substances naturelles, des médiateurs chimiques, des macro-organismes soumis à réglementation, mais aussi des méthodes physiques de prophylaxie qui font partie de l’agronomie et de l’itinéraire cultural”, rappelle Marc Chovelon.

Parmi les produits de biocontrôle disponibles, les phosphonates ont une action de stimulateur de défense et de fongicides ; mais ils ne sont utilisables qu’en agriculture conventionnelle, contrairement à d’autres dont le COS-OGA, stimulateur de défense de la plante, qui s’utilise sur une période déterminée, en précoce ou pour encadrer la floraison. Autre stimulateur de défense, le Cerivisiane, présente des résultats variables selon Marc Chovelon. “On sait que sur la face atlantique, l’année dernière, il y a eu de bons résultats sur de fortes pressions de mildiou ; mais on a d’autres échos ou il a complètement décroché”, précise-t-il. “Dans tous les cas, on est sur des substances de défense de la plante, pas des biocides. L’environnement de la plante et l’état physiologique de la vigne, au moment de l’application de ces stimulateurs, vont jouer sur l’action du produit. La caractérisation de l’état physiologique de réception de la plante est donc un enjeu compliqué, sur lequel on travaille”, précise le spécialiste. A noter que l’huile d’orange douce, asséchante, peut aussi être utilisée en complément au cuivre.

Gabrielle Lantes


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