Cultiver l’attractivité de la fleur coupée du Var

Publié le 11 février 2020

Pour ”continuer à exister sur l’ échiquier international, l’horticulture varoise s’est orientée, ces dernières années, sur des productions méditerranéennes, en élevant toujours plus ses exigences qualitatives.“

Sur un marché mondialisé où les distorsions de concurrence font rage, la Sica Marché aux fleurs de Hyères se bat pour rester compétitive, et faire valoir les atouts de la production varoise.

Réunis en assemblée générale ordinaire le dernier vendredi de janvier, comme il est de coutume, les producteurs de la Sica Marché aux fleurs ont pris connaissance du bilan de l’activité de leur société. Celle-ci affiche, sur l’exercice clos au 31 août 2019, un chiffre d’affaires qui s’élève à 31,73 millions d’euros (M€), contre 31,10 M€ pour l’exercice précédent, soit une légère hausse de 1,88 %, que Lionel Hairaud, directeur financier de la structure, attribue principalement à une bonne saison printanière.

Le résultat d’exploitation est, quant à lui, positif de 494 715 €, en augmentation de 22,88 % par rapport à la campagne précédente. Après prise en compte du résultat exceptionnel et de l’impôt sur les bénéfices de l’exercice antérieur, l’excédent distribuable atteint 495 273 €.

Un bilan positif dans un contexte toujours plus difficile

Si le bilan de l’exercice est positif, la situation de la filière reste fragile. Pour l’illustrer, Michel Gueirard, président de la Sica, dresse un constat sans détour : ”En dix ans, nous avons perdu non seulement près de la moitié de nos volumes mais, en plus, nous nous sommes appauvris en gamme”, souligne-t-il. Si le Var est le premier producteur de fleurs coupées au niveau national, ”il demeure un faible opérateur sur la scène internationale”, commente-t-il, en pointant ”une concurrence de plus en plus viveLe commerce de la fleur coupée est totalement mondialisé, et les Pays-Bas représentent une plateforme logistique hégémonique, qui reçoit plus de 60 % de la production mondiale, sans aucune règle de limitation, sans aucun quota et même, la plupart du temps, sans droit de douane particulier. La concurrence est donc à notre porte, avec des fleurs d’origine sud-américaine ou africaine”, loin de répondre aux  exigences socio-environnementales françaises, rappelle Michel Gueirard.

Dans ce contexte, pour ”continuer à exister sur cet échiquier international”, l’horticulture varoise s’est orientée, ces dernières années, sur des productions méditerranéennes, ”en élevant toujours plus ses exigences qualitatives, sans parler des évolutions des contraintes socio-environnementales”, insiste Michel Gueirard.

Des exigences qualitatives soutenues

Au sein de la filière, la Sica s’emploie à soutenir la production locale, et à faire valoir ses atouts. D’une part, la marque Hortisud – développée à l’échelle départementale en gage de qualité et de traçabilité – est maintenant adossée au label ‘Fleurs de France’, qui permet de différencier et de valoriser la production nationale. ”Aujourd’hui, ‘Fleurs de France’ est reconnu par un consommateur sur cinq, alors qu’il y a encore quelques années, la plupart ne savaient même pas que l’on produisait de la fleur en France”, apprécie Michel Gueirard. Avant d’ajouter : ”Nous allons poursuivre largement dans cette voie qui deviendra, sans aucun doute, une réelle chance, si on considère la forte évolution des nouvelles attentes des consommateurs”.

D’autre part, le Marché apporte un soutien financier – plus de 42 000 € l’an dernier – à l’association Hyères Hortipole, qui porte, entre autres projets, la démarche d’obtention d’IGP ‘Fleurs du Var’ pour une dizaine d’espèces produites dans le département, mais aussi au groupement de producteurs PhilaFlor (156 125 €) et au Scradh (11 448 € la saison passée), dans le cadre d’expérimentations conduites sur anémones et renoncules en particulier. Enfin, une aide est également allouée aux entreprises, pour l’installation ou l’amélioration d’exploitation. ”Cela représente entre 250 000 et 500 000 euros chaque année, et nous continuerons autant que possible”, précise Michel Gueirard.

De nouveaux outils pour répondre aux attentes du marché

Ces dernières années, le Marché a beaucoup travaillé à la réorganisation de son site, et à la création d’un service commercial réactif, apte à répondre aux attentes de la clientèle. La société a aussi fait le choix, assumé, de recourir à certains produits d’importation, pour améliorer l’attractivité de son offre. De la même manière, l’outil webshop a finalement été mis en place. Enfin, deux stations de conditionnement de la pivoine ont été acquises, et une nouvelle unité de 2000 m² a été créée l’an dernier, afin d’abriter ces équipements. Une subvention de 200 000 € a été accordée pour ce faire par la Région Sud Provence-Alpes Côte d’Azur.

Nous traitons, grâce à ces investissements, plus du tiers de la production de pivoine du département. Au-delà du service que cela apporte à nos producteurs, c’est une véritable réussite sur le plan commercial, en termes d’anticipation et de réactivité sur les commandes”, se félicite Michel Gueirard. ”Dans toutes ces mises en œuvre, nous avons fait en sorte de prendre les bonnes décisions, pour rester un opérateur qui compte sur le marché”, justifie-t-il, en saluant l’implication du conseil d’administration, le travail des équipes, et le soutien des partenaires sans oublier les producteurs, pour leur confiance dans la structure.

Gabrielle Lantes



À la tribune, Michel Gueirard, entouré (à gauche) par Christian Simon et Marine Renard, et (à droite) par Jean-Pierre Giran.

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