Des brebis et des vignes

Publié le 14 avril 2020

Depuis 2017 le programme ‘VitiPasto’ suit une vingtaine de parcelles expérimentales à travers le département. Objectif : favoriser le développement du vitipastoralisme en région.

Courante en Provence jusque dans les années soixante, la pratique du vitipastoralisme connaît un regain d’intérêt. Le programme expérimental ‘VitiPasto’ met en évidence les conditions d’une coopération réussie.

Depuis 2017, la Chambre d’agriculture du Var et le Cerpam mènent des travaux qui visent à sécuriser et encourager le pâturage dans les vignes. Dans ce but, une étude suit 19 parcelles expérimentales, mises en place chez des producteurs du département. Les essais se concentrent sur des parcelles de grenache âgées de 10 à 15 ans sur les différents terroirs du territoire, avec des vignes pâturées depuis plus de cinq ans pour certaines, et d’autres qui ne l’ont jamais été.

Actuellement, la vie des sols, l’érosion, le ruissellement sont des points clés en viticulture. Avec le développement de l’enherbement, il y a une dynamique très positive et très enrichissante. La stratégie vitipastorale s’inscrit pleinement dans ce cadre“, présente Julie Mazeau, conseillère viticole de la Chambre d’agriculture du Var.

Des résultats prometteurs

Et les résultats sont plutôt prometteurs. “Le fait de mettre des moutons dans les vignes limite, à la fois, l’utilisation d’herbicides, et le passage avec des engins susceptibles d’alourdir les sols. Pour les viticulteurs, c’est aussi un gain de temps dans la gestion de l’enherbement“, souligne Julie Mazeau. L’enherbement prolongé des vignes hors saison est un atout pour lutter contre les phénomènes d’érosion et de ruissellement. L’inventaire faunistique et floristique – réalisé dans le cadre du programme ‘VitiPasto’ – montre, d’autre part, un enrichissement de la biodiversité. “C’est un nouvel écosystème qui se met en place. On favorise l’enherbement et la diversité de plantes propices à la présence d’insectes auxiliaires“, observe la conseillère viticole. L’étude constate notamment que la pratique vitipastorale favorise les légumineuses annuelles, augmentant ainsi les capacités de stockage du carbone.

Le programme ‘VitiPasto’ vient également mettre en évidence les clés d’une collaboration réussie entre éleveur et viticulteur. “Dans de bonnes conditions, une bonne coordination permet d’éviter les principaux écueils. Ce qui a été particulièrement mis en avant, c’est l’importance de la configuration de l’exploitation. Il est en effet nécessaire qu’il y ait une mosaïque de milieux, en cas de mauvais temps ou pour toute autre raison. Des bois, des oliviers, des haies, des jachères accessibles aux moutons aux abords des vignes, offrent une solution de repli et permettent d’éviter le piétinement et le tassement de sol, qui est la grande inquiétude des viticulteurs“, poursuit la spécialiste de la Chambre d’agriculture du Var.

Des pratiques optimales pour une bonne coordination

La communication entre les professionnels et la bonne gestion du calendrier sont deux autres prérequis à ne pas négliger. Déjà, une charte de bonnes pratiques – pour faciliter les échanges et l’articulation entre élevage et viticulture – a pu être éditée, pour accompagner au mieux éleveurs et viticulteurs. Des pratiques optimales ont été définies pour chacun, de sorte à déboucher sur une coopération efficace. Pour la partie viticole, il est préconisé, entre autres, de ne pas réaliser de désherbage chimique hors saison, d’éviter le travail du sol sur l’inter-rang en automne et en hiver, de réaliser une prétaille, d’évacuer les sarments, d’épandre engrais et traitement après les périodes de pâturages, et d’installer palissage et goutte-à-goutte à 60 cm de hauteur. Du côté de l’éleveur, il convient de veiller à l’entrée précautionneuse des bêtes dans la parcelle, de maîtriser le chargement – entre 20 et 50 brebis à l’hectare sur des parcs de 5 à 10 ha –, pour une durée allant d’une à trois semaines, en prévoyant un garde troupeau s’il n’y a que peu d’herbe, et des filets, si l’herbe est en quantité suffisante.

Afin de promouvoir la pratique, des vidéos pédagogiques et une plaquette technique sont en cours de réalisation. Des tests visant à mesurer l’activité biologique des sols devraient aussi être conduits prochainement, de sorte à obtenir des indicateurs supplémentaires. À terme, un groupe de réflexion et de progrès pourrait voir le jour, dans le but poursuivre les travaux et d’optimiser les pratiques. 

Gabrielle Lantes


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