Des outils complémentaires à intégrer dans les stratégies de protection biologique intégrée

Publié le 07 août 2019

La problématique du thrips californien sur rose en fleurs coupées reste à ce jour une impasse pour le Scradh qui expérimente de nouveaux outils et de nouvelles stratégies de protection biologique intégrée.

Face aux restrictions de produits disponibles et aux impasses techniques rencontrées, le Scradh poursuit des essais innovants pour combiner efficacement les multiples outils de protection biologique intégrée.

La protection des plantes en système de production de fleurs coupées est un axe majeur des travaux du Scradh depuis de nombreuses années. A Hyères, l’ensemble des cultures de la station d’expérimentation de l’Institut Astredhor sont conduites en PBI, l’objectif étant d’apporter des solutions aux problèmes de ravageurs et maladies de plus en plus nombreux, auxquels doivent faire face les producteurs alors que la palette des produits phytosanitaires autorisés est de plus en plus restreinte. Si la PBI offre des solutions techniques efficaces sur la plupart des cultures, certaines problématiques persistent sur les cultures pérennes chauffées, notamment contre le thrips sur rose.

La commission spécialisée en protection des plantes de la Station, qui rassemble producteurs et techniciens, est récemment venue mettre l’accent sur cette difficulté. Face à l’impasse biologique et chimique. “Nous sommes bien conscient du problème et nous continuons donc de chercher et d’expérimenter des solutions. La station développe des programmes spécifiques et fait aussi remonter les difficultés de la filière aux autorités”, indique Laurent Ronco, directeur du Scradh.

Lutte physique par aspiration

La station teste donc des solutions innovantes parmi lesquelles la lutte physique par aspiration. L’outil est développé dans le cadre du programme Potaurose pour lutter contre le thrips dans les cultures de rosiers sous serre pour la fleur coupée, dans le but de réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques, tout en préservant la qualité de production exigée par le marché. Dans cette perspective, le Scradh a mis en place depuis l’an dernier un dispositif expérimental qui s’appuie sur une table d’essai témoin sans aspiration, et une table d’essai avec plusieurs passages journaliers plusieurs fois par semaines de l’automate dans les strates végétales. L’outil suspendu à un rail souffle de l’air pulsé par le bas du poumon en même temps qu’il capture les ravageurs ainsi dérangés par aspiration par le haut de la végétation. Les individus sont piégés par un filtre à eau. Les résultats enregistrés en 2018 et 2019 ont mis en évidence un effet encourageant de la méthode en période de forte pression. “On observe une réduction des populations en strate poumon et cette intervention mécanique fonctionne aussi sur la strate récolte. On voit d’autre part que les populations ne se reconstituent pas immédiatement”, commente Ange Drouineau. En 2019, l’automate est amené à évoluer pour être plus performant et mieux adapté à une éventuelle utilisation en entreprise.

Essais de stratégies innovantes

Le dispositif de lutte physique est par ailleurs intégré au projet Rosa Bip (rosiers à bas intrants), conduit conjointement par l’Astredhor Loire Bretagne et l’Astredhor Méditerranée (Scradh et Cream). La démarche vise à tester une approche expérimentale globale qui combine lutte biologique (apports d’auxiliaires et valorisation de la biodiversité fonctionnelle), biostimulants et produits de biocontrôle, lutte mécanique par aspiration, et en dernier lieu, lutte chimique pour éviter les dérives. Un monitoring rigoureux des organismes utiles et des nuisibles permettant d’évaluer la stratégie. Entamés en 2018, les essais révèlent notamment une bonne installation d’auxiliaires dont Neoseiulus cucumeris du substrat au bouton, ainsi qu’une bonne maîtrise des aleurodes, pucerons et tétranyques P.?Persimilis. Est également observée une baisse intéressante de la pression du thrips californien en été grâce à l’application hebdomadaire du champignon anthomopathogène Beauveria bassiana (souche GHA). L’effet reste toutefois très dépendant des conditions climatiques. Si l’hygrométrie et la température estivale est favorable à l’installation du champignon, celui-ci n’est plus efficace entre novembre et juin.

Gabrielle Lantes


HorticultureScradh horticulture protection biologique intégrée essais innovation