Désherber sans herbicide sous le rang, une transition progressive

Publié le 09 juin 2020

La Chambre d’agriculture du Var accompagne les viticulteurs au sein de différents groupes de progrès.

Afin de répondre aux évolutions réglementaires et environnementales, les vignerons travaillent sur des méthodes alternatives aux herbicides chimiques. Retour d’expériences sur le désherbage mécanique sous le rang.

En lien avec le travail de la Chambre d’agriculture du Var concernant la qualité de l’eau sur le bassin versant Caramy/Issole, un groupe de réflexions et de progrès, composé d’une dizaine de vignerons, explore des méthodes alternatives au désherbage sous le rang, sur un territoire où un arrêté préfectoral interdit les herbicides chimiques.

Dans cette perspective, le travail du sol vient répondre à plusieurs objectifs agronomiques et environnementaux, parmi lesquels : réduire l’utilisation d’herbicides et préserver la qualité de l’eau ; détruire les racines superficielles et ainsi limiter la vigueur de la vigne ; limiter l’évapotranspiration ; ameublir et réduire le compactage du sol.

Plusieurs points de vigilance sont toutefois à noter, car il ne s’agirait pas de favoriser les dégâts de gel, d’aggraver les phénomènes d’érosion ou de diminuer la portance du sol. Il est ainsi essentiel d’intervenir au bon moment, sur un sol ni trop sec ni trop humide, et d’éviter tout retard.

Intervenir au bon moment

Avant débourrement, on peut faire un premier passage de binage du cavaillon, avec des lames ou des disques émotteurs ou rotatifs, pour limiter le risque de gelée blanche. En saison végétative, plusieurs passages d’entretien sont nécessaires, pour éviter la concurrence. Ils peuvent être combinés avec l’entretien de l’inter-rang, grâce à une gamme d’outils variée. Après les vendanges, on peut faire un petit buttage au niveau du cavaillon, ou passer le disque à doigts pour diminuer la pression des adventices”, explique Audrey Chaix-Bryan, conseillère viticole de la Chambre d’agriculture du Var.

Le Domaine des Grandes Aubréguières, à Flassans, opère une transition progressive. “Le domaine s’étend sur 46 hectares. Au départ, on travaillait essentiellement en chimique, mais en prenant conscience de la nécessité d’évoluer. À partir de 2017, on s’est mis progressivement à travailler sous le rang, en commençant par butter légèrement la vigne. On essaie de faire 5 hectares supplémentaires par an. On conduit la pratique sur environ 15 hectares actuellement. Les résultats sont intéressants, à condition d’adapter le vignoble : si la vigne est mal formée ou mal palissée, on risque de faire du dégât en passant les outils. On n’observe pas de baisse de récolte significative. En revanche, il n’y a plus de plantes récurrentes envahissantes qui sont bien plus faciles à désherber, et on voit pas mal de papillons et de coccinelles revenir dans les parcelles”, détaille Arnaud Diouloufet, chef de culture de l’exploitation.

Choisir les bons outils

Le choix des outils s’avère particulièrement important. “L’idéal est d’avoir différents outils, pour pouvoir intervenir en fonction de la hauteur du couvert, du type d’adventices présent et de l’état du sol”, souligne Gisèle Ventre, conseillère viticole de la CA 83.

Sur des couverts de plus de 20 cm, disques crénelés ou décavaillonneuses sont à privilégier sur sol sec. Sur sol dur, on préconisera les décavaillonneuses. Pour des couverts plus bas (moins de 20 cm), disques crénelés ou éventuellement lames conviendront aux sols secs ; lames et disques émotteurs aux sols frais ; et disques, lames ou outils rotatifs aux sols meubles.

Contre les vivaces envahissantes, les décavaillonneuses auront une action durable, les disques crénelés pouvant convenir à un rattrapage. Sur les autres types d’adventices, le choix dépendra de la hauteur du couvert. “On apprend au fur et à mesure, et puis l’investissement est important pour l’acquisition du matériel. Cela se fait de manière progressive”, note Arnaud Diouloufet, qui a, pour sa part, fait le choix des lames bineuses.

Le coût de l’entretien mécanique du rang peut être deux à deux fois et demie supérieur à celui de l’entretien chimique. Le Domaine des Grandes Aubréguières fait état d’un coût à l’hectare de 391 €. Pour son chef de culture, la plus grosse contrainte concerne la main-d’œuvre qualifiée. “Il faut que le personnel soit formé, en tenant compte des paramètres de l’entretien de la vigne, du palissage et de la réparation des matériels”, avertit Arnaud Diouloufet. La concomitance des tâches et la gestion du temps sont aussi des facteurs à maîtriser.

Afin de proposer différentes solutions aux vignerons, la Chambre d’agriculture du Var travaille sur plusieurs méthodes de gestion de l’enherbement, temporaire ou permanent. Des essais de plantation de thym sous le rang sont également prévus prochainement. 

Gabrielle Lantes


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