Diversification réussie au Petit plan d’Auron

Publié le 31 octobre 2022

Cécile Plauchud, au Petit plan d’Auron, à La Verdière. © J. Dukmedjian

Implantée à La Verdière, dans le Haut-Var, Cécile Plauchud a opté pour des productions diversifiées dès son installation : maraîchage, grandes cultures et élevage porcin. Une stratégie ambitieuse que l’exploitante du Petit plan d’Auron souhaite développer (encore davantage) dans les prochaines années.

“Se projeter dans l’avenir, anticiper de nouvelles pistes de diversification... C’est primordial dans nos métiers !” Cécile Plauchud fourmille d’idées : ce qui lui manque, reconnaît-elle en souriant, “c’est le temps pour les mener de front”. À seulement 32 ans, cette jeune maman a pourtant déjà un emploi du temps bien chargé : elle a repris en 2006 une partie des terres de ses parents, spécialisés dans les grandes cultures, sur lesquelles elle cultive des céréales.

Bien sûr, elle aurait pu rester dans sa “zone de confort” : mais elle a plutôt décidé de jouer la carte de la diversification, en ajoutant un volet maraîchage et de l’élevage. “L’année où les céréales ne fonctionnent, pas pour une raison quelconque, on peut toujours se rattraper avec les légumes”, résume-t-elle avec pragmatisme. À l’en croire, elle aurait de qui tenir, question volonté, avec une arrière-grand-mère et une grand-mère qui, chacune, mais pour des raisons différentes, menait l’exploitation familiale.

Autre héritage : celui de ses choix culturaux et de son engagement associatif au sein d’Agribio Var. “Celui-ci vient de mes parents”, précise-t-elle. “Ils avaient fait le choix, très tôt, d’exclure les intrants de synthèse. Autant dire que c’était plutôt inhabituel à leur époque. Mon père passait pour un hippie et un farfelu...”, s’amuse-t-elle avec le recul. Les parcelles exploitées, certifiées bio seulement en 2007 – “mes parents vendaient leur production à des éleveurs qui savaient la façon dont ils travaillaient. Ils ne voyaient pas l’intérêt de la démarche de certification”, commente la jeune femme –, lui ont en tout cas permis de démarrer directement en agriculture biologique sans délai.

Un détour par le médico-social

La décision de l’installation ne s’est toutefois pas concrétisée immédiatement après son bac ‘Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant’. “J’avais un projet en tête, que j’ai mis provisoirement en stand-by”, explique Cécile Plauchud : “Je voulais former des adultes handicapés à l’agriculture”. L’idée l’amène à poursuivre ses études dans le domaine du médico-social pour devenir éducatrice spécialisée : elle travaille alors dans plusieurs Établissement ou services d’aide par le travail (Esat) et voit les limites des travaux d’entretien d’espaces verts proposés aux personnes handicapées, contrairement au maraîchage, par exemple. “Travailler sur tout le cycle du végétal, de la graine au légume, est davantage porteur de sens”, estime la jeune femme, qui n’a toutefois pas renoncé à ce projet de parcours de formation.

En attendant d’y revenir et de le concrétiser, elle s’est elle-même formée au maraîchage et à l’élevage porcin, via des stages plutôt que des formations spécifiques, avant de démarrer son activité : “C’est forcément toujours trop court, mais on apprend aussi de ses erreurs. Et je demande aux collègues autour de moi, quand j’ai des doutes”. Concernant les légumes, la période de rodage a duré quatre ans, avec des productions en tunnel et en plein champ, avant qu’elle ne dispose d’une véritable machine de course. En l’occurrence, une serre chapelle de 1,8 hectare équipée de panneaux photovoltaïques et livrée en 2020 par l’opérateur Reden Solar. Ce dernier a pris en charge le financement des travaux, dans le cadre d’un bail à construction. “Nous avons réalisé les premières plantations en mars 2021”, se souvient l’agricultrice. Un galop d’essai de deux ans donc, sur une petite partie seulement de l’équipement, qui a permis de réaliser les réglages et d’identifier les premiers problèmes. “Nous avons subi plusieurs attaques d’acariens cet été, qui ont prospéré en raison de la sécheresse du sol”, note Cécile Plauchud, qui prévoit d’installer des buses de micro-aspersion en hauteur, en complément du goutte-à-goutte. Une installation rendue désormais possible, depuis la fin des travaux de construction d’une retenue d’eau en contrebas de la serre, et des parcelles dédiées à la culture des céréales.

Une remise à plat pour la production porcine

Nous étions jusqu’alors limités, en matière de débit et de pression, par nos installations d’arrivée d’eau, vieillissantes. Avec la retenue, la récupération des pluies via les toitures et le ressuyage des terrains, nous prévoyons de disposer l’an prochain de 6 000 m² par an d’eau, contre 1 600 m² actuellement. Nous attendons de disposer d’un peu de recul sur la micro-aspersion : nous testerons avec des légumes dans un premier temps.” Si le résultat est positif, l’objectif est de mettre en culture, à moyen terme, des arbustes et des arbres fruitiers (pépins et noyau), notamment des agrumes, “mais aussi développer une activité de pépiniériste pour les particuliers”, anticipe la jeune femme.

En revanche, l’élevage porcin en plein air s’apprête à être revu, provisoirement, à la baisse. L’exploitation qui comptait 60 porcs – race Duroc et Gascons – au démarrage, en 2016, sera placée progressivement en sourdine, le temps de construire un bâtiment de 1 700 m² dont la livraison est espérée pour l’automne prochain. “Une partie sera dédiée à la production animale”, soit 400 à 500 m², avec un accès aux parcours libres (2 ha) et un quai de chargement. Le reste de l’espace abritera les céréales et le fourrage, le stockage de la machinerie agricole, une chambre froide et un espace de conditionnement.

Cécile Plauchud s’interroge sur la stratégie à mener dans le futur : “Nous étions jusqu’alors naisseur-engraisseur. Mais avec mon compagnon, nous sommes en pleine réflexion sur l’opportunité de poursuivre dans cette voie, ou de devenir simplement engraisseur, même si se fournir en porcelets issus d’élevage bio dans la région est très compliqué”. Le volet céréales reste, en revanche, toujours d’actualité : “Les 50 tonnes d’orge produites annuellement sont destinées exclusivement à l’alimentation des animaux. C’est ce qui rend cette diversification rentable”, explique Cécile Plauchud.

Pour la commercialisation de ces différentes productions, l’agricultrice s’appuie sur deux circuits distincts : une demi-douzaine d’Amap, d’une part, pour la viande porcine vendue en barquette et dont la découpe est réalisée par l’abattoir de Dignes ; d’autre part, des grandes surfaces bio et des épiceries spécialisées (ou pas), en complément de la vente directe à l’exploitation. Un projet de création de magasin de producteurs, majoritairement dédié aux maraîchers – en priorité bio – est également en projet. “L’ouverture est prévue pour février prochain”, précise la jeune femme. L’implantation, si elle est décidée, est en revanche “encore en cours de discussion avec la mairie”, explique Cécile Plauchud. 

Julien Dukmedjian


Les porcs disposent de deux hectares de parcours en plein air. © J. Dukmedjian

Autres productionsCécile Plauchud Petit plan d'Auron La Verdière