Domaine de La Portanière, diversification : un mode de production, un état d’esprit

Publié le 07 novembre 2022

À La Portanière, on travaille en famille. Pascale Blancard et sa fille Pénélope (ci-dessus), ainsi que son mari, Philippe, et son fils, Nicolaï, produisent vin, jus de pomme, huile d’olive, grenades, et bientôt pistaches et œufs (© G. Lantes).

Entre Pierrefeu et Collobrières, le Domaine de La Portanière a connu bien des évolutions en plus d’un siècle et demi d’histoire. À la production de vin se sont ajoutés oliviers, pommiers et, plus récemment, grenadiers et pistachiers. Une diversification mue par l’envie, les opportunités, l’adaptation aux conditions de production... et le souci de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier !

Sur les terres de La Portanière, la diversification est bien visible. “Le domaine a été créé en 1850 et a d’abord été une magnanerie. Il est resté depuis dans la famille de mon mari, et chaque génération a fait en fonction de son temps et de ses centres d’intérêt”, présente Pascale Blancard qui y travaille aujourd’hui avec son mari, Philippe, leur fille, Pénélope, et leur fils, Nicolaï.

Il y a eu ici des vers à soie, des poulets, des pigeons... Les propriétaires successifs y ont planté des oliviers, de la vigne, puis des pommiers et, tout récemment, des pistachiers et des grenadiers. S’il y a toujours eu de la vigne pour l’auto-consommation sur le domaine, c’est le grand-père de Philippe Blancard qui en a fait la production principale, entre 1945 et 1970. Le raisin est alors apporté en coopérative. Jusqu’à ce que Philippe et Pascale décident de faire leur propre vin. Les premières bouteilles du domaine sortent de la cave aménagée dans l’ancienne magnanerie en 2008.

Cheminement et opportunités

Huit ans plus tôt, Pascale et Philippe – qui ont déjà des oliviers – décident de planter un hectare de pommiers. “Chez nous, la diversification commence avec l’envie d’aller au bout du produit fini. Mais l’agriculture est aussi une affaire d’opportunisme. Un terrain mitoyen – qui avait appartenu aux grands-parents de Philippe par le passé – était en vente. La terre ne pouvait pas être classée en AOC Côtes de Provence. Il fallait l’exploiter rapidement, car nous n’étions pas les seuls à le vouloir. On s’est dit que c’était l’occasion de se faire une clientèle qui achèterait nos vins plus tard. C’était une première erreur, car les clients de la pommeraie et de la cave ne sont pas les mêmes. On a choisi une production qui soit prête en octobre, au moment des fêtes de la châtaigne qui drainent beaucoup de monde. Là encore, ça a été une erreur, car les gens qui vont aux fêtes de la châtaigne ne viennent que pour ça. Heureusement pour nous, ça a tout de même très bien marché !”, raconte Pascale. La principale difficulté pour l’agricultrice a été de trouver les bonnes ressources, en termes de formation et d’accompagnement. “En dehors des olives et de la figue, le Var n’est pas un département arboricole. Alors on s’est tourné vers le Vaucluse pour être bien accompagné”, indique-t-elle.

Aujourd’hui, La Portanière compte 1,50 hectare d’oliviers pour la production de l’huile du domaine, 25 ha de vignes en AOC Côtes de Provence et IGP Var pour le vin, 1 ha de pommeraie. Cette dernière est ouverte à la cueillette en saison pour la vente en frais, et une partie des pommes est par ailleurs transformée en jus de pommes. Il y a cinq ans, au retour d’un voyage en Turquie, Pascale se prend de passion pour la grenade. “J’avais quelques pommiers qui n’étaient pas gaillards, et je cherchais une culture moins exigeante. On a tenté la grenade, avec une centaine d’arbres, et ça fonctionne”, résume-t-elle. Les premiers fruits sont vendus en frais, mais la famille Blancard n’exclut pas de proposer du jus, à terme. Ce printemps, un demi-hectare de pistachiers a été planté, à la suite d’échanges avec une cousine de la famille, ingénieure des Eau et forêt. Les pistaches à venir sont destinées au séchage.

Des choix et des envies

Prochainement, pour faire face à une invasion de mouches méditerranéennes dans la pommeraie, les Blancard prévoient de transformer le poulailler familial en élevage de poules pondeuses. “C’est un choix technique : on n’a pas d’autres options contre ce ravageur qui reste dans le sol. On va aussi mettre des filets anti-insecte pour protéger les arbres, ce qui va représenter un lourd investissement”, explique Pascale Blancard. Toutes les productions, qui reflètent l’image du domaine, seront valorisées en direct : c’est
une des conditions de la diversification ici.

On pourrait croire qu’on travaille à l’ancienne, mais tout est affaire de choix et d’opportunisme. En agriculture, il faut avoir dix ans d’avance. Si on attend que le vin se vende moins bien pour mettre de nouvelles cultures en place, ce sera trop tard”, souligne-t-elle. Avant de poursuivre : “Économiquement, c’est toujours bien de multiplier les productions. C’est une petite sécurité. Surtout maintenant. Au départ, on n’est pas sur un terroir où ça gèle, où ça grêle. Mais avec le changement climatique, on voit que ça change : la production de vin est beaucoup moins régulière que par le passé”. La diversité de production s’inscrit d’autre part dans la démarche environnementale du domaine, dont les arbres sont certifiés en agriculture biologique et la vigne en conversion.

Pour Pascale, passionnée d’arbres fruitiers, la diversification est aussi et avant tout mue par l’envie. “Il faut que ça plaise. Il faut avoir un intérêt. Moi, j’aime apprendre. Il faut être prêt à se planter et à apprendre de ses erreurs. Ne pas tout miser sur une nouvelle culture, pour être en capacité d’essuyer les plâtres. Après, il faut aussi intégrer tout ça au planning de travail, anticiper les investissements, construire les débouchés commerciaux. Mais, à long terme, c’est un bon calcul de ne pas s’enfermer dans une seule culture, qui peut flancher à tout moment”, insiste-t-elle.

La multiplication des productions va aussi de pair avec la multiplication des soucis. Le recrutement de main-d’œuvre qualifiée en arboriculture est une difficulté grandissante pour le domaine. Mais le principal frein à la diversification, c’est l’eau, juge Pascale. Si La Portanière dispose d’un forage, les Blancard souhaitent sécuriser la ressource, avec une rétention d’eau qui permettrait de récupérer les eaux de pluie du vallon. “On a monté un dossier compliqué qui a été accepté par la préfecture. Mais c’est très cher et on n’a obtenu aucune aide. Il faut aider les agriculteurs si on ne veut plus qu’ils fassent de forage”, plaide Pascale Blancard. 

Gabrielle Lantes