Échanges autour de l’agriculture de conservation

Publié le 09 octobre 2019

La question de la fertilité était au centre des échanges de cette journée, consacrée à la production de céréales en agriculture de conservation.

Visite d’exploitation et partage d’expérience ont animé la journée du 20 septembre – organisée par les associations ‘Base’ et Agribio 04 – sur la production de céréales en agriculture de conservation en conditions méditerranéennes.

Créée en Bretagne en 2000 en réaction à la lourde problématique des algues vertes, ‘Bretagne agriculture sol et environnement’ est devenue ‘Biodiversité agriculture sols et environnement’ (Base) en gagnant du terrain dans le Sud-Ouest, l’Alsace ou encore le Sud-Est. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’association existe depuis 2010, et compte une vingtaine d’adhérents, agriculteurs et techniciens, représentant différentes filières. “Le thème qui nous rassemble c’est le sol et le principe du sol vivant”, présente Guillaume Joubert, agriculteur et représentant du réseau associatif dans la région.

Un système global à réfléchir

À Vinon-sur-Verdon, ce céréalier et maraîcher installé en 2004, a volontiers partagé sa propre expérience avec une trentaine de professionnels pratiquants, ou intéressés, par l’agriculture de conservation. “Je suis arrivé sur des sols très fatigués, avec des taux de matière organique très bas. À l’installation, j’ai donc commencé par arrêter d’exporter les pailles. Mais ce n’était pas suffisant”, présente l’agriculteur. Il a depuis opté pour le non-travail du sol, le semis direct sous couvert végétal et la couverture de ses sols. En parallèle, il a allongé et diversifié ses rotations, arrêté les engrais de fond. Enfin, il évite au maximum insecticides et fongicides, et prône un usage raisonné et limité de désherbant.

C’est ainsi qu’il conduit aujourd’hui 115 hectares de maïs, soja, blé dur, blé tendre, sainfoin semence, pois chiche et fèverole. Il observe des intérêts multiples sur la vie et la structure de ses sols. “Les taux de matière organique sont bien meilleurs. J’ai moins de problème d’érosion, les sols ont une meilleure portance et la biodiversité est de retour”, apprécie-t-il. Il note aussi une meilleure maîtrise des adventices, et un gain économique sur les charges de mécanisation et d’intrants.

“L’agriculture de conservation permet de préserver la vie et la structure des sols. Et le maintien des couverts en surface est un outil pour ne plus toucher au sol. C’est utile pour l’apport et la dégradation de matière organique, pour la protection du sol, du vent, de la pluie et du soleil, mais aussi la préparation de la prochaine culture”, explique-t-il. “Le système demande de repenser globalement ses pratiques. C’est complexe, on se trompe parfois, mais on a de bons résultats”, expose Guillaume Joubert.

S’informer, se former, expérimenter

Pour Frédéric Thomas – agriculteur en Sologne, fondateur de la revue TCS (Techniques culturales simplifiées) et expert reconnu de l’agriculture de conservation en France –, la pratique repose sur une approche globale, qui laisse la place au compromis. Invité à intervenir par ‘Base’ et Agribio 04, il insiste sur la nécessité de s’informer et de se former, pour dépasser ses propres limites et celles de l’exploitation, en se posant “la question de la durabilité” des systèmes de culture.

Et c’est avant tout la fertilité des sols qui fait la différence, un des facteurs limitant, notamment en condition méditerranéenne, étant l’eau. “Si on a des sols pauvres que l’on n’excite pas pour en tirer de la fertilité, on n’ira pas loin. Un sol qui fonctionne bien, favorise la minéralisation. Techniques culturales simplifiées, semis direct et couverts limitent l’évaporation et l’érosion, tout en facilitant l’infiltration de l’eau”, souligne l’agriculteur.

En céréales, la conservation des chaumes hauts est un autre levier possible. “C’est une solution à envisager pour la protection contre le vent et l’évaporation. Des chaumes hauts absorbent aussi de l’eau”, explique Frédéric Thomas. “Les animaux sont aussi intéressants dans les systèmes, car ils conservent très peu de la fertilité qu’ils consomment. Ils rejettent beaucoup de carbone, mais conservent moins de 25 % de la fertilité qu’ils ingèrent. Le reste est restitué. Ce sont des concentrateurs et des accélérateurs de fertilité”, pointe-t-il.

Gabrielle Lantes

 


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