Engrais verts : Des intérêts multiples, des choix à faire

Publié le 28 avril 2020

Le choix des espèces, l’implantation et la destruction des engrais verts se raisonnent à la parcelle en fonction des objectifs et des contraintes.

Anticipée et maîtrisée, la culture d’engrais verts peut apporter diverses solutions pour améliorer la structure et la vie biologique des sols. Exemple en viticulture.

Les engrais verts sont des plantes choisies, semées et cultivées, détruites avant la montée à graine, qui stimulent l’activité des sols de par l’apport de matière organique fraîche, et la restitution des éléments de fertilité accumulés dans les parties aériennes. Ils jouent aussi sur la structure et la stabilité du sol par l’activité racinaire, limitent les phénomènes de ruissellement et d’érosion, et contribuent à réduire les pertes d’éléments fertilisants par lessivage. “Ils peuvent aussi avoir une action de maîtrise des adventices, par effet d’étouffement“, rappelle Gisèle Ventre, conseillère viticole de la Chambre d’agriculture du Var. Le sujet était au centre d’un des douze ateliers des Rencontres de la viticulture durable, organisées en mars dernier, à Brignoles, par l’institution consulaire.

Une culture à part entière

En développement, la pratique présente de multiples options, et la Chambre d’agriculture accompagne des producteurs dans le cadre de groupes de progrès notamment, en lien avec les zones vulnérables nitrates. Sur le domaine des Fouques, à Hyères, Jacques Rapé s’est mis aux engrais verts il y a cinq ans, pour répondre à un problème de manque d’azote dans ses moûts. “Mes sols ont complètement changé, la vigne aussi, avec des bois plus généreux. On observe également une meilleure structure du sol, un enrichissement de la biodiversité et de la vie du sol. Tout s’est amélioré, et on a retrouvé dans les moûts, des disponibilités en azote, avec une amélioration des fermentations“, témoigne-t-il.

Les engrais verts sont des cultures à part entière“, estime-t-il aujourd’hui. Au fil du temps, il a testé plusieurs associations de plantes, et augmenté les quantités semées. Les engrais verts sont implantés sur sept hectares, généralement après vendanges pour profiter des pluies d’automne, en semis direct, un rang sur deux en rotation de deux ans, à raison de 130 à 150 kg/ha. Le viticulteur utilise des petites griffes qui grattent le sol en surface. Il s’est également équipé de deux distributeurs permettant “de semer simultanément petites et grosses graines“. Deux rouleaux complètent le dispositif de sorte à assurer un bon contact du semis avec la terre. Le choix des variétés utilisées en mélange est fait en fonction des parcelles, des cépages et des buts recherchés. “Il faut anticiper pour trouver les bonnes graines, surtout en bio, comme c’est mon cas. Mais avec le développement de la pratique, l’offre est de plus en plus fournie. Le coût est très variable d’une graine à l’autre“, indique Jacques Rapé.

Des objectifs à définir

Les graminées sont notamment intéressantes pour la structure et les micro-organismes du sol. Les crucifères apportent un effet décompactant, grâce à leur racine pivot, et limitent la fuite des nitrates. L’azote de l’air – fixé par les légumineuses et restitué à la destruction –, améliore l’autonomie de la culture principale. Les plantes à développement rapide et/ou effet tapissant s’avèrent par ailleurs utiles, pour lutter contre les adventices. “D’une part, il est très important de mélanger les espèces, pour additionner les effets en fonction des objectifs. D’autre part, il ne faut pas hésiter à sur-doser pour avoir de bons résultats de levée, d’autant que les engrais verts présents en hiver n’induisent pas de phénomène de concurrence avec les besoins en eau de la vigne. En améliorant la structure des sols, ils améliorent aussi les capacités de rétention d’eau en saison“, souligne Audrey-Chaix Bryan, conseillère viticole de la Chambre d’agriculture du Var.

De même que pour le choix des espèces et le semis, la destruction se fera en fonction des résultats escomptés. “Le couvert est détruit au plus tard à la floraison, pour éviter la montée à graine et le re-semis, et pour bénéficier de la restitution d’azote. Si l’objectif est d’apporter de la matière fertilisante, l’engrais vert sera enfoui de manière superficielle, dans les trois semaines qui suivent la fauche, en s’assurant que le sol ne soit pas humide, pour éviter la putréfaction de la matière. S’il s’agit de limiter l’échauffement, de lutter contre l’érosion ou d’améliorer la portance, on peut faire un roulage, ou un broyage grossier, pour obtenir un mulch sur l’inter-rang. Pour maîtriser les adventices, on peut aussi opter pour le broyage avec déport sous le rang, mais cela nécessite du matériel spécifique“, précise Gisèle ventre.

Avant de mettre en place un engrais vert, il faut définir ses objectifs. Pour cela, il est important de bien connaître le contexte pédoclimatique et de tenir compte des disponibilités en temps et en matériel, notamment par rapport à l’implantation et à la destruction du couvert. C’est un raisonnement qu’il convient de mener parcelle par parcelle“, insiste la technicienne. Différents outils d’aide à la décision sont mobilisables. Arvalis propose sur Internet l’outil ‘Choix des couverts’, qui permet de sélectionner les espèces, en intégrant jusqu’à dix critères simultanés. ‘Acacia’, développé d’après les travaux d’un GIEE de la Nièvre, qui se présente sous la forme d’un tableur Excel, est également disponible sur le net.

Gabrielle Lantes


À Hyères, Jacques Rapé utilise les engrais verts depuis cinq ans sur le vignoble qu’il cultive en agriculture biologique.

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