FDSEA 83 : Défendre la place des agriculteurs et de l’agriculture

Publié le 26 octobre 2021

Sylvain Audemard, président de la FDSEA 83, entouré de la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Joly, du préfet, Evence Richard, et de la sénatrice, Françoise Dumont. © G. Lantes

Réunie en assemblée générale le 15 octobre à Brignoles, la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles du Var dénonce des réglementations sclérosantes, et plaide en faveur du bon sens paysan.

Foncier, emploi, incendies, prédation, eau... les sujets d’actualités sont nombreux pour la FDSEA du Var. Lors de l’assemblée générale - organisée dans le cadre de la Foire de Brignoles en présence du préfet, Evence Richard - Sylvain Audemard, président du syndicat départemental, n’a pas manqué de souligner la multiplicité des enjeux et les nombreuses actions menées par la FDSEA pour y répondre. “La FDSEA, ce n’est pas uniquement de la défense syndicale. On travaille tout au long de l’année pour les agriculteurs et pour l’agriculture“, rappelle-t-il.

Et si la pandémie de Covid-19 a pu perturber l’activité du syndicat, les troupes de la FDSEA sont restées mobilisées. Des tribunaux paritaires des baux ruraux à ceux des prud’hommes, en passant par la Safer, ou les Commissions départementales d’orientation agricole (CDOA), de la faune sauvage (CDFS), de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), le syndicat siège dans de nombreuses structures pour défendre les intérêts des agriculteurs et de l’agriculture.

Emploi et formation : enjeux croissants

La question de l’emploi a été particulièrement prégnante ces derniers mois, avec la mise en œuvre de la nouvelle Convention collective nationale (CCN) de la production et des Cuma. “Nous avons beaucoup travaillé au sein de la Commission départementale emploi et formation sur les négociations de la CCN. Mais nous sommes aussi très actifs sur la formation et le recrutement. Dans tous les cas, il s’agit de trouver des solutions pour les employeurs qui ont de grosses difficultés à recruter dans notre secteur agricole“, souligne Philippe Vaché, administrateur de la FDSEA et président de la Commission départementale emploi et formation.

Dans cette perspective, le syndicat – partenaire de l’Agricampus du Var – collabore également avec la Chambre d’agriculture. Un job-dating et une formation d’ouvrier viticole polyvalent ont pu être organisés l’an dernier. Une nouvelle session d’ouvrier tractoriste doit s’ouvrir en décembre, et des formations d’ouvrier maraîcher et de secrétaire vitivinicole sont également en projet. La FDSEA planche par ailleurs sur la rédaction d’un guide à l’embauche aux côtés de la Chambre, de la MSA, de Pôle emploi et de la Direction départementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS). “Un partenariat avec l’université de Toulon, sur le travail saisonnier des étudiants, est aussi en projet. Nous travaillons également à la valorisation des métiers de l’agriculture, qui souffrent encore trop souvent, à tort, d’une mauvaise image auprès des jeunes. Nous œuvrons aussi, en lien avec la Chambre d’agriculture, à l’organisation de stages courts, pour les élèves de quatrième et de troisième“, indique encore Isabelle Arnaud, animatrice de la FDSEA du Var.

Incendie : arrêter de regarder ailleurs

Le syndicat est par ailleurs préoccupé par de nombreux dossiers d’actualité, à commencer par les incendies qui ont endeuillé le département et dévasté la plaine des Maures. Ce drame remet au centre des débats l’intérêt des coupures agricoles et leur rôle de pare-feu. “Cela doit nous inciter à tous nous mobiliser“, estime le préfet du Var, en introduisant la table ronde consacrée à cette thématique pendant l’assemblée générale de la FDSEA. “Mon père s’est installé dans les années 80, en faisant des parcelles agricoles en forêt avec l’Office national des forêts (ONF). Ces mêmes parcelles ont servi de pare-feu et de zone refuge pour les pompiers cet été“, témoigne Anthony Sénéquier, jeune agriculteur de La Garde-Freinet. “Malheureusement, on est montré du doigt chaque fois qu’on y travaille, en plus d’être contraint par la réglementation. Car au-dessus de tout aujourd’hui, il y a la loi faune flore“, poursuit-il. Pour le président de la FDSEA, Sylvain Audemard, les espaces ravagés par les flammes et la réserve naturelle de la plaine des Maures en particulier “souffrent de surprotection“.

Un exploitant agricole est soumis constamment à la vindicte populaire et, surtout, à celle de Khmers verts qui ont une vision livresque de la nature et de l’agriculture, et qui font les règles aujourd’hui. Résultat, on arrive paradoxalement à se dire, en 2021, que les pare-feu sont une bonne chose. Mais il va falloir accompagner les agriculteurs : les études à réaliser en amont coûtent plus cher qu’une plantation ! Et puis, il va falloir de l’eau avant de pouvoir planter le moindre pied de vigne, il faut pouvoir faire passer les tuyaux“, dénonce à son tour Yanick Simon, viticulteur et président de la communauté de communes Cœur du Var. Sans compter le coût de la taxe de défrichement. “80 % de la forêt est privée et, dans le Var, elle est principalement issue d’anciennes zones agricoles. Cela ne me choque donc pas qu’une partie de cet espace retourne à l’agriculture, dès lors que la terre présente un intérêt agronomique. Et si la forêt a moins de 30 ans, il n’y a pas de taxe de défrichement“, rappelle à ce chapitre Bruno Giaminardi, président du Centre régional de la propriété forestière (CRPF Paca). Avant de défendre : “Dans les autres cas, il faut savoir que cette taxe est aujourd’hui notre seul outil financier pour faire des opérations vitales, qui permettent de développer les peuplements pour en sortir du bois , tout en réduisant la biomasse par rapport au risque incendie“.

Pour David Barjon, directeur de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), la priorité est la reconquête des friches, et la réglementation n’est pas ce qui bloque. “Aujourd’hui, le ministère de la Transition écologique prévoit qu’un projet de coupure DFCI – qui protège la forêt – puisse être réalisé y compris en espace boisé classé. Cependant, la seule réglementation à laquelle on n’échappera pas – et qui pourrait être bloquante – est celle qui concerne les espèces protégées“, explique-t-il. Pour le représentant des services de l’État, une piste serait d’inscrire les zones utiles au Plan intercommunal de débroussaillement et d’aménagement forestier (Pidaf), pour une meilleure prise en compte.

Déjà, le plan de reconquête agricole – porté par la Chambre d’agriculture du Var – s’est emparé de la question des friches et des espaces boisés à potentiel agricole. “Il y avait jusqu’ici une position figée de la Dreal. Mais finalement, on avance pas à pas. Il faut pouvoir aller au bout de ce travail, stratégique pour l’agriculture et pour le département du Var“, défend sa présidente, Fabienne Joly.

Pour Éric Pastorino, président de la cave coopérative de Gonfaron et du Syndicat de l’AOC Côtes de Provence, il y a enfin urgence à reporter le renouvellement de la convention de gestion de la réserve naturelle des Maures. Les agriculteurs souhaitent également y être davantage associés. “Sur les incendies, comme sur la Tortue d’Hermann, le problème est que des gens à Paris croient tout savoir. Nous, on a l’expérience du terrain, on connaît ça depuis toujours. Il faut que les acteurs locaux puissent prendre la main. Ce sont eux qui protégeront la forêt et la biodiversité“, plaide Sylvain Audemard en conclusion.

Gabrielle Lantes


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