FDSEA du Var : Mobiliser et fédérer pour faire bouger les lignes

Publié le 04 février 2020

Antoine Pastorelli annonce qu’il passera le relais à la présidence de la FDSEA, en février.

Réunie à Pignans le 15 janvier, l’équipe de la FDSEA du Var a profité de son assemblée générale annuelle pour faire le point sur les sujets d’actualité qui occupent, et préoccupent, le syndicat agricole.

Du loup à la tortue, en passant par les inondations, le foncier, les pressions environnementales..., le rapport d’activité de Sylvain Audemard, secrétaire général de la Fédération départementale des syndicats des exploitants agricoles du Var, a permis de faire un tour d’horizon des combats menés par la FDSEA 83. C’est sous la forme d’un “Kikadikoi” que le secrétaire général a brocardé, non sans humour, divers représentants des pouvoirs publics du département, mettant néanmoins l’accent sur le fond des multiples problématiques qui convergent dans le Var.

Des problématiques complexes et récurrentes

à commencer par celle des décharges illégales, qui souillent trop souvent les terres agricoles. “Sur cette question, on n’arrivera à quelque chose que par la législation. Les procédures judiciaires sont trop longues, la justice trop lente et les sanctions trop légères. Il faut pouvoir passer directement par le préfet, c’est ce que l’on demande”, explique Sylvain Audemard. Pour Christine De Salvo, présidente du syndicat local du secteur du Beausset, l’expérience du Castellet est caractéristique. “Il a fallu des années pour qu’une de ces décharges sauvages soit finalement fermée sur la commune. En attendant, on a dû déclasser 20 hectares de l’appellation Bandol. Et il y en a une autre un peu plus loin, sur un espace boisé classé, où on nous interdit, à nous agriculteurs, de couper un arbre. Mais où on laisse faire ça ! Il y en a marre de cette justice à deux vitesses. Alors on nous dit que les camions sont désormais empêchés d’y aller. Mais il reste des tonnes de déchets, et personne pour s’occuper de remettre ces sites en état”, dénonce-t-elle.

L’occupation illégale des terres par les gens du voyage est un autre problème récurrent qui se heurte, selon la FDSEA, à l’immobilisme conjugué de l’état et de certains élus locaux. “Les collectivités ont une obligation d’aménagement d’aires de passage aux normes. Si ce n’est pas respecté, le préfet ne peut pas intervenir directement, il faut un référé. Il est grand temps que chacun prenne ses responsabilités”, argumente Sylvain Audemard. “L’été dernier, les agriculteurs du canton de Fayence se sont mobilisés. Comme par hasard, le problème chez un éleveur a été résolu dans la journée. Alors s’il faut boucher les routes pour faire bouger les lignes, on recommencera partout où ce sera nécessaire”, promet-il.

Entre immobilisme politique et pressions environnementales

Dans le même esprit, le secrétaire général de la FDSEA 83 fustige l’insuffisance des mesures prises pour lutter contre les inondations à répétition, malgré les conséquences tragiques que le département a subi l’an dernier encore. “On a eu dix inondations en dix ans. élus et administration se renvoient la balle sans arrêt. On nous oppose des procédures, des études, des contraintes environnementales, et concrètement, rien n’est fait. Est-ce qu’on va devoir porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui ?”, s’agace Sylvain Audemard.

Le même ras-le-bol s’exprime sur la problématique du loup. Le syndicat plaide pour une politique départementale adaptée au territoire, et des moyens renforcés. “Pour être au niveau des 17 ou 19 % de prélèvement du Plan national loup dans le Var, il faudrait abattre entre 20 et 25 loups. à ce jour, il s’en est seulement tué cinq dans notre département. C’est insuffisant pour faire baisser la pression au niveau local”, estime Jean-Guy Rebuffel, éleveur à La Roque-Esclapon. “Le loup est un animal sauvage, dont le seul prédateur est l’homme. Alors nous proposons, au niveau de la FDSEA, de faire des battues avec les éleveurs qui le souhaitent, pour préserver notre élevage et notre pastoralisme. Ce n’est pas aux citadins, qui viennent promener dans nos alpages, de décider pour ceux qui y travaillent et y vivent”, tempête Sylvain Audemard.

L’exaspération est également palpable concernant les travaux engagés autour de la protection de la tortue d’Hermann : “Cela va faire dix-huit mois que l’on a engagé les discussions sur le plan de protection, et on n’a encore pas avancé d’un iota !”, déplore le responsable syndical.

Pour un syndicalisme de combat et de proposition

Avant de dénoncer la pression croissante des “environnementalistes”, sur la question de la prédation, comme sur celle des pesticides et des Zones de non-traitement. “Les pesticides, c’est fait pour lutter contre les nuisibles. Ils peuvent être agricoles, mais ça peut aussi être des médicaments comme les antibiotiques. Il y a des pesticides de synthèse et des pesticides naturels. Malheureusement, les gens ne savent pas de quoi ils parlent. On ne sait pas encore ce qui va être décidé sur les ZNT, mais, là encore, il faudra peut-être savoir se regrouper pour que les vélos, motos, chevaux, quads et autres marcheurs, qui n’ont rien à faire sur les propriétés privées des agriculteurs, soient évacués”, lance Sylvain Audemard, las que la profession agricole soit trop systématiquement déconsidérée.

Engagée sur ces différents fronts de lutte, la FDSEA du Var se veut aussi un syndicat de propositions et de cons-truction. Son président, Antoine Pastorelli, salue d’ailleurs la victoire du syndicat, l’an dernier, aux élections professionnelles, et la dynamique engagée par la nouvelle mandature de la Chambre d’agriculture. “La Chambre est à la disposition de l’agriculture et des agriculteurs. On travaille main dans la main avec les JA, et dans un esprit d’ouverture avec les autres syndicats”, souligne, dans ce cadre, Fabienne Joly. “Nous portons de gros dossiers sur la reconquête agricole ou l’irrigation, en réfléchissant à l’échelle des territoires pour être efficace”, explique notamment la présidente de la Chambre d’agriculture. L’assemblée de la FDSEA a d’ailleurs été l’occasion de présenter plusieurs actions dont la création, avec le soutien de la Région, du Point accueil transmission, le projet d’abattoir paysan en cours d’élaboration en Provence Verte, ou encore le développement prochain de nouveaux points de vente collectifs sur Hyères et la Cavem. “La Chambre apporte ses compétences techniques et son expertise, mais il est essentiel de mobiliser et de fédérer. Ce sont les agriculteurs qui doivent, avant tout, être force de propositions et leaders sur les projets”, insiste-t-elle.

Gabrielle Lantes


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