Ferme du Ribelon : premières pivoines bio du Var !

Publié le 15 juin 2021

C’est sans intrants ,ni mécanisation que Julien Esmiol cultive ses fleurs en cours de conversion à l’agriculture biologique. © G. Lantes

À Bargemon, Julien Esmiol – horticulteur et maraîcher –, s’est lancé dans la production de pivoines bio. Une première dans le département. Ses fleurs, en dernière année de conversion, ont déjà trouvé leur clientèle.

Lorsqu’ils cherchent à s’installer en agriculture il y a quatre ans de cela, Julien Esmiol et sa compagne ont comme projet de créer leur élevage ovin, pour faire des produits laitiers à la ferme. Ils trouvent une ancienne installation à racheter du côté de Cotignac, d’où le jeune homme est originaire. L’affaire est bien engagée, mais le vendeur finit par se rétracter. Le couple se remet en quête de foncier, sans succès. Jusqu’à ce que Julien découvre des oliviers et un cabanon, en débroussaillant un terrain familial à Bargemon. C’est là, au pied du village, que le jeune homme repère d’anciennes terres maraîchères laissées à l’abandon depuis plusieurs décennies, et traversées par l’eau de la Doux. Un coin de paradis où il parvient à faire l’acquisition de deux hectares, auxquels viendront s’ajouter un hectare supplémentaire, en fermage et prêt à usage.

Le projet d’installation est repensé en fonction du site. Julien, titulaire d’un BTS en productions horticoles, a travaillé pendant quatre ans au Scradh, station d’expérimentation en fleur coupée implantée à Hyères. Il décide de s’appuyer sur sa formation et son expérience pour se lancer dans un système de production diversifié, qui combine pivoines et maraîchage. Il entreprend de remettre les terres en état, mettant au jour les vestiges d’anciens moulins autrefois installés le long de la rivière. La dotation Jeune agriculteur lui permet de démarrer son activité, en finançant notamment le matériel végétal, coûteux.

Le choix de l’agriculture biologique

À l’automne 2018, Julien plante ses premières pivoines sur 2 000 m² de plein air. En attendant l’entrée en production des fleurs, fruits et légumes divers, plantés au printemps suivant, permettent d’apporter un peu de trésorerie à l’exploitation. Dès le départ, le jeune producteur fait le choix de l’agriculture biologique. Par conviction. Les productions maraîchères sont directement labellisées grâce à un constat de friches. Les pivoines doivent en revanche attendre, et sont désormais en troisième, et dernière année, de conversion. Elles sont les premières en voie de certification en AB dans le département.

Et Julien Esmiol augmente progressivement ses surfaces. 3 600 bulbes – de variétés Sarah Bernhardt et Duchesse de Nemours – ont, à ce jour, pu être plantés sur 4 000 m², et le jeune agriculteur prévoit d’accroître encore un peu sa production. Conduites dès le départ selon les règles de l’agriculture biologique, les pivoines sont cultivées sans intrants. Julien a notamment fait le choix de l’enherbement spontané, qu’il tond et broie sur l’entre-rang une fois par semaine en saison, le désherbage sur le rang se faisant manuellement. “Rien n’est mécanisé“, indique le producteur qui s’appuie sur la flore et la faune auxiliaire. “L’herbe, c’est important : ça protège et ça nourrit. J’ai de la chance car le trèfle blanc, rampant, qui capte l’azote de l’air pour le restituer au sol est naturellement très présent. C’est un bon couvert. Et puis les fourmis font les gardiennes. Elles se nourrissent du miellat produit au niveau des boutons à la floraison, et les protègent d’autres insectes qui peuvent les abîmer, comme les cétoines“, explique Julien. Le jeune homme a aussi laissé quelques arbres sur ses parcelles, pour favoriser la biodiversité. Pour ce qui est de l’eau, si la ressource ne manque pas et que les cultures sont équipées d’un système d’irrigation performant, l’usage est volontairement limité. “J’arrose très peu, pour que les racines se déploient en profondeur et pour éviter la concurrence en surface“, précise le producteur.

Valorisation en circuits courts

Finalement, plus on les laisse tranquilles, mieux elles poussent. Ici, elles ont ce qu’il faut en froid, en eau, la terre est bonne. L’exposition à l’est leur permet de profiter du soleil le matin, et elles sont abritées par la colline en été. Et puis, j’arrive à les garder en feuillage jusqu’en novembre. Alors elles ont le temps de faire des réserves d’une année sur l’autre“, observe Julien. Si la production, au milieu des bois, jouit d’un environnement préservé, le jeune homme a toutefois dû mettre en place des clôtures électriques alimentées par des panneaux solaires, pour protéger ses cultures des sangliers.

Cette année, ses fleurs – un peu retardées par les caprices de la météo – sont arrivées juste à temps pour la fête des Mères. Quelque 5 000 tiges ont pu être cueillies et commercialisées, dans des magasins bio et sur des marchés en proximité. Les circuits courts permettent de valoriser au mieux la production en conversion bio. “Les rendements sont légèrement moindres qu’en conventionnel, mais je n’ai pas de surcoût. Après, des pivoines bio peuvent présenter de petites irrégularités par rapport à des produits standardisés. Mais la fleur est de qualité, elle est belle et elle sent bon, elle plaît“, se réjouit Julien Esmiol. S’il espérait un peu plus de fleurs, il n’a eu aucune difficulté à les vendre. Le marché local de Draguignan a particulièrement bien fonctionné. “Un matin, je suis arrivé à 7 heures, et à 8 h 30, je n’avais déjà plus rien. J’ai fait un aller-retour à Bargemon pour ramener encore des fleurs et, à 10 heures, j’avais terminé“, raconte-t-il.

La saison de la pivoine achevée, le jeune agriculteur se concentre désormais sur le maraîchage d’été, distribué en Amap. Polyvalent, il a aussi repris une parcelle de citronniers à Menton, et s’attelle à reformer les oliviers présents sur l’exploitation, en vue d’en tirer une production. Et pour enrichir encore l’activité, la prochaine étape sera la plantation d’arbres fruitiers, notamment des amandiers et des figuiers. La pivoine restera néanmoins la production phare de l’exploitation. Fort du succès de ses fleurs, Julien projette d’ores et déjà de planter une nouvelle parcelle prochainement.

Gabrielle Lantes


Au pied du village de Bargemon, les pivoines de ‘La ferme du Ribelon’ jouissent d’un environnement préservé, sur d’anciennes terres maraîchères. © G. Lantes

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