Figue : la filière démunie face au charançon noir

Publié le 17 octobre 2022

Les larves du charançon noir, extrêmement voraces, peuvent entraîner le dépérissement d’un jeune plant de figuier en seulement une semaine. © J. Dukmedjian

La Fredon Paca organisait, le 5 octobre dernier à Pierrefeu, une réunion d’information consacrée au plan de lutte en cours contre les ravages du charançon noir du figuier. Pour l’heure, localisé essentiellement dans la Vallée de Sauvebonne, le ravageur inquiète l’ensemble des producteurs varois.

“Nous avons des solutions concernant les dégâts de la mouche de la figue. Mais nous sommes démunis face à ceux causés par le charançon,” reconnaît Cyril Kointz, responsable technique du Syndicat de défense de l’AOP Figue de Solliès. Ce dernier faisait partie des professionnels de la filière réunis la semaine dernière, à l’occasion d’une réunion d’information organisée par la Fredon Paca pour faire le point sur la lutte contre ce ravageur. Preuve de l’inquiétude générée par le coléoptère et des enjeux économiques qu’elle soulève, Frédéric Gandin, président de l’AOP Figue de Solliès, Olivier Marx – dont la pépinière est spécialisée dans le figuier –, plusieurs technicien(ne)s de la Fredon et l’adjoint au maire de Solliès délégué à l’agriculture étaient notamment présents.

Découvert en 2019 sur une parcelle de la Vallée de Sauvebonne, l’insecte xylophage poursuit ses ravages dans les vergers, sans qu’on dispose, pour l’heure, d’une parade efficace. La parcelle de verger de Rémi Revest, un arboriculteur bio spécialisé dans la figue et la grenade, à proximité de laquelle la réunion était organisée, peut en témoigner : il s’apprête à l’arracher entièrement, faute de solution de traitement efficace, et a dû “s’improviser maraîcher” pour faire face au manque à gagner. Rémi Revest a déjà arraché 2,5 hectares de figuiers sur les 8 ha qu’il possède, et s’apprête à réaliser la même opération pour 2,5 ha supplémentaires, “si on ne trouve pas de solutions sous peu”. Comme il en témoignait le 5 octobre, “le phénomène de dépérissement est très rapide : quand on détecte la présence du charançon, il est déjà presque trop tard. Un plantier peut être détruit en une semaine !”.

Pas de méthodes de lutte décisives

Le producteur, qui a lancé l’alerte en 2019, a vu sa trésorerie fondre progressivement : “Je suis désormais sans parachute. Pour certains jeunes, c’est encore plus grave : ils ont tout perdu !”. Selon le producteur, la lutte préventive mise en œuvre (pulvérisation d’argile) s’est révélée inefficace : “C’est la même chose avec la bouillie bordelaise, en conventionnel : le charançon pond dans ce cas au-dessus du badigeon. Cela nécessiterait de traiter l’ensemble de chaque arbre… pour des résultats incertains”.

Les méthodes curatives – piégeage à base de Beauvaria, utilisation de nématodes – n’ont, quant à elles, pas encore donné de résultats réellement significatifs.

Les travaux de recherche, engagés en partenariat avec Vegetech, avancent néanmoins, “avec l’évaluation en cours, dans des vergers, de plusieurs types de phéromones,” a rappelé Daniel Bielmann, président de la Fredon Paca. L’organisme a, en parallèle, entrepris plusieurs actions, dont une de sensibilisation auprès du grand public – propriétaires de figuiers et élus –, mais avec des résultats pour le moment décevants : “Beaucoup ne veulent rien entendre, alors que leurs arbres sont des foyers de contamination potentiels,” note Daniel Bielmann, qui a alerté la DGAL, conjointement avec l’AOP. Celui-ci reste prudent sur le délai d’un éventuel classement du ravageur sous statut réglementé : “Le cheminement administratif jusqu’au sommet de l’État est long”. La dissémination du coléoptère et son signalement sur une partie de l’arc méditerranéen – de La Ciotat jusqu’à Menton – et dans le Lot-et-Garonne pourraient toutefois permettre d’accélérer la prise en compte de son danger pour la filière, “qui se sent bien seule et très menacée dans sa pérennité,” déplore Frédéric Gandin.

Julien Dukmedjian


Autres productionsFigueFigue charançon Fredon Paca ravageur