Fleur coupée : la pivoine passe au vert

Publié le 25 août 2020

Différents essais d’enherbement ont été mis en place par les producteurs du GIEE ‘pivoine’.

Au sein du GIEE ‘pivoine’ Paca, la filière horticole travaille sur l’optimisation de la culture de la pivoine. Accompagnés par leurs structures professionnelles, les producteurs mettent en place des essais pour trouver des solutions économiquement et environnementalement performantes aux problématiques qu’ils rencontrent. Visite chez Éric Sastre, à Solliès-Pont.

Plante rustique adaptée au climat méditerranéen, la pivoine est devenue incontournable dans le Var, où elle est aujourd’hui un véritable moteur de l’activité horticole. En 30 ans, les volumes commercialisés sur la Sica Marché aux fleurs de Hyères sont passés de 200 000 tiges à plus de 10 millions de tiges, avec une accélération notable ces dix dernières années qui ont vu les quantités vendues multipliées par deux.

Face aux coûts de production des cultures chauffées, aux pressions sanitaires et au durcissement des réglementations environnementales, la pivoine du Var - qui se distingue par sa précocité et sa qualité sur un marché mondial très concurrentiel - est une valeur sûre pour la production de fleurs coupées.

Pourtant, la raréfaction des surfaces disponibles pour la culture, les effets du changement climatique et les contraintes agro-environnementales induisent des problématiques dont la filière, constatant une stagnation globale des rendements, a décidé de se saisir. Plus complexe qu’il n’y paraît, la production de pivoine est sensible à de multiples facteurs et réclame une conduite adaptée.


Une démarche collective face à des difficultés partagées

Afin de travailler ensemble à la performance économique et environnementale de la culture, les acteurs de la filière se mobilisent sur les fronts de la recherche, de l’accompagnement technique et de la valorisation. Un GIEE - porté par le Scradh, en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Var et le groupement de producteurs Phila Flor - a notamment été labellisé voilà bientôt trois ans. Il rassemble aujourd’hui 11 entreprises concentrées sur le secteur hyérois, principal bassin de production, d’Ollioules à La-Londe-les-Maures.

Individuellement et collectivement, les producteurs, volontairement engagés dans la démarche, et les structures professionnelles impliquées ont défini différents leviers d’actions, pour répondre aux problématiques partagées de fatigue du sol, d’enherbement et de pression sanitaire, sur une zone de culture périurbaine où la plupart des exploitations se situe en zone vulnérable aux nitrates, voire en aire d’alimentation de captage pour certaines. En lien avec les expérimentations du Scradh, ainsi qu’avec les campagnes d’analyses menées par Phila Flor, les travaux du GIEE se concentrent ainsi sur trois axes : la maîtrise des adventices, la gestion des sols et de la fertilisation, et le pilotage de l’irrigation.


Des essais riches d’enseignements

À l’issue d’une phase de diagnostics personnalisés, les entreprises - accompagnées par les techniciens de la Chambre d’agriculture et du groupement de producteurs - ont mis en place des essais en fonction de leur situation et de leurs objectifs. Pour Éric Sastre, installé à Solliès-Pont, c’est la gestion de l’herbe. L’horticulteur a repris l’exploitation de ses parents en 1988. “Au départ, on était sur de la rose pleine terre sous 7 650 m² de serre  verre mais, en 1994, un orage de grêle a tout détruit“, présente-t-il. Dans un premier temps, le producteur remonte 4 000 m² de multichapelle plastique, où il installe de la rose hors-sol. Mais les coûts de production et la concurrence accrue à l’international le poussent à abandonner la rose pour le muflier il y a une dizaine d’années. Il en cultive aujourd’hui 4 500 m² couverts, et en est un spécialiste reconnu.

En parallèle, le producteur se diversifie d’abord avec de la pivoine tardive et, depuis trois ans, avec des variétés précoces, dont les prix sont particulièrement intéressants. Actuellement, il compte 5 700 griffes de pivoines en plein champ. “Ça s’est plutôt bien passé les premières années. Mais après, il y a eu un peu de mortalité et une baisse de rendement, sans doute dues à un manque de technique“, observe Éric Sastre.

Toujours prêt à se remettre en question, l’horticulteur a intégré le GIEE ‘pivoine’, pour réduire la charge de travail impliquée par le désherbage et trouver des alternatives aux herbicides, dont il constate une efficacité limitée. Dans ce but, il a mis en place des essais de végétalisation sur plusieurs parcelles. “J’ai notamment un problème de liseron qui s’entoure autour des pivoines, et qui me fait perdre énormément de temps“, explique-t-il. À l’hiver 2019/2020, il a réalisé un semis d’un mélange de graminées, broyé avant récolte. “Malheureusement, avec un climat favorable, l’herbe est repartie au moment de la cueillette. Ça a créé un matelas épais au sol et un phénomène d’asphyxie. Et, avec l’humidité, j’ai aussi eu un problème de rouille sur une parcelle qui reste à l’abri le matin“, constate-t-il.


Des pratiques à affiner

Éric Sastre n’est pourtant pas découragé et entend poursuivre dans cette voie. “La végétalisation demande un entretien rigoureux et régulier, mais c’est vraiment un avantage en matière de temps de travail et de réduction de phyto. Après, il faut aussi tenir compte de la consommation en eau et en engrais“, note-t-il. Dans cette perspective, des sondes capacitives ont été installées sur une de ses parcelles. Le dispositif a été mis en place sur des parcelles de référence chez plusieurs producteurs du GIEE. “L’objectif - à partir de l’enherbement et en lien avec les travaux du Scradh - est de suivre la ferti-irrigation pour voir l’impact de l’enherbement sur les consommations sachant que, sur les terrains de la région, on retrouve un problème de stagnation de l’eau, celle-ci diffusant de nombreux pathogènes comme Erwinia, pourridié et autres“, précise Marie-Madeleine Bazzano, technicienne de Phila Flor. “L’idée ici est aussi de traiter uniquement sur le rang, avec des herbicides ciblés et en réduisant les surfaces traitées, car l’enherbement peut aussi avoir un impact sur la prise de froid nécessaire au cycle de la pivoine. Des capteurs de température vont être mis en place sur le rang et l’inter-rang, pour mieux évaluer le phénomène“, poursuit-elle.
Pour Éric Sastre, qui a déjà commencé à faire évoluer ses pratiques d’arrosage et de fertilisation, l’accompagnement technique est essentiel à la conduite de ses essais.“On a des techniciens hors pair qui aident vraiment beaucoup. On discute, on apprend, on avance petit à petit“, apprécie le producteur. Labélisé pour trois ans, le GIEE ‘pivoine’ Paca arrivera à son terme en fin d’année, mais les travaux d’implantation de couverts se poursuivent, la profession espérant pouvoir compter sur le soutien de l’Agence de l’eau notamment, pour avancer encore sur les questions de gestion de l’eau et de la fertilisation. 

Gabrielle Lantes

 

L’eau, un facteur essentiel à maîtriser

En partenariat avec le Criiam Sud, un suivi de l’irrigation et de la pluviométrie a été mis en place chez trois horticulteurs du GIEE ‘pivoine’ Paca. Alors que l’arrosage se fait de manière empirique, le dispositif vise à mieux connaître les besoins en eau de la pivoine, sa consommation et son comportement, en fonction du type de sol et des pratiques culturales.

Dans ce but, des sondes capacitives, mesurant humidité et températures, ont été installées à différentes profondeurs, afin d’atteindre les différents horizons du sol. Les donnes enregistrées font l’objet d’une transmission sans fil vers un logiciel, consultable via internet sur ordinateur ou smartphone, ce qui permet aux producteurs d’avoir connaissance de la situation quasiment en temps réel.

Les courbes et marches de consommation indiquent l’évolution du taux d’humidité et permettent ainsi de déclencher, et de quantifier, les apports de manière appropriée. En clair, il s’agit de donner à la plante ce dont elle a besoin, au moment où elle en a besoin, en évitant le stress hydrique dû au manque ou, au contraire, les phénomènes de saturation. Le suivi apporte également des indications sur le comportement de la plante, notamment en fonction de son enracinement, et sur celui du sol selon qu’il soit plus ou moins drainant.

L’accompagnement technique dans l’interprétation des données et la définition de la meilleure stratégie reste toutefois essentiel à un pilotage optimisé de l’irrigation.



Pour Éric Sastre, ci-dessus au centre, l’accompagnement technique est particulièrement appréciable.

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