Franck Trutalli : oléiculteur par passion

Publié le 20 octobre 2020

Pour Franck Trutalli, l’oléiculture est une passion depuis de nombreuses années. © GL

Au cœur de la Provence Verte, dans le Centre Var, Franck Trutalli s’attache – avec une énergie folle – à remettre d’anciennes oliveraies en production et à en planter de nouvelles, en privilégiant toujours le terroir et le patrimoine local.

À 50 ans, Franck Trutalli est un amoureux de la nature et des oliviers, auxquels il consacre son enthousiasme débordant. Jeune homme déjà, lui qui n’est pourtant pas issu du milieu agricole, se prend de passion pour l’arbre emblématique de la Provence. Il a tout juste 20 ans et travaille alors dans le bâtiment, quand il fait l’acquisition d’un petit coin de colline où il entreprend de remettre en état des arbres laissés à l’abandon. “J’ai commencé comme ça, et puis j’ai fait mon petit bout de chemin au fur et à mesure”, raconte-t-il.

Progressivement, il achète des parcelles délaissées, en reprend d’autres en fermage et finit par créer son exploitation, en 2004. Il cultive aujourd’hui 5,50 hectares d’oliveraies dédiées essentiellement à la production d’huile, produit du fourrage sur 2,5 ha pour des élevages alentour, fait un peu de bois de chauffage et réalise de la prestation de travaux agricoles en parallèle.

Le projet d’une vie

“Ce ne sont pas les oliviers qui me font vivre aujourd’hui. Au contraire, j’y investis une partie de ce que je gagne par ailleurs. Les bonnes années, j’arrive à équilibrer, les olives amortissent les coûts de production et une partie du travail du salarié que j’emploie depuis trois ans sur mes différentes activités. Après, si on fait le calcul, avec tout l’investissement que ça demande depuis une quinzaine d’années, ça me coûte plus que cela ne me rapporte ! Mais c’est mon plaisir à moi. Il y en a qui vont au golf, d’autres qui s’offrent des voitures. Moi, je remets des vergers en état, je plante, je taille...”, s’amuse-t-il.

Au fil du temps, il a réhabilité de vieux vergers et replanté une partie des surfaces, en faisant le choix de variétés locales plutôt que celui de l’AOC : Belgentiéroise, autrefois très présente sur le secteur et aussi connue sous le nom de ‘pruneau de Cotignac’, Cayon, Pardiguier ou Aglandau s’épanouissent sur ses vergers conduits en agriculture biologique et certifiés depuis 2011, pour répondre à la demande des consommateurs. En 2006, il installe aussi la variété Boussarlu du Val. “On ne la trouve qu’ici, sur la commune du Val. Je n’en ai jamais vu ailleurs”, souligne Franck Trutalli. Le producteur a choisi cette variété peu commune pour son ancrage au terroir et ses qualités d’olive de table. “Elle est bien ronde, avec un petit pignon et beaucoup de chair. Elle a une bonne texture pour faire de l’olive noire de table. Et puis, c’est un bel arbre : pas très ramifié et un peu difficile à former au départ, mais puissant en végétation”, explique-t-il.

Il projette ainsi de se lancer dans la confiserie. Ce sera le grand chantier de l’année à venir : l’aménagement d’un local de transformation, qui servira aussi de point de vente. “Je fais déjà des tests à la maison et le résultat est prometteur. C’est un bon produit, ça change. Et puis cela me permettra de mieux valoriser une partie des olives, dans la mesure où le rapport est meilleur en olive de bouche qu’en huile”, prévoit-il.

Une récolte grevée par les aléas

Pour l’heure, il se concentre sur l’huile. Il apporte une petite part de ses olives à la coopérative oléicole du Val depuis peu, mais confie la trituration de 80 % de sa production à un moulin bien connu d’Aups. “Je travaille avec Gervasoni, quelqu’un qui connaît parfaitement son métier et en qui j’ai toute confiance”, précise l’oléiculteur. Expression du terroir et qualité du produit sont pour lui des fondamentaux incontournables. “Là où je suis, la récolte est relativement précoce. J’ai donc de petits rendements, mais j’ai une belle ardence, une bonne amertume et des arômes”, présente-t-il.

Il peut produire jusqu’à 1 000 litres les bonnes années. Mais les mauvaises années ne sont pas rares, et cette campagne 2020-2021 s’annonce d’ores et déjà bien légère. Si le recours à l’argile lui permet de maîtriser la pression constante de la mouche de l’olive, le gel a tapé dur au printemps. “On a eu du - 8°C le 26 mars. La hampe florale commençait à peine à sortir, j’ai eu beaucoup de dégâts. Et puis, il y a le manque d’eau qui devient récurrent”, déplore Franck Trutalli, qui table sur une perte de l’ordre de 70 %. “Si je fais 3 tonnes, ce sera le bout du monde. Il y a deux ans, j’en avais fait 13 !”, compare-t-il. Ses olives encore sur les arbres, la clientèle qui lui est fidèle a déjà passé commande. “La vente n’est pas un problème, mais pour vendre, il faut produire et c’est là que ça se complique”, commente-t-il.

Pour lui, la sécheresse a notamment un impact certain, bien que difficilement mesurable, sur la récolte, et l’eau est une préoccupation majeure. Il espère d’ailleurs avec impatience que le réseau du Canal de Provence arrive un jour jusque sur le territoire. “On n’a pas le canal ici, et je n’ai pas de forage. J’apporte de l’eau avec la citerne, mais ça ne suffit pas... et puis c’est pagnolesque ! Si les sécheresses que l’on connaît ces dernières années continuent, ça risque d’être fatidique. L’olivier ne demande pas beaucoup d’eau, mais il faut que ce soit au bon moment. Du coup, tous les ans, on paye la sécheresse de l’année précédente, parce que l’arbre se met en dormance quand il manque d’eau. Il ne fait pas de nouvelle pousse et il n’y a pas d’olive. On ne va pas se mettre à faire du maïs parce qu’on aura l’irrigation. On sait trop combien l’eau est précieuse. Mais, quand c’est fait avec le bon sens paysan, c’est essentiel pour le végétal et pour la régularité de la production”, défend Franck Trutalli.

Le sol, objet de toutes les attentions

En attendant, pour pallier autant que possible à cette problématique, il por-te une attention toute particulière à la vie et à la structure de ses sols. Ses vergers sont enherbés naturellement, il apporte de la matière organique en quantité, et ne travaille la terre que superficiellement. Membre d’un groupe de progrès oléicole du réseau Dephy, il se nourrit des échanges avec d’autres producteurs, pour améliorer toujours ses pratiques. “Quand on fait ce métier, on est souvent un peu isolé, on a la tête dans le guidon. Alors, c’est bien de pouvoir se rencontrer et partager nos expériences”, apprécie-t-il.

Il poursuit ainsi son “bonhomme de chemin”, heureux de voir ses projets prendre forme les uns après les autres. “Cela fait quinze ans que je construis tout ça dans ma tête, mais il faut du temps pour défricher, planter, former les arbres... C’est toujours triste de voir des vergers à l’abandon, car ça fait partie de notre patrimoine. Alors, quand je suis dans mes vergers et que je vois les arbres que j’ai planté tout petits porter leurs fruits, ça fait vraiment plaisir”, confie-t-il. 

Gabrielle Lantes

 

Contact :

Franck Trutalli

19 rue Nationale, 83143 Le Val.

Tél. : 06 30 81 09 08

Vente sur rendez-vous.


Franck Trutalli a fait le choix de variétés locales, dont la peu commune Boussarlu du Val, réputée pour ses qualités d’olive de table. © GL

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