Gel : ça a tapé fort et partout

Publié le 20 avril 2021

Première filière du département, la viticulture est aussi la plus largement touchée, malgré les efforts des vignerons qui ont eu recours au brûlage. © DR

Plus tardif, plus intense, plus étendu que celui du printemps dernier, l’épisode de gel massif de ce mois d’avril a frappé l’ensemble du département du Var à des degrés divers. La Chambre d’agriculture a activé sa cellule de crise.

Le thermomètre est descendu jusqu’à - 9,4°C sur Ginasservis dans les nuits du 6 au 8 avril. C’est dans le Centre et le Haut-Var que le gel a frappé avec le plus d’intensité, mais le littoral n’a pas été épargné. Face à l’ampleur du sinistre, la Chambre d’agriculture du Var a réactivé sa cellule de crise, et procède au recensement des exploitations touchées. “Au moins 66 communes sont concernées. Nous avons déjà beaucoup de viticulteurs déclarés, ainsi que des maraîchers, des arboriculteurs et quelques producteurs de pivoines”, indique François Drouzy, directeur adjoint de l’organisme consulaire. Sur le terrain, les techniciens de la Chambre sont mobilisés pour participer à l’état des lieux et conseiller les producteurs.

Pour l’heure, hors viticulture, une trentaine de maraîchers et d’arboriculteurs a pu être recensée, mais le chiffre est provisoire. “Les producteurs sont très pris à cette période de l’année et n’ont pas forcément le réflexe de se signaler. Mais on a des retours d’un peu partout, et les dégâts varient d’un secteur et d’une culture à l’autre”, précise Julie Hars, responsable d’équipe ‘maraîchage et arboriculture’ à la Chambre.

Des dégâts variables en maraîchage et arboriculture

À La Roquebrussanne, Pierre Venel a enregistré jusqu’à - 6°C sur son exploitation. Il a pu sauver tomates, courgettes et aubergines sous abri, grâce à une double couverture plastique. À l’extérieur, le dispositif a aussi permis de sauver fèves et petits pois, mais ses productions fruitières sont perdues. “Sur les arbres fruitiers, on peut utiliser l’aspersion, mais à - 6°C, la glace finit par faire casser les branches. J’en ai fait l’expérience et j’ai abandonné le système”, explique l’agriculteur. Abricotiers, pommiers, pêchers ne donneront rien cette année. Les bourgeons de ses oliviers ont aussi gelé. Sans compter les gariguettes, dont les fleurs ont été grillées malgré les protections. “Même les feuilles des chênes blancs ont gelé. C’est la première fois que je vois un truc pareil. Au-delà des cultures, il y a un impact inquiétant sur la biodiversité. Avec la chaleur des derniers jours, il y avait beaucoup d’insectes et là, il n’y a plus rien. On se croirait en plein hiver”, souligne Pierre Venel. Frappé par le gel pour la deuxième année consécutive, il va essayer de planter davantage de melons et pastèques, pour compenser partiellement la perte de chiffre d’affaires et satisfaire la demande de fruits de la clientèle qu’il fournit en paniers.

Chez Hervé Caturegli, à Hyères, ce sont les pommes de terre qui ont surtout été touchées. “Il a fait entre 0°C et - 1°C, de 3 heures du matin à 9 h 30. J’ai essayé l’aspersion, mais sans efficacité. J’espère qu’elles vont redémarrer, mais ce ne sera plus des primeurs et le rendement sera impacté”, témoigne-t-il. Pourtant sous chenillettes, ses melons ont jauni mais devraient repartir. Les artichauts ont aussi “été brusqués”, précise le maraîcher.

Du côté de l’AOP Figue de Solliès, le Syndicat d’appellation estime que 20 % du parcellaire est touché. “On est sur un gel assez similaire à celui de l’an dernier sur les secteurs les plus froids de Cuers, de la vallée de Sauvebonne et de Beaulieu sur Solliès-Pont. Mais il intervient 15 jours plus tard. L’année dernière, les conséquences avaient finalement été assez limitées, avec une récolte plus tardive. Il faut voir maintenant comment vont réagir les arbres après deux années de gel coup sur coup”, explique Cyril Kointz, animateur qualiticien de l’ODG.

Première filière du département, la viticulture est aussi la plus largement touchée, malgré les efforts des vignerons qui ont eu recours au brûlage. “Il est encore trop tôt pour apprécier les dégâts, dont les estimations sont très variables. Mais le gel a frappé un peu partout. Ça avait débourré dans la plupart des secteurs, y compris tardifs. Et avec le beau temps de la semaine précédente, ça avait bien poussé”, observe Marine Balue, responsable du service cultures pérennes à la Chambre d’agriculture. Le recensement en cours compte déjà 250 viticulteurs impactés, et ce n’est pas fini. Ils étaient 230 lors du gel de mars 2020.

“Nous avons 60 à 70 % des vignes qui ont été touchées à des intensités différentes. La température est descendue entre - 3°C et - 6°C ponctuellement. On va suivre l’état sanitaire et espérer que ça reparte au mieux. On comptera les points à la fin du match, au moment des vendanges”, témoigne Olivier Ode, directeur des Vignerons du Plan de la Tour. La cave avait déjà perdu 30 % de sa récolte l’an dernier à cause du gel.

Le vignoble très largement touché

À Carcès, il a fait jusqu’à - 8°C. “Même les vignes taillées tard avaient vite poussé, avec l’épisode de chaleur de mars. Il y a surtout du dégât sur grenache et syrah. On attend de voir ce que vont donner les bourgeons qui n’étaient pas encore sortis, ainsi que les bourgeons secondaires”, note Frédéric Ambard, vigneron coopérateur de la commune et élu de la Chambre d’agriculture. “J’ai une parcelle de cinsault que j’avais laissée en taille longue, et ça semble avoir pas mal marché. Mais ce n’est qu’un hectare sur les 18 de l’exploitation. J’ai aussi une parcelle où 80 % des bourgeons étaient sortis, et 95 % ont grillé”, ajoute le viticulteur.

Sur le territoire de l’AOC Bandol, “on ne s’en sort pas trop mal comparé à d’autres secteurs”, estime Cédric Gravier, président de l’Association des Vignerons de Bandol. “On a finalement peu de dégâts en zone d’appellation. Ce sont les parcelles de bas-fonds les plus froides en vins de pays qui ont surtout été touchées”, précise-t-il.

Sur l’AOC Coteaux d’Aix-en-Provence, la situation apparaît assez disparate. “L’ensemble du vignoble est concerné, mais le bord de mer semble plus touché encore que l’intérieur. Le pourtour de l’étang de Berre est un des secteurs les plus ravagés. Sur la partie varoise, les températures ont été basses, mais la vigne était moins avancée”, explique Didier Pauriol, président de l’appellation.

En AOC Coteaux Varois en Provence, “il n’y a pas un secteur qui a été épargné”, note Thomas Giroud, directeur de l’ODG. “En moyenne, on est sur du - 6°C, mais c’est descendu jusqu’à - 8°C. Dans notre malheur, la chance que l’on a eue c’est que c’était très sec. Mais ça pose de vraies questions sur les moyens techniques de conduite qui permettent d’atténuer ce genre de sinistre, car on voit qu’à ces températures, le réchauffement de l’atmosphère a ses limites. Et on suit avec attention et vigilance ce qui va être mis en place par les pouvoirs publics, au-delà des mécanismes classiques”, souligne-t-il.

“Excepté sur l’extrême littoral du côté de La Londe, la quasi-totalité de l’aire de l’appellation est touchée”, relève Éric Pastorino pour l’AOC Côtes de Provence. L’étendue de ce gel est encore plus importante qu’au printemps dernier, et les températures sont descendues plus bas. “Les techniciens de l’ODG vont visiter les différents secteurs pour mesurer les dégâts avec précisions, mais ça va faire une petite récolte”, lâche le président du Syndicat des Côtes de Provence. “On pourrait croire qu’un bien triste sort s’acharne sur nous après le gel de l’an dernier et le Covid. Le moral est bas chez les vignerons. On navigue toujours à vue, et les petites récoltes se succèdent alors que l’on continue à faire faire face aux charges fixes. Mais on a la notion de résilience inscrite dans nos gènes, et on va continuer à aller de l’avant”, poursuit-il.

“C’est catastrophique pour les IGP du Var comme pour l’ensemble de l’économie viticole du département. Ça fait deux années de gel consécutives, alors qu’on est déjà sur le schéma compliqué du Covid. Les vignerons n’avaient vraiment pas besoin de ça, mais on se relèvera”, commente enfin Éric Paul, président du Syndicat des Vignerons du Var. “On voit bien les effets du changement climatiques sur la fréquence et l’intensité des aléas. Il faut absolument que l’on repense l’assurance récolte, pour qu’elle soit la plus large et la plus partagée possible”, conclut-il, alors que les pertes de récolte en viticulture ne sont pas éligibles au fonds des calamités agricoles. 

Gabrielle Lantes


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