Gel : manquait plus que ça...

Publié le 07 avril 2020

Par endroit, le gel a touché jusqu’aux bourgeons encore dans le coton.

Le gel de printemps a frappé fort sur le département du Var. Le phénomène climatique est un coup d’autant plus rude qu’aléas et actualités se cumulent, et perturbent sérieusement l’activité des exploitations.

De nombreux départements du Sud-Est ont été touchés par le gel entre le 24 et le 26 mars, et le Var ne fait pas exception. Cet épisode restera sans nul doute dans les annales, tant par son ampleur que par son intensité. “Dans la nuit du 24 au 25 mars, puis celle du 25 au 26, les températures sont descendues jusqu’à - 7°C dans le centre du département, et - 4°C sur le littoral”, note Marine Balue, responsable du service ‘cultures pérennes et environnement’ de la Chambre d’agriculture du Var.

S’il n’est, pour l’heure, pas possible de mesurer finement les dégâts, la vigne a été particulièrement touchée sur l’ensemble du département, à des degrés variables en fonction des secteurs et des cépages. Dans une moindre mesure, arbres fruitiers et cultures maraîchères sont aussi ponctuellement impactés.

Une étendue et une intensité inédites

La Chambre d’agriculture a déjà recensé plus d’une centaine d’exploitations viticoles concernées. “C’est encore très difficile d’estimer les dégâts, mais c’est catastrophique pour les vignerons. Par endroit, le gel a touché jusqu’aux bourgeons encore dans le coton. On avait eu du - 6°C en avril 1991, mais sur des durées plus courtes. Cette fois les températures sont restées négatives pendant de longues heures”, s’inquiète Éric Paul, vigneron coopérateur à Montfort, et président du Syndicat des vignerons du Var.

Les secteurs les plus touchés sont le Centre Var (Vidauban, Les Mayons, Le-Cannet-des-Maures), le Haut Pays (Cotignac, Lorgues, Entrecasteaux), le plateau karstique, avec Flassans, Besse, et Cabasse). Ont été aussi fortement impactés : les Maures intérieurs, le Golfe de Saint-Tropez (La Mole, Plan de La Tour) et le bassin du Beausset (La Cadière d’Azur, Le Castellet). On note des dégâts plus localisés également sur la Sainte-Victoire (Puyloubier, Pourcieux), ainsi que sur les secteurs de Pierrefeu et La Londe. Le secteur des Coteaux Varois est également fortement touché (plateau de La Roquebrussanne, Seillons)”, indique l’AGPV*, Association générale de la production viticole du Var, dans un communiqué.

Au regard de l’état d’avancement de la végétation dans nombre de secteurs, les dégâts s’annoncent conséquents. “Les zones et les cépages les plus précoces sont particulièrement touchés, les stades phénologiques étant avancés. Mais il faut attendre de voir ce qui va repartir, pour avoir une idée plus précise des pertes”, souligne Marine Balue. “Le grenache semble être le cépage le plus impacté, ainsi que le vermentino et le chardonnay pour les cépages blancs”, note l’AGPV.

Des conséquences qui s’annoncent importantes en viticulture

Chez les Vignerons du Plan de la Tour, l’heure est aux premières constatations. “Dans les quartiers les plus bas en plaine, tout a gelé. On travaille à un inventaire précis, cépage par cépage. Mais à vue de nez c’est 70 à 80 % de notre vignoble qui est impacté”, expose Olivier Ode, directeur de la cave coopérative. “Cela a été une vraie gelée noire. À 3 heures du matin, les toitures des maisons étaient blanches à 5 ou 8 mètres de hauteur. La masse d’air froid était colossale. Toute la nuit les coopérateurs ont brûlé des ballots de paille. Ils se sont battus jusqu’au bout, mais à - 4°C, il n’y a rien à faire”, témoigne-t-il.

La cave a investi dans l’ingénierie et les équipements anti-grêle, mais “contre le gel aujourd’hui, il n’existe rien pour protéger des surfaces aussi étendues. On ne peut pas faire voler des hélicoptères sur 200 hectares de vignes !”, déplore-t-il. En matière de récolte, les Vignerons du Plan de la Tour devront attendre les prochaines semaines pour y voir plus clair, mais “on pourra être content si on fait la moitié de la récolte”, estime Olivier Ode. “Cela va être très difficile. Il va falloir tout de même alimenter les marchés, parce que la nature a horreur du vide. C’est plus de dix ans de travail et d’investissements pour se faire une place commercialement. On va être obligé de faire des choix”, poursuit-il.

Après le Brexit, la taxe américaine, le Covid-19, ce nouvel aléa va être dur à encaisser. “On cumule à peu près tout ce qu’il est possible”, relève Henri Gaussen, vigneron retraité du Château La Noblesse, domaine familial de La-Cadière-d’Azur. “L’an dernier, le domaine a fait sa plus petite récolte depuis mes débuts, en 1959, à cause de la sécheresse. Puis, il y a eu les problèmes avec les Américains, et nous subissons l’annulation de tous nos salons et l’absence de clientèle au caveau du fait du coronavirus. Maintenant le gel. Cela fait beaucoup de problèmes”, égrène-t-il.

Les difficultés se multiplient pour les entreprises et l’ensemble de la filière. Anticipant des disponibilités limitées, après déjà trois faibles récoltes, Éric Lambert, président de l’AGPV estime que “les efforts entrepris par les vignerons, ainsi que les investissements consacrés à la montée en gamme (des) produits – dans le respect de la préservation de l’environnement pour devenir la référence en rosé – ne sauraient être remis en cause”. La profession compte donc sur les banques, les assurances et l’administration, pour accompagner les vignerons dans cette période particulièrement difficile. “J’espère que l’on va être aidé. Il va aussi falloir que l’ensemble des opérateurs se retrouvent pour porter une réflexion sur l’avenir, et peut-être sur l’évolution des règles de production, pour nous permettre de faire mieux face aux aléas. Au-delà de la concurrence sur les marchés, nous sommes tous unis sous la bannière Provence, une marque qui rayonne désormais à travers le monde, avec une obligation de fournir pour garder ses positions”, défend pour sa part Olivier Ode.

Maraîchage et arboriculture également touchés

Dans une moindre mesure que sur le vignoble, le coup de gel de ce mois de mars a aussi touché ponctuellement arboriculture fruitière et maraîchage dans le Centre et le Haut Var, en Dracénie, ou encore sur les secteurs de Hyères et Roquebrune. Les premières remontées de terrain font état de dégâts variables sur pommes, figues, agrumes, pêches, pommes de terre, courgettes, ou encore asperges. Du côté de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, les pommiers et pê-
chers de Clément Spalemi sont touchés. “Sur nos deux hectares de pommiers, on a à peu près 80 % de gelés. Pour protéger la production, on arrose par aspersion pour maintenir les fleurs à 0°C. Mais on a eu un problème, suite au changement de notre borne du Canal de Provence. On n’aura que quelques pommes. On a bien gelé aussi sur pêchers, mais il en reste un petit peu. Et il y a du noir aussi sur abricot”, constate-t-il. Heureusement ses productions maraîchères sous serre étaient bien protégées, et le reste n’est pas encore planté. “C’est passé juste”, souffle-t-il. Mais la production de pommes, environ dix tonnes l’an dernier, va manquer dans le magasin de vente directe tenu par ses parents et sa sœur.

Sur le bassin de production de l’AOP Figue de Solliès, Cyril Kointz, animateur qualiticien du syndicat de l’appellation, se veut rassurant. “Sur figuier, on a pris le gel sur les premiers bourgeons, sortis après les dernières chaleurs. Mais on n’était pas trop en avance sur la saison et, normalement, d’autres devraient sortir. La récolte va être un peu retardée, et le décalage se fera sans doute au détriment des calibres, surtout sur les premiers fruits. Mais en termes de perte de récolte, c’est trop tôt pour évaluer, et nous ne sommes pas alarmistes”, commente-t-il. Sur oliviers, excepté de façon localisée, la situation ne génère, à ce stade, pas d’inquiétude particulière. Mais il faudra attendre la floraison pour évaluer les conséquences du gel.

La Chambre d’agriculture poursuit le recensement de tous les producteurs impactés. Une cellule de crise et une adresse mail dédiée (crise@var.
chambagri.fr) a été créée, pour leur permettre de se signaler et de faire remonter les difficultés rencontrées.

Si les pertes de récoltes dues au gel sont assurables en viticulture et ne relèvent donc pas du dispositif des calamités agricoles, les productions maraîchères et arboricoles peuvent y être éligibles. Confinement oblige, les équipes de la Chambre et de la DDTM ne pourront mener la mission d’enquête habituelle dans ces cas-là. Quelques visites seront organisées, dans la mesure du possible, mais les agriculteurs sont invités à prendre des photos géolocalisées des dégâts, et à informer leurs mairies, afin qu’elle réalise un signalement auprès de la Préfecture. Toutes les recommandations administratives et techniques nécessaires sont disponibles sur le site internet de la Chambre d’agriculture du Var. 

Gabrielle Lantes

* L’AGPV regroupe les syndicats d’AOC Côtes de Provence et Coteaux varois en Provence, d’IGP viticole, et vin sans IG ainsi que les Fédérations départementales des caves coopératives et des Vignerons indépendants du Var.


Le Cirame a mis en place sur son site internet des cartes interactives qui permettent de faire apparaître une carte du gel en fonction de seuil de sensibilité, de 0°C à - 5°C : http://www.agrometeo.fr/partenaires/paca/gel_mars_2020/25mars.html#.

ViticultureGel aléa climatique dégâts