Groupama Méditerranée : le mutualisme reprend tout son sens

Publié le 30 juin 2020

Jean-Pierre Constant a été renouvelé dans ses fonctions de président de Groupama Méditerranée, le 12 juin, pour un nouveau mandat de deux ans.

Jean-Pierre Constant, président de Groupama Méditerranée, a été renouvelé dans ses fonctions vendredi 12 juin, pour un nouveau mandat de deux ans. Optimiste invétéré, il veut voir dans la crise sanitaire, économique et agricole actuelle les raisons de croire en un avenir meilleur, porté par “les valeurs mutualistes qui sont le moteur de Groupama Méditerranée, et qui ont été remises en lumière ces dernières semaines”.

Quelles ont été les priorités de votre présidence ces deux dernières années ?
Jean-Pierre Constant : “Elles sont au nombre de trois : le dossier de l’assurance récolte, l’immobilier et le suivi de la crise sanitaire. L’assurance récolte est essentielle pour Groupama Méditerranée, qui compte plus de la moitié des vignerons français sur son territoire. La culture, globalement bien assurée, est aujourd’hui fragilisée, que ce soit en cave coopérative ou particulière. La perspective de la création d’un pool de réassureurs, avec l’État en réassurance, est une bonne nouvelle pour toute l’agriculture française. Cela devrait permettre de consolider les mécanismes d’assurance agricole. Avec le changement climatique et les risques inhérents – et même si nos valeurs sont celles du mutualisme et que l’on accepte de perdre de l’argent sur cette branche, avec une sinistralité en augmentation –, on se doit d’être présent, pour les vignerons, mais aussi toutes les filières agricoles aujourd’hui malmenées.”

Qu’est-ce qui a donc changé pour qu’enfin les choses bougent sur ce dossier ?

J.-P.C. : “Ces trois dernières années, tout s’est accéléré avec une sécheresse croissante au nord, les inondations de la vallée de la Seine, en 2016 ou 2019. Mais on a aussi eu un tremblement de terre en Ardèche et un orage de grêle terrible en Drôme-Ardèche au mois de juin. Pendant la crise du Covid-19, des présidents de fédérations départementales et régionales de Groupama s’alarmaient plus de la sécheresse que de la maladie. Dans le Nord-Est, certains agriculteurs arrosent déjà depuis deux mois. L’évolution de l’outil assurance récolte est vitale, car face à l’ampleur de ces risques climatiques, Groupama ne peut plus assurer seul la ‘Ferme France’. Mais je reste confiant, les évolutions récentes semblent devoir aboutir, et nous attendons les annonces du ministre de l’Agriculture, d’ici la mi-juillet.”

Selon vous, le Covid-19 a-t-il mis en lumière d’autres faiblesses ou forces du monde agricole ?

J.-P.C. : “Assurément, et quand je dis cela, je pense en priorité à la montée en puissance des circuits courts. Mais ce monde agricole a été secoué dangereusement par le Covid-19, qui a aussi été révélateur, pour les citoyens, de valeurs essentielles. Mais on est passé sur le fil, même si l’agriculture française a tenu. J’espère que cette prise de conscience va persister, et que les mots entendus ne seront pas, demain, vides de sens. Que cette souveraineté alimentaire prônée se traduise par des actes concrets sur l’assurance récolte, dans les négociations sur la Pac et, surtout, que ces mots amèneront à des actes renforçant la protection et la souveraineté de nos agriculteurs français, en particulier sur les grands contrats comme le Mercosur, sur lesquels on est sans doute allé un peu trop vite.”

Vous mettez l’immobilier au centre de vos priorités.

J.-P.C. : “L’immobilier est au confluent de l’innovation à mes yeux. En tant que groupe mutualiste, nous n’avons pas d’actionnaires à rémunérer en fin d’année, et le placement immobilier a toujours été un élément important. Mais, depuis quelques années, il n’a pas eu l’entretien qu’il méritait. En ce sens, les trois chantiers d’Aix, de Montpellier et même de Perpignan, ont valeur d’excellence pour Groupama Méditerranée, notamment en termes de neutralité carbone ou énergétique, pour le confort d’accueil de nos sociétaires, ou de travail de nos équipes. Mais il faut reconnaître que nous n’avons pas fini de travailler le sujet, car la crise sanitaire et la montée en puissance du télétravail rebattent un peu les cartes. Le bâtiment à énergie positive d’Aix devrait être inauguré au second semestre ; les travaux du site de Montpellier ont été mis à l’arrêt en raison du retard des élections municipales ; et ceux de Perpignan, sur lequel il y a un projet social et solidaire, viennent de commencer.”

En quoi le Covid-19 a-t-il modifié l’approche que Groupama Méditerranée avait du terrain et de ses sociétaires ?

J.-P.C. : “Les grèves de décembre à Paris ont été terribles pour les travailleurs, il était impossible de se déplacer. Le groupe a donc testé un protocole de télétravail qui a été fort utile quand il a fallu le déployer en province, avec le confinement : nous avons gagné en temps et en efficacité. Depuis le déconfinement, toutes les agences ont rouvert, progressivement. Mais ce temps a été mis à profit par nos équipes, moins mobilisées par la baisse de sinistralité. Nous avons ainsi réalisé plus de 150 000 appels de courtoisie, pour savoir comment cela se passait. Cela nous a aussi permis d’affiner notre plan d’actions et de soutien avec, par exemple, le remboursement de deux mois de cotisation d’assurance sur les tracteurs, ou le paiement sans faille des pertes d’exploitation. Au niveau du groupe, ces assurances pertes d’exploitation, sur les contrats qui le prévoyaient, représentent d’ailleurs 60 millions d’euros, dont 12 M€ pour Groupama Méditerranée. »

Dans quelle situation se trouve, selon vous, l’agriculture régionale ?

J.-P.C. : “La photographie est variable selon le secteur d’activité. Les circuits courts sortent gagnants, reste à voir si le consommateur va poursuivre. En revanche, nous sommes très inquiets pour les entreprises qui ont misé sur les circuits café-hôtel-restaurant. Nous les avons clairement identifiées, et suivant la répartition de leur portefeuille clients, les dégâts sont plus ou moins importants en fonction de la part du circuit CHR. La sortie de la crise sanitaire, et l’entrée dans la crise économique que l’on nous annonce, vont nous obliger à être particulièrement attentifs aux diverses situations.”

Et comment comptez-vous faire cela ?

J.-P.C. : “En mettant en avant tout ce que l’on a fait et l’on sait faire. Les citoyens sont encore sur la réserve et le déconfinement est progressif, mais certains ont redécouvert les valeurs mutualistes qui nous caractérisent et qui prennent tout leur sens dans ces périodes difficiles. Par exemple, nous avons arrêté la marque ‘Amaguiz’ en la réintégrant dans l’offre assurantielle de Groupama. Nous avons laissé le choix aux clients de poursuivre entièrement de manière dématérialisée ou, bien au contraire, de se rattacher à la caisse locale, avec des attachés clientèle physique. 90 % ont adhéré à la caisse locale, preuve que l’humain a du sens. Plus généralement, nous allons être attentifs aux secteurs fragiles, en ciblant nos interventions, car certains ont plus besoin que d’autres d’être soutenus, notamment les CHR et la viticulture, mais aussi les exploitations qui se sont retrouvées avec leur pic de production au début du confinement, et qui ont vu leurs marchés se fermer d’un coup ; je pense, entre autres, au secteur maraîcher autour d’Avignon et de Perpignan, et aux fleuristes, dans le Var et les Alpes-Maritimes.” n

Propos recueillis par Céline Zambujo


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