Horticulture : Continuer à avancer pour ne pas tomber

Publié le 26 janvier 2021

Dans le Var, une enquête – menée par la Chambre d’agriculture lors du premier confinement auprès de la filière – estime à quelque 4,3 M€ les pertes à la production. © G. Lantes

Particulièrement impactée par le premier confinement, l’horticulture varoise reste en attente du dispositif d’aides exceptionnel promis par l’État. Sur les exploitations, les producteurs continuent de travailler, malgré les incertitudes, en espérant des jours meilleurs.

En mars dernier, le confinement avait mis un coup d’arrêt brutal à la commercialisation des produits horticoles. Rien que dans le Var, une enquête menée par la Chambre d’agriculture auprès de la filière estime à quelque 4,3 millions d’euros les pertes à la production. En juin, pour répondre à la situation, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture d’alors, promettait une enveloppe nationale de 25 millions d’euros pour soutenir l’horticulture, contrainte de détruire une partie de la production restée invendue à cause de la fermeture des points de vente. En novembre, après s’être accordé sur les modalités de mise en œuvre de cette aide exceptionnelle avec la filière, le ministère confirmait la mise en place du dispositif, afin d’indemniser les pertes de chiffre d’affaires subies entre le 15 mars et le 15 mai 2020. Et depuis... les producteurs sont dans l’attente. Le dispositif devrait finalement être ouvert d’ici le 15 février par FranceAgriMer.

“On ne peut que déplorer que ces aides ne soient toujours pas arrivées. Cela va faire un an et les entreprises n’ont toujours rien vu venir. C’est scandaleux”, tempête Michel Gueirard, président de la Sica Marché aux fleurs de Hyères.

Résister malgré les difficultés

“Heureusement, on a pu bénéficier des prêts garantis par l’État et des aides de la Région Sud, qui a entendu les problématiques et les besoins de la filière en modifiant le seuil d’éligibilité à 30 % de perte du chiffre d’affaires”, souligne Philippe Vaché, président du Syndicat agricole et horticole de Hyères.

Pour Jean-Marc Borgetto, représentant du Syndicat horticole du Var, les mesures ouvertes, si elles ont le mérite d’exister, restent insuffisantes. “On peut comprendre qu’il faille aider les plus fragilisés en priorité. Le problème, c’est que certains d’entre nous – qui ont mal vécu ce premier confinement comme tout le monde – n’ont pas encore assez perdu pour être aidés, selon les critères établis. Moi, par exemple, j’ai perdu 25 % de mon chiffre d’affaires et 25 % de 200 000 euros, ce n’est pas rien. Mais je ne rentre pas dans les cases”, regrette-t-il. “On peut comprendre que des mesures sanitaires soient prises pour empêcher ce fichu virus de se répandre. Mais il ne faut pas oublier que, derrière, il y a toute une économie qui est mise à sac, et des entreprises qui se retrouvent en difficulté. On n’a certes pas de compétence en santé publique, mais quand on considère que les fleuristes ont été fermés, alors que des centaines de gens s’agglutinent dans les grands magasins, on se dit qu’on se moque de nous. Nous, on veut vivre de notre métier”, poursuit-il.

Bon an mal an, l’horticulture varoise résiste pourtant et veut aller de l’avant. Sur la Sica Marché aux fleurs de Hyères, l’export a tiré les ventes au déconfinement. “Aujourd’hui, en matière de commerce, le marché national tourne ; l’export aussi, même si c’est fluctuant. Ce n’est pas évident : il faut se tenir au courant de ce qui se passe dans les différents pays, et être réactif. Le couvre-feu aura malgré tout un impact. Et puis, l’incertitude ambiante n’aide pas à avancer sereinement. Mais le Marché continuera à travailler pour vendre au mieux, quoi qu’il en soit”, indique son président, Michel Gueirard.

“Sur cette campagne, on ne s’en sort pas trop mal”, estime Jean-Claude Véga, président du Groupement de producteurs de fleurs coupées du Var, Phila-Flor. “Avec les mesures prises dans différents pays, l’import étranger a sans doute eu un peu de mal à entrer. Et puis, nous n’avons pas eu des productions énormes en raison du climat froid, surtout sur les productions méditerranéennes qui ont eu du mal à démarrer. Cela a aidé à maintenir les prix. À part certaines fleurs – comme le lys ou le strelitzia qui ont souffert –, les autres ne se sont pas mal vendues”, analyse-t-il.

Malgré l’habituelle torpeur hivernale d’après les fêtes, l’année n’a donc pas trop mal débuté. Mais l’avenir reste incertain et les perspectives limitées. “C’est difficile de se projeter, alors qu’on manque de visibilité. On s’interroge sur ce qui va se passer. Une des craintes, c’est d’avoir de grosses chaleurs après le froid, qui pourraient entraîner un afflux de production. On surveille aussi les pays du Nord de l’Europe, car on travaille pas mal là-haut à l’export. Cela pourrait donc être compliqué”, poursuit Jean-Claude Véga.

Y croire et aller de l’avant

Les inquiétudes sont multiples quant à l’évolution des mesures sanitaires. Mais les producteurs continuent à s’investir pleinement sur leurs exploitations, et préparent déjà le printemps. Les producteurs de pivoines précoces terminent, par exemple, de couvrir leurs cultures. À l’image de Jean-Marc Borgetto. “On est obligé d’aller de l’avant. J’ai mon fils qui prend la suite, et puis il y a aussi l’espoir que la campagne de vaccination puisse améliorer les choses”, explique-t-il.

“La plupart des producteurs font com-me d’habitude. Si on ne plante pas, si on ne met rien en production, on ne récolte pas. Et sans récolte, il n’y a pas d’argent qui rentre. La profession veut y croire et avancer. Charge après aux différentes structures professionnelles d’aller défendre les intérêts de la filière”, souligne Jean-Claude Véga.

“C’est très compliqué, car on manque de visibilité. Mais on a fait le choix de faire comme d’habitude. Dans nos structures, tout est planifié bien à l’avance”, confirme Philippe Vaché. Pour son entreprise de production de plantes en pot, la prise de risque est de plus de deux millions d’euros. “De toute façon, c’est vite vu. Le choix est limité : soit on arrête, on ferme tout ; soit on continue d’y croire, et on voit comment on résiste dans cet environnement de crise économique que l’on est en train de toucher du doigt. La grande chance de nos métiers, dans ces circonstances, c’est l’adaptabilité, même si c’est compliqué. Et puis il y a des jeunes derrière. Je crois qu’il faut trouver notre voie dans une société qui est peut-être plus consciente de ses fragilités”, commente le producteur.

Comme d’autres, il continue donc à investir. Chaque pot qui sort de son entreprise est aujourd’hui en plastique recyclé et recyclable, estampillé du logo ‘Fleurs de France’. La valorisation de l’origine et la traçabilité semblent prendre de l’importance. “On sent une adhésion croissante à la production locale. On s’efforce de répondre aux attentes, et on fonce. Si on n’avance pas on tombe. Si on arrête d’y croire, on est mort”, conclut Philippe Vaché.

Gabrielle Lantes

 


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