Hyères : Penser à l’avenir après les dégâts de la grêle

Publié le 05 septembre 2022

“Les indemnisations sont parfois versées avec un décalage d’un an : il nous faut des mesures d’urgence et des aides rapides,” a martelé la présidente de la Chambre d’agriculture du Var, Fabienne Joly. © J. Dukmedjian

Le préfet du Var, Evence Richard, était en visite, le 25 août dernier, dans plusieurs exploitations hyéroises fortement touchées par l’épisode de grêle des 17 et 18 août derniers.

Le ciel leur est littéralement tombé sur la tête : les grêlons et les fortes pluies qui se sont abattus sur Hyères, il y a deux semaines, ont laissé après leur passage un paysage de désolation dans de nombreuses exploitations. Cultures maraîchères, fleurs ou jeunes arbres, sous serres ou en plein champ : une soixantaine de professionnel(le)s, au minimum, ont vu des mois de travail réduits à néant. Et leurs outils de travail rendus inutilisables. C’est ce champ de ruines que le préfet du Var, Evence Richard, est venu constater de visu le 25 août dernier, à l’invitation de Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var. Cette dernière, accompagnée d’élus, de techniciens et de représentants des filières agricoles varoises a servi de guide au représentant de l’État, dans la visite de quatre exploitations particulièrement impactées. Horticulteurs, maraîchers, arboriculteurs et/ou pépiniéristes, ils partageaient tous la même amertume d’avoir tout perdu ou presque en quelques heures. Au Domaine du Moulin, les figuiers AOP Figue de Solliès laissaient deviner la violence des précipitations : les feuilles y ont été littéralement hachées menu. Idem pour les fruits, abîmés et invendables en l’état. Selon Bernard Simondi, qui dirige le Domaine du Moulin avec sa fille Valentine, 5 hectares sur les 20 en production (sous serres et en plein champ) que compte l’exploitation, sont détruits. Une estimation qui englobe les cultures maraîchères, près de 140 variétés. Un coup d’autant plus dur, que l’entreprise emploie 12 salariés à l’année et que si les serres sont assurées, la production de fruits et de légumes ne l’est pas. “La trésorerie, c’est le problème n°1 pour les agriculteurs”, a pointé, à juste titre, la présidente de la Chambre d’agriculture, s’adressant au préfet du Var. “Les indemnisations sont parfois versées avec un décalage d’un an :
il nous faut des mesures d’urgence et des aides rapides pour que les exploitants fassent la jonction et ne se retrouvent pas dans une situation critique vis-à-vis de leurs fournisseurs et des banques”
a martelé Fabienne Joly.

400 à 500 000 euros de préjudice 

Un constat que partage Patrick Brocard, propriétaire de la pépinière du même nom, une autre institution varoise. Sous la bonhomie naturelle du personnage et les plaisanteries, on devine l’amertume, au moment de montrer au représentant de l’État ses jeunes arbres fruitiers, pommiers ou cerisiers, endommagés par les grêlons. Ou ses serres chapelles, dont le sol est constellé de morceaux de verres. Il a été contraint de jeter la moitié des cultures sous abris et évalue ses pertes “entre 400 000 et 500 000 euros de préjudice”, pour le trimestre à venir. Seule consolation, il possède 5 000 m2 de serres à La Londe-les-
Maures, un territoire qui n’a pas été impacté par le passage des orages. Également implantés chemin du Palyvestre, en face de la pépinière Brocard, Thierry et Martine Boggetti sont eux aussi très émus. Ils sont en attente de la venue de l’entreprise chargée de sécuriser les toitures de leurs serres, autrement dit d’enlever les plaques de verre endommagées par la grêle et qui menacent de tomber. Deux de leurs serres, au sein desquelles sont cultivés des gerberas, prêts à être coupés et commercialisés, sont inaccessibles : l’une d’elles contient des fleurs plantées en 2021. Dans l’autre, des plants de cette année : “On attend maintenant de pouvoir nettoyer au plus vite, en espérant que la culture reparte,” explique, avec fatalisme, Thierry Boggetti, déjà victime de la mini-tornade qui avait frappé, en 2019, son exploitation, comme en témoigne les serres en bois, tordues à l’époque sous l’effet du vent.

Se projeter vers l’avenir 

Au-delà du simple constat des dégâts et d’une marque de solidarité, le préfet du Var était aussi attendu dans les exploitations concernées par les orages de grêle, afin d’y apporter des réponses et des solutions concrètes. Interrogé sur ce point, Evence Richard a indiqué qu’il allait réunir “la MSA, le ministère de l’Agriculture, les collectivités et les banques pour apporter une aide rapide face à l’urgence. Cette aide pourrait se traduire par des échelonnements de charges (impôts, cotisations sociales), un allègement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la mise en place d’aides à la trésorerie pour des exploitations qui ont des salariés, sous forme de mesures de chômage partiel”. Le représentant de l’État s’est également projeté vers l’avenir. “À plus long terme, nous devons réfléchir collectivement, afin d’adapter les pratiques agricoles au réchauffement climatique et à la répétition de phénomènes météorologiques comme celui que l’on vient de connaître”. Une ambition partagée par Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture, qui évoquait pour sa part la mise en place de fermes expérimentales, pour tenter d’atténuer les dégâts lors de catastrophes similaires, dans les années à venir. 

Julien Dukmedjian


OPA - Serv. publicsPréfecture du Var Evence Richard Hyères dégâts de grêle