Innovation et coopération pour accompagner la filière horticole

Publié le 03 novembre 2018

Philippe Courbon, président du Scradh, souligne la qualité des travaux menés par la station grâce aux compétences de l’équipe et au soutien des partenaires.

Les 17 et 18 octobre, les journées portes ouvertes du Scradh ont permis de présenter l’étendue des travaux menés au service de l’horticulture. Installée à Hyères, la station de l’institut Astredhor Méditerrannée multiplie les programmes de recherche appliquée et d’expérimentation pour répondre aux enjeux techniques, économiques et environnementaux qui se posent à la filière.

Elargissement de la gamme, techniques culturales, protection des plantes, diffusion des résultats en entreprises : le champ d’action du Scradh est vaste. Si la station concen­tre ses travaux sur la fleur coupée ornementale, feuillages décoratifs, pépinière, paysage et plus récemment fleurs comestibles font également l’objet de programmes de recherche importants. Pour la station, il s’agit de répondre aux impératifs et objectifs technico-économiques de la production, aux enjeux environnementaux ainsi qu’aux attente du marché. Depuis sa création en 1984, le Scradh est ainsi devenu un outil essentiel au service de la filière horticole. Aujourd’hui partie intégrante de l’Astredhor, l’institut technique de l’horticulture, la station est gérée par et pour les professionnels adhérents qui participent activement à son fonctionnement, tant au sein du conseil d’administration que des commissions spécialisées qui choisissent les thèmes d’expérimentation.

Et les sujets ne manquent pas ! Les visiteurs, venus lors des dernières journées portes ouvertes ont ainsi pu apprécier l’ampleur des travaux menés par le Scradh à l’occasion des conférences, ateliers et visites d’essais proposées par l’équipe de la station. “Avec le beau temps de septembre, on manque un peu de produits fleuris, mais on ne manque pas d’expérimentations. Nous pouvons être fiers du travail réalisé. La station est bien gérée et les essais sont florissants et bien menés !”, se réjouit Philippe Courbon, président du Scradh. Avant de saluer l’implication et le professionnalisme de l’équipe salariée emmenée par le directeur Laurent Ronco, ainsi que les nombreux partenaires qui soutiennent la station parmi lesquels la Ville de Hyères, l’agglomération Toulon Provence Méditerranée, le Département, la Région, l’Etat, l’Europe, mais aussi la Chambre d’agriculture du Var, la Sica Marché aux Fleurs de Hyères, le groupement de producteurs Phila Flor, Groupama Méditerranée et le Crédit agricole Provence Côte d’Azur.

Une dynamique de coopération

“Les budgets sont contraints, et les procédures de financement sont de plus en plus lourdes, notamment au niveau européen. La multiplicité des financements est donc indispensable, particulièrement au niveau de nos partenaires locaux, d’autant que 70 % de nos essais se font dans le cadre de programmes régionaux”, souligne Philippe Courbon.

Dans ce contexte, le Scradh s’emploie à renforcer les partenariats avec les différents acteurs de l’horticulture et du territoire, afin de porter une véritable démarche collective de filière. Une dynamique de coopération européenne a, entre autres, été engagée avec les programmes Interreg Marittimo Flore 3.0 et Is@m. Le premier rassemble huit partenaires, français et italiens, autour de l’objectif partagé de renforcer la compétitivité et la présence des entreprises sur les marchés. Dans ce but, le programme Flore 3.0 vise à développer des produits et processus de production innovants, créer un système de documentation technico-économique à destination des entreprises, en appui à la gestion entrepreneuriale et à l’orientation des marchés, et coordonner des actions commerciales et marketing pour renforcer la présence de l’offre méditerranéenne sur les marchés.

Is@m est aussi un programme européen qui réunit des acteurs professionnels du Var, de Corse, des Alpes-Maritimes, de Ligurie, Toscane et Sardaigne dans le but de développer des outils d’aide à la protection des plantes qui permettent de réduire l‘utilisation de produits chimiques sur les principales cultures d’intérêt de la zone de coopération transfrontalière. Le programme porte notamment sur la conception et l’évaluation de la plateforme informatique s@m.

S@m : un outil d’aide à la décision pour accompagner les producteurs

Outil informatisé de surveillance et de suivi des cultures, S@m est testé dans le Var sur pivoines et anémones/renon­cules au Scradh, mais aussi chez des producteurs engagés dans des grou­pes de progrès. L’outil permet de modéliser les plans de culture (surface, densité, variétés…), d’enregistrer les observations et les pratiques, et sur cette base de définir au mieux les interventions. “Au Scradh, nous conjuguons les exigences de la production et les contraintes de l’expérimentation. Chez les producteurs, cela permet de caractériser le contexte spécifique aux entreprises, et de mesurer l’efficacité des pratiques en fonction de ces spécificités”, explique Marie Madeleine Bazzano, technicienne du Scradh.

Pour la pivoine, les travaux s’appuient sur le GIEE piloté par le Scradh, en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Var, qui regroupe 11 entreprises de production du département. L’utilisation de l’OAD, est, dans ce cadre, particulièrement dédiée au suivi de la gestion de l’enherbement des cultures grâce à l’inventaire des adventices, leur catégorie, leur implantation et leur entretien.

En anémones et renoncules, S@m est utilisé chez dix producteurs du réseau Dephy Far, animé par le Scradh, dans le but d’optimiser les conditions de culture, et de mettre en place un système d’épidémio-surveillance pour favoriser la lutte biologique intégrée et les solutions alternatives aux produits chimiques (engrais, biostimulants, nourrissage des auxiliaires..). Les producteurs sont accompagnés par des techniciens qui font le tour des cultures tous les

15 jours, et consignent les observations réalisées. “Le suivi peut être compliqué, particulièrement en anémones et renoncules, en raison de la grande diversité des bioagresseurs, et de la difficulté à identifier les pathogènes. Il n’est pas toujours évident de distinguer les ravageurs des auxiliaires de culture, ou d’identifier telle ou telle maladie tellurique qui peut se ressembler”, souligne Marie Madeleine Bazzano. “Aller régulièrement à la rencontre du producteur est très important. Cela permet de construire le dialogue, et de raisonner les traitements en fonction des observations, d’être plus réactif et de cibler les interventions”, poursuit-elle. Les observations alimentent, par ailleurs, le bulletin de santé du végétal Paca qui apporte aux producteurs des informations quant à la pression phytosanitaire.

“Face aux contraintes économiques et environnementales de plus en plus fortes, ce type d’outil d’aide à la décision apparaît indispensable pour gérer la question phytosanitaire. Il est d’autant plus intéressant qu’il permet de former les horticulteurs à la reconnaissance des pathogènes, à l’épidémio-surveillance et qu’il est directement applicable en entreprise. C’est un outil moderne qui profite à tous, grâce au partage d’expérience. L’optimisation des outils et des techniques est essentielle à la production aujourd’hui”, conclut Philippe Courbon. n

Gabrielle Lantes


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