Innovations en série sur anémones et renoncules

Publié le 30 juin 2020

Un essai de rotation innovante avec le calla, aussi appelé Arum blanc, est en cours au Scradh. Objectif ? Optimiser le dispositif hors-sol de production d’anémones et renoncules.

Malgré le confinement, le Scradh n’a jamais cessé son activité. Les programmes d’expérimentation se sont poursuivis et la station horticole a pu à nouveau réunir ses adhérents, à l’occasion de la commission ‘anémone/renoncule’ qui s’est tenue le 17 juin.

Chaque année les commissions thématiques du Syndicat du centre régional d’application et de démonstration horticole (Scradh) sont l’occasion – pour les producteurs, techniciens et autres fournisseurs de la filière – de faire le point sur les essais en cours et de choisir, collectivement, les orientations à donner aux programmes. Confinement oblige, c’est en décalage avec le calendrier habituel que s’est déroulée la commission dédiée à la production d’anémones et renoncules.

Optimisation du dispositif hors-sol

Faute de pouvoir observer les fleurettes, les participants ont néanmoins pu visiter une des deux serres d’essais dévolues aux anémones et renoncules, où une rotation avec le calla, aussi appelé Arum blanc, est actuellement en place, sur une installation hors-sol en bacs mono-rang jumelés. “Avec la progression du passage hors-sol en anémone et renoncule, il s’agit d’optimiser le dispositif, qui reste inoccupé entre avril et juillet”, présente Michel Mallait, technicien de la Chambre d’agriculture en charge du suivi de l’expérimentation au Scradh.

Une production intercalaire permettrait en effet d’amortir plus rapidement l’investissement réalisé dans l’installation du hors-sol, de l’ordre de 20 €/m². “Cette rotation de calla est intéressante sur cette période, avec une performance théorique élevée. Cette espèce est en effet adaptée en termes de calendrier, mais aussi pour ce dispositif spécifique”, explique-t-il. “Trois contraintes demeurent : les besoins de connaissances du marché local pour le calla, les risques de dépérissement bactérien lié à Erwinia, et l’impossibilité de faire une solarisation, puisque la serre est occupée”, poursuit-il. Le Scradh mène donc en parallèle des essais de prophylaxie et doit, bien sûr, évaluer la rentabilité technico-économique de la rotation.

Bio filtration lente : un outil à maîtriser

Le passage massif des cultures d’anémones et renoncules en hors-sol vient aussi poser la question de la désinfection et du recyclage des solutions nutritives. “Depuis 2014, le législateur et la filière partagent une volonté forte d’avancer sur ce sujet”, souligne Laurent Ronco, directeur du Scradh. Depuis l’an dernier, un système de bio filtration lente est donc à l’étude, dans le cadre d’un partenariat avec le groupement de producteurs Phila-Flor, le fournisseur MAH et le laboratoire Agro Diagnostic.

La première année de test a permis d’observer le fonctionnement du dispositif. Elle met, d’une part, en évidence la nécessité de rééquilibrer les apports nutritifs, en fonction de ce que les plantes consomment ; et, d’autre part, la nécessité de gérer finement les taux de drainage et la ré-oxygénation de l’eau. “Il nous faut apprendre à maîtriser l’outil et à adapter notre système de conduite. On est donc en train de bifurquer d’un essai thématique sanitaire, vers des problématiques pratiques complexes”, explique Michel Mallait.

Renoncule : travailler sur le calendrier pour répondre au marché

Un autre volet des essais porte sur la préparation thermique des griffes de renoncules. L’objectif est d’avancer l’of-fre, de valoriser des variétés tardives, et de gérer des plantations en série. “Des travaux, déjà menés par le passé à l’Inra de Fréjus, ont montré que le traitement accélère l’entrée en production. L’échelonnement des plantations permet, par ailleurs, de réguler l’offre pour répondre à la demande du marché”, détaille Michel Mallait. Le Scradh teste donc, depuis deux ans, une méthode de préparation des griffes qui allie pré-germination et traitement au froid, sur une durée globale de 24 jours. Les essais de production ont été conduits sur neuf variétés différentes. Les résultats viennent confirmer l’effet sur la précocité de la plupart d’entre elles en début de campagne.

Toutefois, l’équipe du Scradh note des variabilités de précocité et de productivité cumulée parfois importantes en fonction des variétés, du climat et de l’historique des lots. Pour Laurent Ronco, directeur du Scradh, la technicité que réclame la pratique doit, par ailleurs, poser la question de sa réalisation en entreprise. Alors que les essais se poursuivent, il conviendra donc de mener une réflexion, pour définir si la manipulation peut être assurée par les producteurs de manière individuelle, ou s’il serait pertinent de mettre en place une solution commune à l’échelle de la filière.

Continuer à innover

Des tests d’éclairage d’assimilation avec LED ont, par ailleurs, été mis en place sur la base de travaux réalisés entre 2010 et 2015, avec des lampes à vapeur de sodium. Les premiers résultats ne montrant pas de gain significatif de rendement ou de qualité, et considérant le coût de l’éclairage LED, les équipes de la station et les producteurs s’interrogent sur l’effet du rayonnement et la pertinence à continuer l’essai.

Au niveau sanitaire, le Scradh s’attache à développer des systèmes innovants de protection biologique intégrée, qui combinent les outils, pour limiter les interventions chimiques, sur anémones et renoncules, comme sur ses autres productions. Le Scradh étudie notamment différents produits biostimulants. Sur la dernière campagne, la station a par ailleurs déployé, dans une entreprise adhérente, un essai de flash d’UV-C comme stimulateur de défense de la renoncule, contre l’oïdium. L’expérimentation découle des travaux menés en lien avec l’Institut français de la vigne et du vin, sur vigne et rosier, et sera poursuivie lors de la prochaine campagne. 

Gabrielle Lantes

 


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