Inondations : le ministre de l'Agriculture au chevet des agriculteurs sinistrés

Publié le 18 décembre 2019

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a rencontré élus, représentants agricoles et agriculteurs sinistrés, à Roquebrune-sur-Argens, lundi 9 décembre.

En déplacement dans le Var et les Alpes-Maritimes, Didier Guillaume a rencontré des exploitants agricoles sinistrés et désabusés par les inondations à répétition. S’ils ont le sentiment d’avoir été écoutés, le discours ministériel est jugé décevant.

Il était très attendu, il est venu, mais n’a pas vraiment convaincu. Arrivé dans la matinée du 9 décembre à Roquebrune-sur-Argens, Didier Guil-laume est venu “apporter le soutien de l’État” aux agriculteurs sinistrés. Responsables agricoles du département et de la région, élus locaux, mais surtout maraîchers, horticulteurs et viticulteurs du territoire étaient venus nombreux à sa rencontre. Sur une parcelle de l’exploitation maraîchère de Philippe Auda, le ministre a entendu la détresse et l’exaspération des professionnels, qui essuient cette année la neuvième inondation en neuf ans.

“Aujourd’hui, je n’ai plus d’activité, je suis ruiné, mes comptes sont dans le rouge. J’ai dû annuler mes commandes de plants maraîchers jusqu’en février”, expose Philippe Auda, face au ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Son exploitation s’étend six hectares de plein air en agriculture biologique, six autres en conversion, et trois hectares de serres, qu’il comptait également passer en bio l’an prochain. Aujourd’hui, sa seule priorité est que les assurances jouent le jeu, pour pouvoir relancer ses cultures au plus vite.

“L’État sera présent”

“Il y a d’importantes pertes de fonds, des grosses pertes de récolte, sans compter les marchés perdus. Et c’est récurrent. Entre l’artificialisation des sols et le dérèglement climatique, on sait que ça va se reproduire”, souligne Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var, en plaidant pour un statut d’agriculteur sur-inondé. “Le besoin de trésorerie est un vrai sujet. Au-delà des calamités agricoles, l’État sera présent”, assure Didier Guillaume, en promettant des mesures fiscales et des reports de charges sociales. Mais la profession attend désormais une aide sonnante et trébuchante. Selon les premières estimations de la MSA Provence Azur, un million d’euros serait nécessaire au titre de l’accompagnement économique des exploitations sinistrées du Var et des Alpes-Maritimes, et 200 000 € supplémentaires au titre de l’accompagnement social des sinistrés ressortissants du régime agricole.

Dans la plaine de l’Argens, les agriculteurs attendent aussi, depuis les inondations de 2010, que des travaux d’envergure soient réalisés sur le fleuve, pour limiter les phénomènes de crue de plus en plus destructeurs. Ils dénoncent, à ce chapitre, les lenteurs et les lourdeurs des procédures administratives du Papi (Programme d’actions de prévention des inondations), en même temps que le poids des contraintes environnementales, qui limitent drastiquement les opérations d’entretien et d’aménagement.

DIG et commission départementale des Papi

En réponse, le préfet, Jean-Luc Videlaine, annonce la constitution d’une commission départementale d’ici la fin de l’année ; cette dernière devra régulièrement réunir les maîtres d’ouvrage porteurs des Papi à l’œuvre dans le Var, et les différents services de l’État concernés, afin de faire le point sur l’avancement des dossiers. La préfecture doit aussi valider une Déclaration d’intérêt générale (DIG) pour l’ensemble de la plaine de l’Argens, de sorte que la collectivité puisse se substituer aux propriétaires, afin de réaliser des travaux d’urgence permettant de rétablir le libre écoulement de l’eau dans le fleuve. Pour ce qui est des propriétaires, la DDTM appliquera aussi un principe de tolérance, pour les opérations d’urgence de remise en état de berges et de réparation de brèches à l’identique, sans déclaration préalable.

Après Roquebrune, le convoi ministériel a rejoint la maison des Vins des Côtes de Provence, aux Arcs-sur-Argens, où Didier Guillaume a présidé une séance de travail avec les représentants des organisations professionnelles agricoles. La réunion a été l’occasion de revenir sur la problématique des inondations, mais aussi d’aborder différents sujets tels que l’inadaptation du système des calamités agricoles, le foncier, le statut et les rôles de l’agriculture sur les territoires. À l’issue des échanges, le ministre a insisté sur l’enjeu de l’artificialisation des sols. “Pour nourrir nos concitoyens, il faut des terres de bonne qualité et de l’agriculture sur ces terres, pas des logements. C’est dans ce sens qu’il faut avancer en bonne intelligence”, défend Didier Guillaume.

“Le discours est intéressant, mais c’est du concret que l’on veut”, commente Isabelle Bouvier pour la Confédération paysanne, alors que Max Bauer, représentant la Coordination rurale affiche “une grande déception”. “Des paroles, on en a entendu beaucoup. Maintenant, il faut des actes. On attend donc de voir”, conclut Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA.

Gabrielle Lantes


Chez les frères Dalmasso à Fréjus, la première production de citrons est perdue, et les arbres menacés par le développement de maladies.

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