Intempéries : coup sur coup

Publié le 11 décembre 2019

Plus de 130 exploitations ont été recensées par la Chambre d’agriculture, et 200 sont potentiellement impactées sur le département.

En l’espace d’une semaine, les terribles intempéries de fin novembre et début décembre ont durement frappé le département. Réunie le 3 décembre à Vidauban, la cellule de crise de la Chambre d’agriculture du Var fait face à l’urgence, mais réclame aussi des solutions durables.

“Nous nous retrouvons à devoir gérer deux inondations en quelques jours, et cette cellule de crise est la première d’une longue série”, annonce Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var. “Nous sommes décidés à prendre le taureau par les cornes, pour qu’enfin des solutions soient trouvées, car la situation est intolérable”, poursuit-elle.

Dans un premier temps, la priorité est d’identifier et d’accompagner au mieux les exploitations sinistrées. Plus de 130 exploitations ont été recensées par la Chambre d’agriculture, et près de 200 sont potentiellement impactées sur le département. Si viticulteurs et éleveurs sont majoritaires en nombre, maraîchers, horticulteurs et pépiniéristes subissent d’importants dégâts. Quelques céréaliers du Haut-Var sont aussi impactés. Arboriculture et apiculture ne sont pas épargnées. “Une grande partie du département est concernée. Les dégâts les plus importants sont sur le secteur Roquebrune/ Puget/ Fréjus, mais aussi sur la zone de Hyères et la Dracénie”, indique Julie Hars, responsable d’équipe maraîchage et horticulture à la Chambre d’agriculture du Var.

Recensement et mesures d’urgence

Destruction de cultures, perte de matériels, dégâts sur les serres et tunnels, pans de terre emportés par les eaux, accès dévastés, clôtures et palissages arrachés ou endommagés, parcelles souillées… Les préjudices sont divers et nombreux. Et “ce n’est qu’un bilan provisoire”, souligne Sébastien Perrin : “Sur les exploitations, les gens parent au plus pressé et ont autre chose à faire que de la paperasse pour le moment”, précise le secrétaire général de la chambre consulaire. “Beaucoup de petits agriculteurs, avec de petits dégâts, ne se manifestent pas forcément”, alerte aussi Isabelle Bouvier, de la Confédération Paysanne. “Personne ne doit être laissé sur le bas-côté”, rassure Fabienne Joly. Les conseillers de la Chambre d’agriculture doivent se déployer sur le terrain, pour affiner le recensement et apporter leur expertise aux sinistrés. D’autant, insiste Sébastien Perrin, que “le recensement est la base du travail à réaliser, mais aussi la base des discussions avec les autorités”.

Chambre d’agriculture et syndicats organisent la solidarité. Des chantiers de nettoyage et de remise en état sont programmés au fur et à mesure, pour aider ceux qui le peuvent à redémarrer au plus vite. Une cagnotte solidaire est ouverte sur le site leetchi.com, et l’Association pour aider les sinistrés de l’agriculture, Apasa, a sollicité les services de l’État pour obtenir une défiscalisation des dons, dans ces circonstances particulières.

De son côté, la MSA Provence Azur intervient auprès des salariés et non-salariés, en cas de perte matérielle à titre personnel. Une aide sociale de 1?500?euros peut être versée. Les exploitants peuvent, par ailleurs, solliciter un échelonnement des cotisations. Une enveloppe d’urgence, dont le montant est défini à l’échelle nationale, pourra participer à des prises en charges partielles, dans la limite des minimis.

En lien avec la Chambre d’agriculture, la DDTM va, d’autre part, lancer la procédure de reconnaissance de calamité agricole. Ce système d’indemnisation partiel reste toutefois très insuffisant pour la profession qui attend “de vraies mesures”.

Et après ?

“Il faut assurer la viabilité des entreprises agricoles. L’agriculture doit cesser d’être mise à la marge, déconsidérée, mal traitée”, martèle la présidente de la Chambre, Fabienne Joly. “Il y a eu beaucoup de promesses en 2010. Depuis, les PAPI (Plans d’action et de prévention des inondations, lire ci-contre) se noient dans les méandres administratifs et les études environnementales ; les financements sont bloqués ; les élus se battent entre eux sur les zones d’expansion de crue, que chacun préfèrerait voir sur la commune voisine. Ça continue de bétonner et ce sont encore et toujours les agriculteurs qui trinquent ! Ça suffit !”, fustige Sylvain Audemard, vice-président de la Chambre et secrétaire général de la FDSEA 83.

Gestion de l’occupation des sols, urbanisation, entretien et aménagement des fossés et des cours d’eau, assurances, pollutions charriées par les eaux jusque dans les terres agricoles… Les problématiques sont multiples. “Nous avons besoin de travailler main dans la main, avec les élus locaux et les services de l’État, sur ces zones à risque. Il faut être clair : soit les politiques ne veulent plus d’agriculteurs sur ces secteurs ; soit, comme nous en sommes convaincus, le maintien de l’agriculture est une nécessité, et il faut travailler à la sécurisation des personnes, des biens, de l’outil de travail, et des revenus sur ces exploitations qui, on le sait seront de nouveau inondées”, défend Fabienne Joly.

 Gabrielle Lantes


La Chambre d’agriculture a réuni sa cellule de crise le 3 décembre à Vidauban.

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