Irrigation : la Provence Verte et le Canal de Provence s’engagent en faveur de l’agriculture

Publié le 30 octobre 2020

Le 22 octobre, à Brignoles, les différents acteurs impliqués sur le dossier se sont réunis autour des présidents de la Société du canal de Provence et de la Provence Verte, à l’occasion de la signature de la convention venue formaliser le partenariat

La communauté d’agglomération de la Provence Verte et la Société du canal de Provence nouent un partenariat inédit, en vue de la réalisation de futures opérations d’aménagement hydraulique à dominante agricole.

Le nouveau partenariat, noué entre la Société du canal de Provence et un EPCI, “est une grande première et l’aboutissement de longues années de discussions, d’écoute et de partage”, applaudit le président de la Société du canal de Provence (SCP) et conseiller régional, Philippe Vitel, à l’occasion de la signature de la convention organisée le 22 octobre à Brignoles.

Celle-ci marque en effet une nouvelle étape, près de trois ans après l’engagement pris par la SCP, la Chambre d’agriculture du Var et les ODG viticoles des IGP Var, de l’AOC Côtes de Provence, pour soutenir et co-construire le développement du réseau d’irrigation. “La Région, en tant que concessionnaire du Canal de Provence, a demandé à la SCP d’élaborer un plan d’aménagement sur 20 ans, qui s’élève à plus de 600 millions d’euros. 250 millions d’euros concernent le Var pour l’aménagement de 16 000 hectares”, rappelle Philippe Vitel.

 

Un projet de territoire structurant

En Provence Verte, dont une partie de la surface agricole est irriguée, il est question d’amener l’eau sur 5 000 ha supplémentaires pour 20 M€, cofinancés par la SCP, la Région Sud, la collectivité et la profession agricole. Une participation financière du Département est, en revanche, finalement exclue. “Malheureusement, n’ayant plus la compétence agriculture depuis la loi NOTRe, notre champ d’intervention est restreint. Mais le Département consacre 30 millions d’euros d’aides aux communes et EPCI, et nous restons mobilisés en soutien logistique”, explique la conseillère départementale, Marie Rucinski.

De son côté, la communauté d’agglomération Provence Verte devrait contribuer à hauteur de 15 % de l’investissement. D’ores et déjà, pour commencer, l’intercommunalité s’est engagée sur une enveloppe de 1,5 M€ sur trois ans. Un investissement incontournable pour le président de l’EPCI. “Sans eau, pas d’agriculture. Et sans agriculture, pas de Provence Verte !”, lance ainsi Didier Brémond. “Sur notre territoire, l’agriculture, et surtout la viticulture, représentent pas moins de 450 emplois indirects”, souligne le maire de Brignoles. “Ce projet va permettre à l’agriculture d’être plus compétitive, mais aussi de se diversifier, en lien avec le Projet alimentaire territorial, qui vise à rendre notre Provence verte plus autonome. Et, au-delà de l’agriculture, cette volonté d’étendre le réseau hydraulique structurant va participer à la sécurisation de l’accès à l’eau pour tous les usages domestiques ou économiques. Cela répond aussi à l’enjeu de défense contre les incendies”, ajoute Éric Audibert, maire de Montfort-sur-Argens, et vice-président de l’agglo délégué à l’agriculture.

Alors que de plus en plus de cultures ont soif, l’irrigation apparaît incontournable pour l’avenir de l’agriculture. “Face à l’augmentation des températures, de la fréquence et de l’intensité des sécheresses, l’agriculture varoise doit pouvoir anticiper les effets du changement climatiques. C’est un des enjeux majeurs de notre génération”, insiste Philippe Vitel. “Sans eau, il n’y a pas de maîtrise de la qualité des productions, ni de la quantité et donc pas de pérennité possible. C’est vrai pour le maraîchage, c’est aussi vrai aujourd’hui pour la vigne, comme pour le blé dur, les oliviers, les amandiers ou la figue AOP de Solliès. C’est important pour nombre de filières à haute valeur ajoutée”, poursuit le président de la SCP. “Cette convention de partenariat avec la communauté d’agglomération est une étape primordiale pour le maintien de l’activité agricole, mais aussi de la préservation de ressources locales fragiles”, défend encore Philippe Vitel, en plaidant pour une gestion cohérente et complémentaire des eaux de surfaces et des eaux souterraines.

 

Les agriculteurs comme moteur

En plus de définir les modalités de mise en œuvre du projet, le partenariat implique différents acteurs du développement territorial à la gouvernance du projet, à commencer par le monde agricole. Ce travail en commun fera d’ailleurs prochainement l’objet d’une nouvelle convention entre la Chambre d’agriculture du Var et la SCP. Les ODG et les fédérations de métiers viticoles, mais aussi la DDTM, le Syndicat mixte de l’Argens et l’Agence de l’eau seront également associés à la démarche.

“Ce dossier irrigation date de longues années. Mon prédécesseur, André Paul, et l’ancien président de la Chambre d’agriculture, Claude Bonnet, y travaillaient déjà. Si nous faisons aujourd’hui une avancée historique, c’est parce que les viticulteurs se sont engagés fortement”, souligne Éric Audibert. Pour la SCP comme la communauté d’agglomération, l’adhésion de la profession est évidemment un indispensable moteur.

Pour Éric Lambert, président de l’AOC Coteaux Varois en Provence, l’extension du réseau est une nécessité. “Nous sommes au cœur du secteur de l’appellation. L’eau traverse notre aire de production, mais il y a plusieurs ramifications à développer sur Rougiers, Ollières, Saint-Maximin, Seillons, Brue-Auriac. Certains travaux ont déjà commencé, et ça peut être relativement rapide”, indique-t-il.

“Le travail – initié en 2017 avec la convention entre les ODG et la SCP – se concrétise aujourd’hui sur un territoire qui accélère, et c’est une très bonne nouvelle pour les vignerons qui veulent avancer. Cela va dans le sens de ce que tout le monde recherche : consommer local, responsable et sain. La vigne a besoin d’un petit apport d’eau de temps en temps, et nous avons aujourd’hui les outils pour amener juste ce qui est nécessaire”, commente Éric Paul, président du Syndicat des vignerons du Var. “L’engagement de l’agglomération est un pas important vers une irrigation raisonnée et maîtrisée. On répond ainsi à une forte demande des vignerons, mais pas que”, soutient Laurent Rougon, président des Vignerons coopérateurs du Var.

“On voit aujourd’hui la dynamique qu’il y a autour de l’agriculture et de la ruralité, notamment ici en Provence Verte, avec l’implication des maires du territoire”, apprécie la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Joly, qui souhaite “travailler dans un esprit renforcé de coopération avec la SCP, mais aussi avoir une réflexion globale à l’échelle du département”.

Gabr­ielle Lantes­