Jeunes agriculteurs du Var : rester mobilisé malgré tout

Publié le 13 juillet 2021

Le président de JA 83 (au c.), Rémi Gautier, vice-président, Valentine Simondi, secrétaire générale (à d.), Sylvain Audemard, vice-président de la Chambre et président de la FDSEA 83, et Bernard de Boisgelin, maire de St-Martin-de-Pallières. © GL

Réunis en assemblée générale le 24 juin, à Saint-Martin-de-Pallières, les Jeunes agriculteurs du Var ont fait le point sur une année 2020 compliquée et sur les dossiers syndicaux en cours.

L’assemblée générale des Jeunes agriculteurs du Var a dû être reportée plusieurs fois avant de pouvoir finalement se tenir, le 24 juin dernier. Le rendez-vous a été l’occasion de tourner la page d’une année 2020 difficile, marquée par les aléas climatiques et la crise sanitaire. “On a eu droit au gel, à la grêle, il y a aussi eu la pandémie de Covid-19 qui a mis en difficulté certaines filières, en particulier l’horticulture. De nombreux moments de convivialité – qui sont la force de notre syndicat – ont dû être annulés. Cela nous a obligés à travailler différemment, à distance. Du coup, on a vu que, dans le département du Var, alors qu’on n’a déjà pas d’eau partout, on n’a pas non plus internet partout“, retrace Baptiste Gutierrez.

Le président de JA 83 note pour autant de “bons côtés : l’agriculture a été remise en avant, avec un intérêt renouvelé de la population pour le consommer local. Drives fermiers et livraisons se sont développés. Cela nous a aussi permis de recréer une nouvelle dynamique entre les syndicats et organisations agricoles, pour travailler et agir ensemble“, souligne-t-il.

Promotion, solidarité et mobilisation

2020 n’a toutefois pas été une année blanche pour JA. “Malgré tout, on a continué à faire tout ce que l’on a pu, pour défendre nos métiers et notre agriculture varoise“, indique baptiste Gutierrez. Le syndicat s’est ainsi attaché à promouvoir l’agriculture locale autant que possible, notamment avec l’organisation de la journée ‘Rose de Provence’, ou encore avec la ‘Cuvée des JA’, qui met en lumière chaque année les vins du département. Les jeunes agriculteurs participent aussi tous les ans à la semaine du goût, en allant présenter produits et métiers de l’agriculture aux scolaires. Et si le ‘Forum installation transmission’, organisé aux côtés de la Chambre d’agriculture, n’a pas pu avoir lieu l’an dernier au mois de novembre, comme prévu, une édition dématérialisée a pu se tenir au printemps 2021.

Sur le terrain de la solidarité, JA 83 s’est mobilisé au lendemain de la tempête Alex qui a meurtri les vallées des Alpes-Maritimes. De nombreuses infrastructures d’élevage ayant notamment été détruites, le syndicat départemental a répondu à l’appel au don de foin de son homologue du 06. En partenariat avec un centre équestre des Arcs-sur-Argens, deux convois de foin ont ainsi pu être acheminés jusqu’aux éleveurs sinistrés.

Au volet syndical, le syndicat des Jeunes agriculteurs est évidemment resté mobilisé sur les nombreux dossiers agricoles à l’œuvre dans le département, à commencer par l’installation et le renouvellement des générations, mais aussi la formation, la gestion des risques, l’environnement ou l’agribashing. JA 83 s’implique notamment sur le Plan de reconquête agricole, porté par la Chambre d’agriculture, qui se heurte aux contraintes des zonages environnementaux, parmi lesquels le Plan national pour la protection de la tortue d’Hermann. “Malheureusement, ça fait trois ans que le comité pilotage tortue n’a pas été réuni, trois ans qu’on patauge sur le sujet. Mais, depuis peu, deux dossiers expérimentaux de défrichement sont en cours“, indique sur le sujet Sylvain Audemard, vice-président de la Chambre d’agriculture du Var et président du syndicat aîné de la FDSEA 83.

Avec l’été, c’est la question de l’accueil des gens du voyage qui se repose, comme chaque année à la même période : un jeune éleveur de La Môle a ainsi vu l’un de ses champs envahi récemment dans le Golfe de Saint-Tropez. “L’herbe, elle est rare, et elle est chère dans le Var. Mais comme le schéma d’accueil des gens du voyage n’a jamais été révisé depuis 2012, que les trois quarts des intercommunalités ne sont pas à jour, et que le préfet ne fait rien, c’est tous les ans la même chose. Sur ce dossier, que ce soit par nos élus ou les représentants de l’État, on est pris pour des C... !“, s’agacent les JA.

Focus sur le pastoralisme

Ce 24 juin à Saint-Martin-de-Pallières, sur les terres d’élevage de la communauté de commune Provence Verdon, le pastoralisme était au centre des échanges. Accueillis par la ferme laitière des Jovents, les Jeunes agriculteurs varois ont fait le point sur les différentes initiatives et problématiques du département : du vitipastoralisme à l’abattage, en passant par la prédation. “Ces questions sont essentielles pour tous les jeunes qui veulent s’installer en élevage, et il y en a de plus en plus“, souligne Rémi Gautier, vice-président du syndicat.

JA soutient notamment le projet d’abattoir initié par l’association des éleveurs de la Provence verte et la Chambre d’agriculture. “Les planètes semblent finalement alignées sur ce dossier. Il y a les financements, les volontés politiques, il ne faut pas rater le train, il faut aujourd’hui trouver le site le mieux approprié“, signale Sylvain Audemard à ce chapitre. “Aujourd’hui, nous sommes 45 éleveurs mobilisés, soutenus par la Cham-
bre et l’ensemble des syndicats, qui poussent. Plusieurs communes sont aussi motivées. C’est un dossier structurant qui doit mobiliser toute la profession, éleveurs ou autres. Nous aurons aussi besoin de faire de la pédagogie auprès de la population, car c’est un sujet qui reste très sensible
“, ajoute Nicolas Dreyer, coprésident de l’association d’éleveurs qui porte le projet.

JA 83 milite, d’autre part, pour l’encadrement du développement de centrales photovoltaïques adaptées au pâturage. “Il faut que les câbles soient protégés et que les panneaux solaires soient suffisamment hauts, pour que les bêtes puissent passer. Des contrats doivent pouvoir être mis en place avec les éleveurs qui ont besoin de cette ressource alimentaire. C’est un enjeu d’autant plus important que beaucoup de projets existent dans notre département, le plus ensoleillé de France, et que les troupeaux sont protégés du loup dans ces espaces fermés“, défend Arnaud Brémond, éleveur ovin et bovin et secrétaire général adjoint de JA 83.

Le loup est bien sûr une autre préoccupation majeure de l’élevage extensif pratiqué dans le département. “Nous, le loup, on n’en a pas voulu. On veut des brebis et des éleveurs. Les professionnels ne veulent pas vivre des aides et des indemnisations de leurs pertes, ils veulent vivre de leur travail“, plaide Baptiste Gutierrez. Avant de conclure : “Entre urbanisation et zonages environnementaux, entre loup et patou, on se retrouve entre le marteau et l’enclume. Et finalement, ce sont les jeunes agriculteurs qui vont devenir une espèce menacée. Alors il faut continuer à se mobiliser“.

Gabrielle Lantes

 

 


OPA - Serv. publicsSyndicalismeJeunes agriculteurs du Var Baptiste Gutierrez assemblée générale mobilisation