L’agriculture varoise mobilisée pour recycler plus et mieux

Publié le 26 janvier 2021

Les distributeurs ont la possibilité d’organiser des collectes ponctuelles ou continues. La profession agricole plaide pour des collectes continues. © DR

Face aux performances insuffisantes du département en matière de collecte et de recyclage des déchets inertes issus des exploitations, la profession agricole travaille à dynamiser localement la filière de valorisation.

Organisme à but non lucratif, A.D.I Valor rassemble agriculteurs, distributeurs et industriels engagés pour la valorisation des déchets inertes de l’agro-fourniture. La structure a été créée en 2001 au niveau national, sur la base du volontariat et de la responsabilité partagée. Les déchets d’exploitation agricole ne relevant pas du service public de gestion des déchets, les agriculteurs sont – selon le Code l’environnement et en tant que producteur ou détenteur de déchets professionnels – responsables de la gestion de ces derniers, jusqu’à leur élimination ou valorisation finale. A.D.I. Valor vise à répondre à cette obligation légale. Actuellement, une vingtaine de types de déchets sont triés, collectés et traités en flux séparés, des équipements de protection individuelle aux Produits phytopharmaceutiques non utilisables (PPNU), en passant par les Emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP), les produits d’hygiène de cave, les bigs bags et sacs plastiques, les sacs en papier, les ficelles et filets, ou encore les films plastiques agricoles usagés.

Avec plus de 80 000 tonnes d’emballages et plastiques annuellement collectés et recyclés à plus de 90 %, et plus de 11 000 t de produits phytosanitaires non utilisés éliminés depuis 2002, l’agriculture française peut aujourd’hui s’enorgueillir d’être une des plus performantes d’Europe en matière de gestion de ses déchets.

Dans le Var, les résultats n’apparaissent pourtant pas assez satisfaisants. Si la collecte de PPNU est en progression, on peut noter que le taux de collecte des EVPP n’atteint que 40 % dans le département, quand le taux moyen de collecte des EVPP en France est de 80 %. Le comité de pilotage départemental – qui réunit chaque année fournisseurs et représentants des agriculteurs – est venu, fin 2020, mettre l’accent sur les freins à lever pour améliorer les performances.

Pour Sylvain Audemard, président de la FDSEA 83 et vice-président de la Chambre d’agriculture, la mobilisation accrue des acteurs est essentielle. “Pour que cela fonctionne, il faut que tout le monde joue le jeu, et la profession agricole attend davantage d’implication des fournisseurs. D’un côté, les agriculteurs sont légalement tenus de ne pas jeter n’importe quoi, n’importe où, et payent une éco-contribution pour financer la collecte et le recyclage. De l’autre, il faut donc leur apporter les solutions appropriées, même si la démarche est volontaire”, défend-il.

Des freins à lever pour gagner en efficacité

La profession agricole souhaite, par ailleurs, que la collecte d’EVPP soit facilitée, afin d’augmenter les taux de collecte. Mises en place par les distributeurs, les collectes peuvent être continues ou ponctuelles. Les agriculteurs sont clairement en faveur des collectes continues leur permettant d’apporter leurs déchets tout au long de l’année. Les collectes ponctuelles, généralement organisées une fois par an sur plusieurs semaines, sont en effet jugées trop contraignantes, tant par leur durée limitée que par la nécessité de stockage qu’elles impliquent sur les exploitations. “Les règles d’apport sont déjà compliquées, les emballages doivent être lavés, séchés et ensachés sans bouchon, par lot. Il faut que les agriculteurs puissent apporter leurs emballages de façon continue pour gagner en efficacité”, plaide Sylvain Audemard. Mieux, les agriculteurs souhaiteraient que des tournées de collecte puissent être organisées par les fournisseurs.

Chez le groupe Bergon, des collectes continues ont été mises en place pour les EVPP et les EPI sur différents dépôts de l’entreprise. La collecte de PPNU et d’emballages d’engrais se fait, elle, sur rendez-vous. L’enlèvement des PPNU est possible contre rétribution, avec devis préalable. “Nous avons mis en place des collectes continues sur certains flux, parce que l’on sait que c’est plus pratique pour les agriculteurs. Participer à la démarche de valorisation d’A.D.I. Valor est une évidence pour Bergon. En tant que distributeur agréé de produits phytopharmaceutiques, nous avons une responsabilité à assumer”, expose Nicolas Martel, directeur commercial de Bergon, avant de souligner le caractère partagé de cette responsabilité : “La démarche s’appuie sur les engagements de chacun : l’agriculteur doit respecter les consignes de collecte et amener les déchets concernés chez le distributeur ; le distributeur est tenu d’organiser la collecte dans les règles, et de fournir à l’agriculteur un justificatif ; enfin, A.D.I.Valor récupère les déchets collectés et organise leur traitement et leur valorisation”, rappelle-t-il.

Le distributeur reçoit, en contrepartie, un soutien financier d’A.D.I.Valor, en fonction du tonnage collecté. “Une contribution minime”, juge Nicolas Martel. “La collecte nécessite de l’espace, un équipement adapté, du temps et de la formation pour nos magasiniers. Tout cela a un coût, et ce que nous percevons ne suffit pas à couvrir les frais engagés”, témoigne-t-il. Des collectes systématiques, directement chez les détenteurs, lui paraissent donc hors de portée. “C’est grâce aux efforts partagés de la profession agricole et de la distribution que notre filière est une des mieux organisée en matière de gestion des déchets”, soutient-il.

Pour les représentants agricoles, il est finalement indispensable de renforcer l’information et la communication sur le traitement des déchets inertes issus des exploitations agricoles, les différents flux et les règles de collecte. “Il y a encore trop de méconnaissance. Les agriculteurs trient leurs déchets, font face à des obligations légales et des contraintes réglementaires multiples, et cherchent toujours à s’améliorer. Il est donc important de pouvoir les informer clairement de ce qui est fait et de ce qu’il convient de faire”, souligne Sylvain Audemard. 

La Chambre d’agriculture prévoit notamment de communiquer sur les différents flux de déchets inertes et les règles d’apport. Les formations au Certiphyto apparaissent, par ailleurs, comme un vecteur efficace de diffusion des supports de communication d’A.D.I.Valor.

Gabrielle Lantes


Collecte de déchets recyclage A.D.I. Valor