L’IGP Var appelle ses adhérents à produire plus

Publié le 25 avril 2022

L’assemblée générale du Syndicat des vignerons du Var s’est déroulée mardi 12 avril, en présence de Jérôme Despey, président du conseil vin de FranceAgriMer. © J. Dukmedjian

Les adhérents du Syndicat des vignerons du Var étaient réunis mardi dernier, lors de l’assemblée générale de la structure. L’occasion pour Éric Paul, son président, de revenir notamment sur les problématiques de production et de changement climatique.

“Entre les restrictions sanitaires en tout genre et les aléas climatiques majeurs qui ont pesé sur la récolte 2020, notre activité aura été fortement impactée.“ Le président du Syndicat des vignerons du Var a rappelé, dès le début de son rapport d’activité, le contexte morose qui a marqué l’année écoulée, avec deux épisodes de gel touchant près de 250 exploitations viticoles sur 71 communes du département, soit 3 500 hectares concernés au total. “Même si elle reste faible avec 268 000 hectolitres, la récolte 2020 a néanmoins permis d’approvisionner les marchés“, a estimé Éric Paul. Les volumes d’IGP Var rosé vendus en vrac sont, en revanche, en forte baisse (-40 %) avec 37 370 hl commercialisés. Des chiffres qui s’expliquent “par la faiblesse des stocks disponibles“, résultat de trois années de récoltes peu abondantes : “La dernière qu’on peut qualifier de ‘quantitativement normale‘, soit plus de 300 000 hectolitres d’IGP Var produits, remonte à 2016“, note ainsi Éric Paul.

Ce dernier s’est en revanche agacé de la hausse des volumes de vins IGP Méditerranée produits dans le département, lors de la campagne 2020-2021, “La moitié des 58 000 hectolitres IGP Méditerranée commercialisables proviennent de changement de dénomination“, a-t-il rappelé. “Autrement dit, ces volumes ont été préalablement revendiqués en IGP Var puis ‘transformés‘ en IGP Méditerranée“, s’alarme Éric Paul, avant d’ironiser : “Le terme ‘Méditerranée’ serait-il plus vendeur ? On peut légitimement s’interroger“. Une décision d’autant plus incompréhensible, pour le président du Syndicat des vignerons du Var, que le prix moyen constaté est de 97,81 euros/hl pour le rosé IGP Méditerranée, contre 127,40 €/hl pour celui du Var.

Développer le potentiel de production

La qualité moindre des vins IGP Var produit lors de la campagne 2020-2021 a également été relevée par Éric Paul. Plus de 14 500 hl ont ainsi été “épinglés“ pour des manquements mineurs, et 3 600 hl ont quant à eux été jugés non conformes à l’issue de 26 séances de dégustation organisées par le syndicat. “Ces chiffres ne sont pas inquiétants dans l’absolu“, tempère Éric Paul, “mais ils signifient tout de même que 5 % de nos vins – un chiffre jamais atteint depuis la création des IGP – n’étaient pas conformes aux attentes qualitatives du marché“. Il s’est néanmoins félicité du système de contrôle systématique de tous les lots d’IGP Var, “qui joue pleinement son rôle d’assurance qualité en permettant de retirer du marché les lots les moins qualificatifs“ et permet de maintenir les cours “à des niveaux relativement rémunérateurs“. Ce dernier a par ailleurs rappelé que la pérennisation de l’IGP passe par le maintien, voire le développement, du potentiel de production. Une ambition qui s’est traduite par une demande de contingent de 130 ha pour 2021. En dépit du fait que seulement 121 ha ont été réellement utilisés, le syndicat a souhaité maintenir une demande équivalente pour cette année. “Le maintien de notre potentiel de production doit être notre priorité“, a martelé Éric Paul, rappelant qu’en dix ans, le potentiel IGP dans le Var a régressé de 500 ha et se situe désormais à 5 289 ha. Ce recul s’explique notamment, selon lui, par “une artificialisation du foncier plus rémunératrice que la commercialisation de vin. La reconquête de terres agricoles est de ce point de vue primordiale“.

De nouveaux cépages bientôt introduits

Très en pointe sur les thématiques de l’agriculture et de l’environnement, “deux notions que nous avons intérêt à concilier plutôt que d’opposer systématiquement“, le président du syndicat des vignerons du Var a rappelé la démarche vertueuse de l’IGP Var. Près de la moitié de ses 287 opérateurs est désormais engagée dans une démarche environnementale, dont 17 coopératives : 28 % d’entre eux ont opté pour la bio et 25 % pour la HVE. Éric Paul n’a pas manqué, par ailleurs, de revenir sur l’incendie qui a ravagé le massif des Maures, l’été dernier. Il a ainsi épinglé la gestion de la réserve naturelle, “où tout n’est qu’interdiction (débroussaillage, plantations, passage) pour les agriculteurs“, avant de rappeler le rôle de pare-feu naturel de la vigne. L’occasion de lancer un message aux gestionnaires de la réserve naturelle des Maures : “Nous avons intégré, en 2019, dans notre cahier des charges, dix cépages résistants aux maladies. Ils nécessitent moins de traitements et sont donc susceptibles de s’intégrer dans un environnement protégé“. Ces différents cépages1, intégrés en 2019 et choisis pour leur résistance à l’oïdium et au mildiou, seront suivis par un observatoire régional, O’César, créé avec d’autres structures viticoles et placé sous l’égide de la Chambre d’agriculture et du Centre du Rosé, a indiqué Éric Paul. L’observatoire aura comme objectif de conseiller “en temps réel“ les vignerons pour la plantation des cépages, en fonction des observations consignées dans une base de données. Dans le même ordre d’idée, l’intégration de huit autres variétés, choisies cette fois pour leur résistance à la sécheresse, a été proposée au vote et adoptées, à l’occasion de cette assemblée générale. 

 Julien Dukmedjian 

(1) Muscaris B, soreli B, souvignier gris B, artaban N, floréal B, vidoc N, voltis B, monarch N, prior N et solaris B.


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